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Exclu mix : 40 ans de VP Records

Publié lepar Ghislain Chantepie
40 ans de VP Records
40 ans de VP Records

Le fameux label jamaïcain fête 40 années d’activisme musical, rencontre avec son directeur artistique Carter Van Pelt avec un mix anniversaire à découvrir.

C’est une aventure à part entière, celle de l’un des plus grands labels jamaïcains né dans cet âge d’or des années 60 où émergèrent également ses frères d’armes Studio One et Island Records. L’aventure de VP Records a démarré dans le Kingston de cette époque, portée par la passion d’un couple mythique qui transforma un petit magasin de disques en totem mondial des musiques reggae. 40 après ses débuts à New York, VP célèbre aujourd’hui son anniversaire dans le faste d’un coffret anthologique regroupant pas moins d’une centaine d’artistes du label. Rencontre et secrets de fabrication avec Carter Van Pelt, son directeur artistique, qui vous offre pour l’occasion un mix-anniversaire exclusif. 

Quel souvenir gardez-vous de Vincent Chin, le fondateur jamaïcain du shop et du label VP ?

Je n’ai personnellement pas connu Vincent car il est décédé il y a près de 20 ans. En revanche, j’ai pu rencontrer sa femme Patricia, plus connue sous le nom de «Mme Pat », en visitant le magasin au 170-21 Jamaica Avenue à New-York. Elle est toujours très active à l’âge de 83 ans et vient encore à l'entrepôt chaque semaine. Quand je l'ai rencontrée, elle travaillait toujours dans le magasin le samedi, et aimait discuter et conseiller les clients. Elle est la personne sociale par excellence, et elle m'a laissé fouiller pour trouver de vieux disques au fond de leur cave.

Comment expliquez-vous la success-story de votre label, depuis la création d’un petit shop à NYC jusqu’à sa place de premier plan aujourd’hui parmi les labels reggae ?

Selon moi, le succès de VP découle d’abord du succès du magasin Randy’s en Jamaïque et du fait que Vincent et Patricia ont été très impliqués dans la vente de disques plusieurs années avant l’essor de l’industrie musicale locale. Ils étaient très actifs là-dedans avant tout le monde, cela remonte quand même à 1958 ! En plus, c'était des gens très travailleurs et cette éthique de travail se poursuit encore aujourd'hui avec Mme Pat qui, à 83 ans, vient toujours dans l'entrepôt chaque semaine pour se tenir au courant de ce qui se passe.

De ses débuts à Kingston à son long développement dans le Queens, VP est-il plutôt une aventure jamaïcaine ou une histoire new-yorkaise ?

Les racines jamaïcaines de VP Records sont omniprésentes et la majorité des employés ont un lien avec la Jamaïque. Ils y sont nés, ou ont une famille jamaïcaine. Le quartier Jamaica du Queens qui possède une communauté jamaïcaine forte est le moteur de cette continuité culturelle. VP entretient ses liens les plus importants dans les médias et avec les DJ reggae à travers la communauté jamaïcaine et caribéenne, et si vous regardez les producteurs avec lesquels nous travaillons le plus étroitement, ils sont presque tous jamaïcains. Évidemment, avoir été à New York pendant 40 ans a changé certaines façons de faire des affaires, mais nous sommes clairement et avant tout une entreprise jamaïcaine.

Patricia et Vincent Chin dans les années 50 | VP Records
Patricia et Vincent Chin dans les années 50 | VP Records

VP semble avoir fondé son succès en accompagnant de près la progression du mouvement reggae, notamment avec le dancehall ou le reggaeton aujourd’hui très présents dans votre catalogue…

En qualité de distributeur, VP a toujours cherché à introduire les enregistrements les plus populaires sur le marché, et a donc toujours pris le pouls des tendances les plus actuelles de la musique jamaïcaine, du ska de l'époque de Randy's Records au rocksteady, l'avènement du reggae, du dub et de toutes les phases du dancehall. Notre coffret Down in Jamaica montre d’ailleurs comment toutes ces choses ont prospéré au cours des 40 années à New York, et encore aujourd’hui.

