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[Reportage] Le Cap-Vert, berceau de la musique métisse

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Cap Vert 1 © Anne Chaput
Cap Vert 1 © Anne Chaput ©Radio France

Découvrez notre reportage, au Cap Vert, à l’occasion du Kriol Jazz Festival Fip a ramené de la sodade plein ses valises.

Cap-Vert 3
Cap-Vert 3

C’est un petit pays qui ne peut laisser personne indifférent : le Cap-Vert, terre de musique et de métissage, de sourires et de beaux visages… FIP est allée faire un tour sur cet archipel de l’océan Atlantique à l’occasion du Kriol Jazz Festival et en a rapporté un Club Jazzafip un peu spécial, nourri des sessions privées qu’ont accepté de nous livrer les artistes, souvent armés d’une simple guitare.

Ce n’est plus l’Europe, mais pas encore tout à fait l’Afrique… On se croirait un peu au Brésil, sauf qu’au lieu de se trouver dans un pays de la taille d’un continent, on est sur un archipel deux fois plus petit que la Corse, peuplé de seulement 500.000 habitants. Au large des côtes sénégalaises, le Cap-Vert ne ressemble à aucun autre endroit sur la planète. Il ne sonne pas non plus pareil, tout infusé qu’il est de musiques traditionnelles chantées dans un créole différent d’une île à l’autre - l’archipel en compte dix, auxquelles s’ajoutent cinq îlots. Chaque île a ses propres caractéristiques : São Vicente, où est née Césaria Évora, est la plus dynamique sur le plan culturel ; Fogo  est celle qui produit du café et du vin au pied de son haut volcan Santo Antão  est la plus verte de ces îles très rocailleuses Santiago  est la plus grande et la plus habitée, qui héberge la capitale Praia.

La rua Pedonal, dans le quartier du Plateau, à Praia
La rua Pedonal, dans le quartier du Plateau, à Praia

Le Brésil en ligne de mire. C’est là que se déroule pour la sixième fois le Kriol Jazz Festival (KJF), précédé pendant quelques jours de l’Atlantic Music Exposition (AME), un évènement de promotion des artistes du bord de l’Atlantique, qu’ils soient du Cap Vert ou de l’Afrique continentale toute proche, du Brésil ou de la Réunion. Ils présentent leur travail au cours de brefs showcases et rencontrent des professionnels du secteur susceptibles de faire évoluer leur carrière. 

Le Cap-Vert est en effet idéalement situé pour les artistes africains qui ont parfois du mal à obtenir un visa pour l’Europe, et la langue officielle portugaise crée une passerelle intéressante entre les anciennes colonies, de l’Angola au Brésil. Une passerelle que rêve d’emprunter la jeune chanteuse angolaise Aline Frazão, véritable coup de cœur de FIP au sein de l’AME. Elle nous a offert une petite session privée dans l’intimité feutrée d’une chambre d’hôtel.

Aline Frazão
Aline Frazão

D’un créole à l’autre Une autre jolie voix a également touché les spectateurs de l’AME et du KJF où elle était programmée : celle de la Réunionnaise Maya Kamaty, une enfant de la balle - son père est musicien, sa mère conteuse – qui chante essentiellement en créole, non par militantisme comme l’a fait son père avant elle, mais parce que cette langue très imagée lui permet d’exprimer ses idées et ses émotions de la façon la plus juste. Outre la petite session enregistrée avec deux de ses musiciens dans le Palais culturel de Praia (à découvrir dans notre émission), Maya Kamaty a bien voulu chanter a capella dans notre micro. Un petit moment de grâce recueilli à Cidade Velha au bord de l’océan, à quelques kilomètres de Praia, où la chanteuse prenait le temps de souffler avant son concert du soir, en ouverture du KJF et en compagnie de l’artiste cap-verdien Tcheka. *(en concert le 29 mai à Paris dans le cadre du Festival Afrique dans tous les sens) *

Maya Kamaty s’est produite en showcase à l’AME avant de chanter en ouverture du KJF
Maya Kamaty s’est produite en showcase à l’AME avant de chanter en ouverture du KJF

Derrière Cesária , une forêt  d’artistes Cesária Évora, la diva désormais disparue, a permis au public du monde entier de situer le Cap-Vert sur une carte. L’égérie de la morna, cette musique mélancolique qui est au Cap-Vert ce que le fado est au Portugal, pourrait être considérée comme une aïeule un peu encombrante aux yeux des artistes de la nouvelle génération. Comme un arbre qui cache la forêt, même des années après sa disparition. Il n’en est pourtant rien, tous lui sont infiniment reconnaissants. Les jeunes chanteuses Neuza, 28 ans, et Ceuzany, 23 ans, qui voient leur carrière décoller sur le plan international n’oublient pas qu’elle a ouvert la voie. La première sera notamment en concert au festival Musiques Métisses d’Angoulême le 7 juin 2014, pour déployer sur scène toute la palette des musiques traditionnelles du Cap-Vert qu’on retrouve sur son album « Flor di Bila » : talaia baixo, coladeira, samba, rabolo… La seconde a connu un grand succès sur l’archipel avec le groupe Cordas do Sol avant de sortir son premier album solo, « Nha vida ». Dans le micro de FIP, a capella, elles ont eu envie de reprendre la chanson la plus célèbre de Cesária* Évora*, Sodade.

