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Rencontre avec Piers Faccini au Festival de Thau

Publié lepar Guillaume Schnee
Piers Faccini à à l'abbaye de Valmagne - Festival de Thau 2021 / Guillaume Schnee / RF
Piers Faccini à à l'abbaye de Valmagne - Festival de Thau 2021 / Guillaume Schnee / RF ©Radio France

Avant un concert magnifique à l'abbaye de Valmagne, le poète et songwriter s'est confié sur son art folk nomade et son nouvel album "Shapes of the Fall".

Avec les évolutions incessantes des contraintes sanitaires, les organisateurs de festivals et leurs précieuses équipes de bénévoles doivent redoubler d'efforts cet été pour nous offrir ces précieux moments de partages et d'émotions culturelles. Ce fût le cas avec le Festival de Thau bien décidé à fêter son 30ème anniversaire avec son public, du 19 au 29 juillet, en offrant une programmation de haut vol que ce soit sur le port de Mèze ou dans des lieux magnifiques autour de ce milieu naturel préservé. 

Le pionnier des festivals éco-responsables a ainsi invité, mercredi 21 juillet, l'un de ses artistes emblématiques, Piers Faccini, à se produire en quatuor dans le cadre exceptionnel de l'Abbaye de Valmagne. L'occasion d'une rencontre avec le poète folk dans le cloître de l'abbaye avant un concert céleste :

Bonjour Piers Faccini, vous êtes déjà venu plusieurs fois jouer au festival de Thau et dans ce lieu magique, l'abbaye de Valmagne.

Oui cette abbaye cistercienne a une acoustique particulière, elle a une grande résonance. Ce n'est pas toutes les musiques qui peuvent s'adapter à ce lieu. Je suis un peu un aventurier de ces expériences acoustiques même si ici j'ai du légèrement sonoriser car le lieu est trop grand et on ne fait pas non plus du chant grégorien. Ce que j'aime c'est que ça demande de vraiment jouer avec le lieu comme si il était le musicien principal. C'est une sorte d'improvisation avec ce qu'il se dégage de l'écoute. C'est quelque chose que j'adore faire et le festival de Thau en est conscient et je suis ravi de revenir.

Le son est très important pour vous. Vous ciselez une musique dans l'épure ou la richesse sonore.

Il y a deux approches. Soit on est un artiste qui a un son et ce son on l'impose techniquement partout où l'on va ou on a une façon de jouer qui permet une rencontre  avec le lieu, qui nous permet de chanter avec lui. C'est plutôt ma démarche car un concert est d'abord une rencontre avec un endroit et un public, son énergie, son ambiance. La musique pour moi est cette rencontre, d'être à l'écoute, ce n'est pas d'imposer le dialogue. On garde la possibilité d'être surpris pourquoi pas d'être déstabilisé par le lieu.

Depuis vos débuts vous composez une folk métisse, universelle. C'est encore plus le cas sur votre dernier album. Comment a commencé cette quête de sons d'ailleurs ?

Je pense que cela vient de mon identité un peu apatride avec laquelle j'ai grandi. C'est aussi une gourmandise, j'ai toujours eu envie de voyager avec la musique, d'explorer, d'apprendre des musiques éloignées de ma culture. Je fais en sorte que mes chansons soient un moyen de dialoguer avec l'autre. Moi je suis l'autre pour lui. C'est toujours un dialogue, une rencontre que ce soit avec un musicien gnawa, des pouilles, américain, écossais ou flamenco. je suis un étudiant permanent des musiques traditionnelles du monde.

Piers Faccini - Abbaye de Valmagne (34) - Festival de Thau - 21 juillet 2021 (c) Paul Amouroux
Piers Faccini - Abbaye de Valmagne (34) - Festival de Thau - 21 juillet 2021 (c) Paul Amouroux

Qu'est-ce que cette période de pandémie et de confinement a changé dans l'écriture et la composition de Shapes of the Fall ?

En réalité j'avais quasiment tout écrit au moment où la crise a débuté. C'est toujours ce qui est étrange pour le musicien ou l'auteur. Parfois, modestement, l'artiste peut pressentir des choses. C'est vrai que c'est un album qui parle d'une forme de chute, celle de la biodiversité, qui parle de la chute de formes de beautés qui on mis des millions d'années à se créer, des milliers quand on parle de culture. Ses formes sont en voie de disparition. J'étais donc déjà dans cette démarche là et le fait de vivre le confinement à la fin de la phase d'écriture n'a fait que renforcer d'aller jusqu'au bout de cette idée. Un concept que je raconte sur scène aux gens.

