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[Reportage] Le Cap-Vert, berceau de la musique métisse

Publié le
Cap Vert 1 © Anne Chaput
Cap Vert 1 © Anne Chaput ©Radio France

Découvrez notre reportage, au Cap Vert, à l’occasion du Kriol Jazz Festival Fip a ramené de la sodade plein ses valises.

C’est un petit pays qui ne peut laisser personne

indifférent : le Cap-Vert, terre de musique et de métissage, de sourires

et de beaux visages… FIP est allée faire un tour sur cet archipel de l’océan

Atlantique à l’occasion du Kriol Jazz Festival et en a rapporté un Club Jazzafip un peu spécial, nourri des sessions

privées qu’ont accepté de nous livrer les artistes, souvent armés d’une simple

guitare.

--Samedi 19 avril dès 19h écoutez notre Club Jazzafip spécial.

Une chanteuse sur la terrasse d’un bar de Praia ©Anne Chaput

Ce n’est plus l’Europe, mais pas encore tout à fait l’Afrique...

On se croirait un peu au Brésil, sauf qu’au lieu de se trouver dans un pays de

la taille d’un continent, on est sur un archipel deux fois plus petit que la

Corse, peuplé de seulement 500.000 habitants. Au large des côtes sénégalaises,

le Cap-Vert ne ressemble à aucun autre endroit sur la planète. Il ne sonne pas

non plus pareil, tout infusé qu’il est de musiques traditionnelles chantées

dans un créole différent d’une île à l’autre - l’archipel en compte dix,

auxquelles s’ajoutent cinq îlots. Chaque île a ses propres caractéristiques :

São Vicente, où est née Césaria Évora, est la

plus dynamique sur le plan culturel ; Fogo est celle qui produit du café et du

vin au pied de son haut volcan Santo Antão est la plus verte de ces îles

très rocailleuses Santiago est la plus grande et la plus habitée, qui

héberge la capitale Praia.

La rua Pedonal, dans le quartier du Plateau, à Praia ©Anne Chaput

Le Brésil en ligne de mire. C’est là que se déroule pour la sixième fois le [Kriol Jazz

Festival (KJF)](http://www.krioljazzfestival.com)), précédé pendant quelques jours de [l’Atlantic Music Exposition

(AME)](http://www.atlanticmusicexpo.com),

un évènement de promotion des artistes du bord de l’Atlantique, qu’ils soient

du Cap Vert ou de l’Afrique continentale toute proche, du Brésil ou de la Réunion.

Ils présentent leur travail au cours de brefs showcases et rencontrent des

professionnels du secteur susceptibles de faire évoluer leur carrière. Le

Cap-Vert est en effet idéalement situé pour les artistes africains qui ont

parfois du mal à obtenir un visa pour l’Europe, et la langue officielle

portugaise crée une passerelle intéressante entre les anciennes colonies, de

l’Angola au Brésil. Une passerelle que rêve d’emprunter la jeune chanteuse

angolaise Aline Frazão, véritable coup de cœur de FIP au sein de l’AME. Elle

nous a offert une petite session privée dans l’intimité feutrée d’une chambre

d’hôtel.

D’un créole à l’autre Une autre jolie voix a également touché les spectateurs de l’AME

et du KJF où elle était programmée : celle de la Réunionnaise Maya Kamaty,

une enfant de la balle - son père est musicien, sa mère conteuse – qui chante

essentiellement en créole, non par militantisme comme l’a fait son père avant

elle, mais parce que cette langue très imagée lui permet d’exprimer ses idées

et ses émotions de la façon la plus juste. Outre la petite session enregistrée

avec deux de ses musiciens dans le Palais culturel de Praia (à découvrir dans

notre émission), Maya Kamaty a bien voulu chanter a capella dans notre micro.

Un petit moment de grâce recueilli à Cidade Velha au bord de l’océan, à

quelques kilomètres de Praia, où la chanteuse prenait le temps de souffler

avant son concert du soir, en ouverture du KJF et en compagnie de l’artiste

cap-verdien Tcheka. *(en concert le 29 mai à Paris dans le cadre du Festival Afrique dans tous les sens) *

Maya Kamaty s’est produite en showcase à l’AME avant de chanter en ouverture du KJF ©Anne Chaput

*Derrière Cesária* , une forêt

d’artistes** Cesária Évora, la diva

désormais disparue, a permis au public du monde entier de situer le Cap-Vert

sur une carte. L’égérie de la morna, cette musique mélancolique qui est au

Cap-Vert ce que le fado est au Portugal, pourrait être considérée comme une

aïeule un peu encombrante aux yeux des artistes de la nouvelle génération.