Ceuzany et Neuza, deux chanteuses cap-verdiennes qui renouvellent la musique traditionnelle. Ceuzany et Neuza - Sodade
Ceuzany et Neuza, deux chanteuses cap-verdiennes qui renouvellent la musique traditionnelle. Ceuzany et Neuza - Sodade

Et les hommes dans tout ça ? Après toutes ces belles voix féminines, laissons un peu de place aux garçons, comme Dino d’Santiago, né au Portugal de parents cap-verdiens, révélé au public grâce à une émission de télé-réalité, et qui a choisi de retrouver ses racines à travers la musique. Son pseudonyme, d’Santiago, dévoile l’île dont sa famille est originaire. Il était donc un peu chez lui, à Praia, dans le cadre de l’AME où il s’est produit en showcase. FIP l’a croisé un soir devant un restaurant avec son guitariste, et lui a demandé, au débotté, de chanter un morceau de son répertoire.

Dino d’Santiago – Nôs tradison
Encore assez peu développée, la scène hip-hop cap-verdienne compte parmi ses plus dignes représentants le jeune chanteur Batchart. En coulisse de son concert qui constituait l’un des moments forts de l’AME, il nous a expliqué vouloir transmettre un message positif à la jeune génération confrontée à un fort taux de chômage et parfois tentée par la délinquance dans certains quartiers de la capitale. Une jeunesse un peu trop influencée par les membres de la diaspora revenus des Etats-Unis avec la culture des gangs dans leurs bagages. Batchart parle aussi à son public des joies que procure la paternité, dans un pays d’où souvent les pères émigrent pour ne plus revenir. Il nous a livré un tout petit extrait d’un de ses raps dans le micro – un petit refrain tout simple où il demande à son public de lever la main et de secouer la tête pour la vider de tous ses problèmes.

Sara Tavares, l’inaccessible Contrairement à l’Atlantic Music Exposition qui avait pour objectif de présenter aux professionnels de la musique des artistes en devenir, le Kriol Jazz Festival de Praia accueillait cette année encore des musiciens reconnus, comme Ismaël Lo  (Sénégal), Bonga  (Angola), Chico Cesar  (Brésil) ou Habib Koité  (Mali) qui ont tous accepté d’accorder à FIP une petite interview et un morceau acoustique enregistrés très simplement dans le studio de José da    Silva, directeur du festival, par ailleurs créateur du label Lusafrica et longtemps producteur de Cesária Evora. Vous les retrouverez dans l’émission. Impossible en revanche de mettre la main sur Sara Tavares, malgré tous nos efforts. La jeune chanteuse portugaise d’origine capverdienne voulait profiter de ses quelques jours à Praia pour se sentir en vacances et a limité au maximum ses contacts avec la presse. Sans rancune, nous nous sommes contentés avec délice de la voir en concert. Une voix profonde et attachante, des compositions originales, une fusion parfaite avec ses musiciens, une énergie et un sourire contagieux : sans nul doute, le Cap-Vert a trouvé une nouvelle ambassadrice qui ira loin.

Portugaise d’origine cap-verdienne, Sara Tavares a su trouver son style en mélangeant la morna cap-verdienne avec des musiques plus actuelles
Portugaise d’origine cap-verdienne, Sara Tavares a su trouver son style en mélangeant la morna cap-verdienne avec des musiques plus actuelles

De la sodade plein les valises.
C’est peu dire que FIP est revenue du Cap-Vert totalement sous le charme du pays. Au-delà de la musique qui résonne à chaque coin de rue, les habitants y sont d’une gentillesse incroyable, les commerçants très honnêtes (les taxis n’ont pas de compteur mais vous pouvez vous laisser conduire les yeux fermés pour une somme dérisoire), les endroits publics très propre l’atmosphère joyeuse, pleine d’humour et de décontraction. Le climat est doux malgré le soleil bien accroché, entre 25 et 28 degrés la plupart de l’année, avec un petit vent océanique qui caresse la peau, juste comme il faut. La beauté des Cap-Verdiens n’est pas un cliché mais une réalité due au métissage qui règne dans l’archipel depuis sa découverte et son peuplement au XVème siècle – auparavant, il était inhabité. Nous avons découvert la « morabeza  » du Cap-Vert, ce concept difficile à traduire, mélange d’hospitalité, de partage, de joie et de sourire. Et nous ne risquons pas de l’oublier.

Até breve, Cabo Verde !

Cap-Vert 4
Cap-Vert 4