C'est assez compliqué car il faut mélanger ces thèmes tristes avec une dose d'espoir. On communique sur ce désespoir de voir ces forêts brûler,  ces espèces disparaître et en même temps le fait d'être artiste fait en sorte que notre rôle est d'offrir une forme d'espoir, de lumière. J'essaye donc de jongler avec la lumière et l'obscurité, la complainte mélancolique et la transe.

N'est-ce pas la définition de la musique finalement, la complainte et la danse ?

Oui elles sont très liées pour moi. Si on imagine la transe comme une roue, le corps tourne assez vite et quand on le ralentit on obtient la complainte. En fait c'est la même roue qui tourne. C'est juste une question d'évolution, combien de tour, à quel rythme, la fréquence des notes. C'est pour moi presque la même chose c'est juste une question de vitesse et d'énergie qui va avec.

Quelles ont été les traditions musicales que vous avez été chercher pour ce nouveau voyage ?

C'est clairement une continuité de mon travail autour des musiques méditerranéennes, des musiques autour du Maghreb et du Moyen-Orient avec un dialogue assez  improbable. J'amène ma langue natale, l'anglais, vers une musique, des modes, des rythmes qui sont rarement associés à cette langue. C'est une passion que j'ai depuis plusieurs années notamment grâce à ma rencontre avec le musicien algérien Malik Ziad avec qui je joue ce soir. Un grand spécialiste des musiques berbères et gnawa avec qui j'ai eu dialogue profond. 

En fait il faut attendre le bon moment. Lorsque j'écris une chanson, je vais me rendre compte que dans ce titre il y a un clin d'œil vers cette musique traditionnelle, que ce soit un vieux blues, une tarentelle des Pouilles, une musique napolitaine, un maloya, une tourne gnawa ou un mode flamenco. Ce sont des vieilles passions, on tourne toujours autour des choses qu'on aime.

Vous avez invité sur l'album, Ben Harper, un autre passionné des musiques roots du monde :

Oui je connais Ben Harper depuis 2005, il a chanté sur mon deuxième album Tearing Sky. j'ai aussi tourné pendant un an et demi avec lui. Nous sommes devenus amis. J'ai pensé à lui sur cet album car j'avais une chanson sur laquelle je voulais accentuer la rencontre entre le Maghreb et le blues, la présence d'une voix américaine  avec une voix maghrébine. Je savais que Ben étant un amoureux des musiques gnawa, qu'il ne serait pas perturbé. Je lui ai envoyé la démo et il a été enthousiaste. Il m'a dit "je bosserai dessus jusqu'à ce que tu sois content". C'est un grand amoureux de la musique. La situation sanitaire nous a malheureusement imposé d'enregistrer à distance tout comme avec l'artiste marocain Abdelkebir Merchane qui chante sur le titre.

Piers Faccini - Abbaye de Valmagne (34) - Festival de Thau - 21 juillet 2021 (c) Paul Amouroux
Piers Faccini - Abbaye de Valmagne (34) - Festival de Thau - 21 juillet 2021 (c) Paul Amouroux

Quels sont les autres musiciens qui participent à l'aventure ?

Le socle de l'enregistrement s'est fait avec Karim et Malik. Ensuite il y a un quatuor à cordes de composé de Clément Petit (violoncelle), Sylvain Fabre-Bulle (violon), Florian Maviel (violon) et Benachir Boukatem (alto), Oriane Lacaille aux percussions ou le batteur Simone Prattico avec qui je travaille depuis dix ans qui a fait quelques percussions. C'est un album sans batterie je préférais la chaleur de la peau des percussions pour l'ambiance des musiques traditionnelles.

Le travail d'un artiste est de creuser un sillon. On est tiré par l'amour vers une route. Il faut rester sur cette route mais jamais au même endroit, toujours en mouvement. C'est une façon de trouver sa place mais il faut savoir se limiter car je suis très gourmand. Je joue beaucoup d'instruments et si j'avais dix vies, j'en passerai une à jouer du oud, une autre la guitare ou à apprendre le chant persan. Je n'ai qu'une vie j'essaye juste de faire les bons choix et de profiter au maximum. A final l'amour ne s'explique pas.

Déjà un nouveau projet en tête ?

Le prochain projet, j'ai envie de le construire autour d'un lieu, celui dans lequel je vais vivre avec ma famille. Un mas Cévenol du XIIIème siècle qui était à l'abandon. Nous en sommes tombés amoureux et l'avons réhabilité. C'est un lieu au milieu de la nature dans le parc national des Cévennes et j'ai envie de m'imprégner de ce lieu pour voir à quel point il peut m'inspirer afin de partager une nouvelle forme d'expression.