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Juana Molina célèbre son indomptable « Segundo »

Publié lepar Ghislain Chantepie
Juana Molina (photo : Antonella Arismendi)
Juana Molina (photo : Antonella Arismendi)

La freak argentine fête les 20 ans de son second album avec une édition remastérisée et un nouveau clip d’animation concocté par ses soins.

Lorsqu'on se retrouve face à Juana Molina, deux impressions surgissent de concert. Une classe magnétique d’abord, qui se dégage de cette chanteuse argentine née dans les années 60 et qui est bien loin de le laisser paraitre. Mais aussi une intelligence un peu barrée, et qui ne se découvre pas mieux que sur scène, lorsque cette laborantine du folk délivre en live le résultat de ses diverses expérimentations sonores.

Mentale, la musique de Juana Molina l’est assurément, jusqu'à devenir parfois hypnotique. Entre ses guitares et ses boucles électroniques, la sophistication musicale de cette ancienne star de la TV argentine devenue icône indie peut sembler de prime abord hermétique, comme surgie d’une expérience toujours en cours mais dont l’origine exacte resterait inaccessible. Cette étincelle, pourtant, a eu lieu il y a précisément 21 ans avec la sortie du second album de la chanteuse, un disque sobrement baptisé Segundo et que Juana Molina a choisi de rééditer en ce début d’été.

Dévoilé par la musicienne en décembre 2000, Segundo n’avait en réalité pas grand-chose à voir avec son grand frère Rara publié quatre ans auparavant. Du pop-folk marqué 90’s par lequel Juana Molina avait embrassé sa carrière musicale ne subsistait plus alors que l’instinct le plus expérimental de la chanteuse, une quinzaine de compositions autoproduites aux mille détails et circonvolutions sonores : « Dès que Segundo a pris forme, j'ai commencé à emprunter un chemin que je n'ai pas encore abandonné », se souvient-elle aujourd’hui. « Voilà pourquoi il est si important pour moi. Il contient les germes de tout ce que j'ai fait depuis. »

Et de fait, Segundo est un disque qui s’inscrit comme un gant dans le paysage anti-folk naissant de ce début de siècle : fusion de guitare acoustique et de synthés mutants, mélodies entêtantes malgré (ou grâce) à l’ingéniosité d’arrangements minimalistes qui offrent un charme indéniable à cet album manifeste. Partout, la voix de Juana Molina y virevolte entre sensualité naïve et fulgurances tordues, un creuset duquel naitra la potion magique de ses projets ultérieurs. Alors, pour célébrer la nouvelle édition remasterisée de cet album, la chanteuse vient d’offrir un clip d’animation à la mesure de son morceau El desconfiado. Un cadeau d’anniversaire enfantin et psyché tout à la fois qu'elle a mis en ligne cette semaine, et un point de départ idéal pour (re)découvrir dans ses longueurs la vraie naissance musicale de Juana Molina.