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Kēpa : « J’ai un plaisir incroyable à jouer seul »

Publié lepar Ghislain Chantepie
Bastien Duverdier aka Kepa à Groningue le 17 janvier 2020 | Ghislain Chantepie
Bastien Duverdier aka Kepa à Groningue le 17 janvier 2020 | Ghislain Chantepie ©Radio France

Le guitariste basque a fait vibrer vendredi soir le public du festival Eurosonic. Rencontre à Groningue avec un bluesman attachant et qui mise aujourd'hui sur sa bonne étoile.

De la trentaine de salles qui accueillent le festival Eurosonic à Groningue, l’USVA est probablement l’une des plus modestes et des plus ignorées. Collé au petit quartier rouge de la cité batave, ce centre culturel abrite un club obscur réservé aux formations les plus réduites. Un lieu sans grand charme qui s’est pourtant ranimé vendredi soir lorsque le Français Kēpa y a présenté en live son blues DIY. Auteur il y a deux ans d’un premier album instinctif produit par Taylor Kirk, le guitariste basque armé de sa guitare Dobro a ce soir-là remporté tous les suffrages. 

Avant de publier votre premier album il y a deux ans, vous étiez un champion de skate mondialement connu… Quel a été le déclic qui vous a fait passer de la planche à la scène ?

On m’a diagnostiqué une maladie auto-immune et je pense que ça a été le principal déclencheur. Je me pose encore tous les jours cette question, mais je pense que c’est vraiment la musique en elle-même qui m’a séduit. J’ai rencontré des musiciens qui m’ont ouvert des portes, notamment dans le blues mais aussi vers la musique indienne ou africaine, tout ce qui est acoustique en fait. Je me suis vraiment reconnu dans cette approche minimaliste de la musique, j’y ai trouvé une liberté qui a vraiment changé ma vie.

Vous alliez déjà outre-Atlantique lorsque vous étiez skateur, mais on parle ici de l’Amérique profonde, celle du bluegrass, de la country, et surtout du blues. D’où vous vient cette passion pour ce courant musical ?

Dans ma famille, on n’a jamais écouté de chanson française mais beaucoup de jazz et de blues. Je me suis identifié à ces artistes là en tant que personne, c’est-à-dire des gens simples qui font de la musique. Je m’en suis inspiré, mais j’essaie surtout de ne pas copier et d’en faire quelque chose de personnel. Ca n’aurait pas de sens pour un Français en 2020 de reprendre exactement de la même façon toute cette musique.

Il y a beaucoup d’ambiances différentes sur votre disque, de la mélancolie, de l’expérimentation, des farces aussi… Qu’est ce qui vous a le plus guidé dans la composition de ce disque ?

Étant vraiment sensible au blues, j’essaie surtout de ne pas le reprendre tel qu’il est. J’aime mettre un peu de sarcasme, de l’auto-dérision dans le ton et dans l’intention et qu’on sente qu’il y a de la distance dans ma musique. J’aime bien parler de mes problèmes sur ce disque, mais avec une certaine hauteur, car cela reste bien moins grave que tout ce qu’ont justement vécu les bluesmen qui m’ont inspirés. Cela fait assez peu de temps que j’arrive à dire que je suis malade car cela ne me paraissait pas concevable jusqu’à présent. Le disque parle de ça, de cette histoire un peu triste qui m’a quand même flingué ma vie d’avant. 

Vous êtes un adepte de la guitare Dobro, taillée dans l’acier et assez rare sous nos latitudes. Qu’a-t-elle de particulier ?

Je suis absolument tombé amoureux de cet instrument, il fait vraiment partie de mon changement de vie. J’ai entendu un jour par hasard un morceau dont je n’arrivais pas à savoir s’il était électrique ou acoustique, et c’est de là que je me suis intéressé à cette guitare. C’est un instrument un peu oublié voire de seconde zone, qu’on utilise dans un morceau de temps en temps. Mais son son m’a vraiment fasciné, j’ai passé beaucoup de temps à essayer de l’apprivoiser car c’est un résonateur métallique très difficile à sonoriser. C’est vraiment une passion et je ne m’en lasse pas, je sais que je vais jouer de cette guitare toute ma vie.

Il y a aussi de l’harmonica, des percussions, sans compter votre propre voix au chant… Tout ça, vous le jouez seul sur scène en one-man-band…

C’était relativement instinctif comme approche. J’ai commencé par jouer uniquement de la guitare pour mon seul plaisir et sans aucune ambition. Alors quand j’ai eu besoin d’une basse sur une mélodie, j’ai simplement scindé ma main droite en deux. Puis j’ai voulu ajouter quelque chose pour étoffer, alors j’ai pris un harmonica. Je n’avais pas non plus de trompette alors j’ai décidé de le faire avec la bouche. Et pour assoir le rythme, j’ai utilisé mon pied, et puis voilà. On m’a toujours dit que la musique était faite pour être partagée, ce qui est sûrement le cas, mais pour l’instant j’ai un plaisir incroyable à jouer seul.

Vous avez travaillé avec le Canadien Taylor Kirk du trio Timber Timbre sur ce premier disque, qu’a apporté ce musicien à votre musique ?

C’était vraiment une bouteille envoyée à la mer initiée par mon manager, et il se trouve qu’elle est revenue sur la plage. Je n’y croyais vraiment pas, je le vois comme une expérience dans la cour des grands le temps d’un album. Cette collaboration m’a été offerte par la vie et je suis toujours étonné que ce soit arrivé. Il m’a appris énormément sur le plan musical, mais aussi une rencontre avec une personne particulière. Les gens qui connaissent Taylor Kirk et son groupe Timber Timbre savent de quoi je parle.

Propos recueillis par Ghislain Chantepie (à Groningue)