Comme un arbre qui cache la forêt, même des années après sa disparition. Il n’en est pourtant rien, tous lui sont infiniment reconnaissants. Les jeunes

chanteuses Neuza, 28 ans, et Ceuzany, 23 ans, qui voient leur carrière décoller

sur le plan international n’oublient pas qu’elle a ouvert la voie. La première

sera notamment en concert au [festival Musiques Métisses d’Angoulême le 7 juin

2014](http://www.musiques-metisses.com/), pour déployer sur scène toute la palette des musiques traditionnelles du

Cap-Vert qu’on retrouve sur son album « Flor di Bila » : talaia

baixo, coladeira, samba, rabolo... La seconde a connu un grand succès sur

l’archipel avec le groupe Cordas do Sol avant de sortir son premier album solo,

« Nha vida ». Dans le micro de FIP, a capella, elles ont eu envie de

reprendre la chanson la plus célèbre de Cesária [ Évora,

Sodade.](http://www.dailymotion.com/video/xl9ur9_cesaria-evora-sodade-acoustic-tv5monde_music)

Ceuzany et Neuza, deux chanteuses cap-verdiennes qui renouvellent la musique traditionnelle. ©Anne Chaput Ceuzany et Neuza - Sodade

Et les hommes dans tout ça ? Après toutes ces belles voix féminines, laissons un peu de place

aux garçons, comme Dino d’Santiago, né au Portugal de parents cap-verdiens,

révélé au public grâce à une émission de télé-réalité, et qui a choisi de

retrouver ses racines à travers la musique. Son pseudonyme, d’Santiago, dévoile

l’île dont sa famille est originaire. Il était donc un peu chez lui, à Praia,

dans le cadre de l’AME où il s’est produit en showcase. FIP l’a croisé un soir

devant un restaurant avec son guitariste, et lui a demandé, au débotté, de

chanter un morceau de son répertoire.

Dino d’Santiago – Nôs tradison

Encore assez peu développée, la scène hip-hop cap-verdienne compte

parmi ses plus dignes représentants le jeune chanteur Batchart. En coulisse de

son concert qui constituait l’un des moments forts de l’AME, il nous a expliqué

vouloir transmettre un message positif à la jeune génération confrontée à un

fort taux de chômage et parfois tentée par la délinquance dans certains

quartiers de la capitale. Une jeunesse un peu trop influencée par les membres

de la diaspora revenus des Etats-Unis avec la culture des gangs dans leurs

bagages. Batchart parle aussi à son public des joies que procure la paternité,

dans un pays d’où souvent les pères émigrent pour ne plus revenir. Il nous a

livré un tout petit extrait d’un de ses raps dans le micro – un petit refrain

tout simple où il demande à son public de lever la main et de secouer la tête

pour la vider de tous ses problèmes.

Sara Tavares, l’inaccessible Contrairement à l’Atlantic Music Exposition qui avait pour

objectif de présenter aux professionnels de la musique des artistes en devenir,

le Kriol Jazz Festival de Praia accueillait cette année encore des musiciens

reconnus, comme Ismaël Lo (Sénégal), Bonga (Angola), Chico Cesar (Brésil) ou

Habib Koité (Mali) qui ont tous accepté d’accorder à FIP une petite interview

et un morceau acoustique enregistrés très simplement dans le studio de **José da

Silva**, directeur du festival, par ailleurs créateur du label Lusafrica et

longtemps producteur de Cesária Evora. Vous les retrouverez dans l’émission.

Impossible en revanche de mettre la main sur Sara Tavares, malgré tous nos

efforts. La jeune chanteuse portugaise d’origine capverdienne voulait profiter

de ses quelques jours à Praia pour se sentir en vacances et a limité au maximum

ses contacts avec la presse. Sans rancune, nous nous sommes contentés avec

délice de la voir en concert. Une voix profonde et attachante, des compositions

originales, une fusion parfaite avec ses musiciens, une énergie et un sourire

contagieux : sans nul doute, le Cap-Vert a trouvé une nouvelle

ambassadrice qui ira loin.

Portugaise d’origine cap-verdienne, Sara Tavares a su trouver son style en mélangeant la morna cap-verdienne avec des musiques plus actuelles ©Anne Chaput

De la sodade plein les valises C’est peu dire que FIP est revenue du Cap-Vert totalement sous le

charme du pays. Au-delà de la musique qui résonne à chaque coin de rue, les

habitants y sont d’une gentillesse incroyable, les commerçants très honnêtes (les taxis n’ont pas de compteur mais vous pouvez vous laisser

conduire les yeux fermés pour une somme dérisoire), les endroits publics très

propres, l’atmosphère joyeuse, pleine d’humour et de décontraction. Le climat

est doux malgré le soleil bien accroché, entre 25 et 28 degrés la plupart de

l’année, avec un petit vent océanique qui caresse la peau, juste comme il faut.

La beauté des Cap-Verdiens n’est pas un cliché mais une réalité due au

métissage qui règne dans l’archipel depuis sa découverte et son peuplement au

XVème siècle – auparavant, il était inhabité. Nous avons découvert la

« morabeza » du Cap-Vert, ce concept difficile à traduire, mélange

d’hospitalité, de partage, de joie et de sourire. Et nous ne risquons pas de

l’oublier.

Até breve, Cabo Verde !