Les plus grands chanteurs jamaïcains sont passés par votre label, comment VP s’y est-il pris pour faire faire éclore ou accompagner ces grandes voix ?

L’une de nos forces est d’avoir toujours travaillé avec les meilleurs producteurs de toutes les époques, de Henry Junjo Lawes à King Jammy, Bobby Digital, Fatis Burrell, Donvoan Germain, Jeremy Harding, Lenky Marsden et au-delà. C’est l’une des raisons qui nous ont permis d’accéder aux meilleurs artistes ou chanteurs, attirés par ce savoir-faire tels Garnet Silk, Buju Banton, Johnny Osbourne, Sean Paul, Wayne Wonder, ou encore Romain Virgo.

On trouve vos classiques mais aussi de vraies raretés dans ce coffret anthologie qui célèbre les 40 ans de l’aventure VP, comment avez-vous dosé votre sélection ?

L'objectif était de raconter l'histoire de l'entreprise à travers ses 40 ans, il fallait donc montrer combien de chansons à succès étaient dans le catalogue, mais qu’il y avait aussi de superbes pépites depuis longtemps épuisées et qui sont à redécouvrir avec ces vinyles. Je voulais vraiment réunir le meilleur des deux mondes. Les raretés présentes dans ce coffret sont évidemment aussi bonnes que les chansons à succès, même si elles n’ont pas connu le même succès à l’époque de leur sortie.

Buju Banton lors de la sortie de son album "Inna Heights" en 1997 | VP Records
Buju Banton lors de la sortie de son album "Inna Heights" en 1997 | VP Records

Le coffret "Down In Jamaica" emprunte son titre à un morceau de Red Fox and Naturalee de 1989, pourquoi avoir choisi cette chanson en particulier ?

Ce titre est un lien entre les racines du label en Jamaïque, l'île des Caraïbes, à son QG actuel dans le quartier Jamaica du Queens à New York. Mais cette chanson est aussi le seul enregistrement du coffret réalisé à New York. Pour moi, il était vraiment important de souligner cette époque du dancehall à New York, qui a été une période très importante ici. Et cette chanson a survécu à son époque d'origine.

Qu'a changé la révolution du streaming musical pour un label historique comme VP ?

La révolution du streaming a constitué une opportunité incroyable pour VP, car notre catalogue compte 25 000 chansons et cela a donc permis d’offrir un accès à des titres qui seraient autrement tombés dans l’oubli. Mais le streaming offre aussi aux nouvelles générations la possibilité de découvrir directement tout le travail du label. Quant à la recherche de nouveaux talents, il est clair que c’est bien différent à l'ère du streaming et des réseaux sociaux, puisque les artistes peuvent diffuser leur musique et commercialiser eux-mêmes la musique via leurs propres moyens. Certains y parviennent, mais beaucoup trouvent encore qu'ils ont besoin d'un label pour organiser le marketing et un réseau de contacts afin de créer de la notoriété, le placement dans des playlists, sur les réseaux sociaux, à la radio et dans la presse.

Tracklist "Down In Jamaica mix" :

Heptones - Party Time
Dennis Brown - Children Of Israel
Ranking Joe - Cross River Jordan
Johnny Osbourne - Ice Cream Love
Don Carlos - Mr. Sun
Barrington Levy - Prison Oval Rock
Frankie Paul - Kushumpeng
Freddie McGregor - Stop Loving You
Foxy Brown - Sorry
Ini Kamoze - Hot Stepper
Red Fox & Naturalee - Down In Jamaica
Admiral Tibet / Shabba Ranks / Ninja Man - Time Is Serious
Half Pint - Substitute Lover
Cocoa Tea - Good Life
Garnet Silk - Lord Watch Over Our Shoulders
Mikey Spice - Born Again
Singing Melody - Want You Back
Sanchez - Never Dis The Man
Beres Hammond - Rock Away
Sean Paul & Sasha - I'm Still In Love With You
Sizzla - Just One Of Those Days
Luciano - Give Praise
I Wayne - Living In Love
Warrior King - Can't Get Me Down
Tanya Stephens - It's A Pity
Queen Ifrica - Lioness On The Rise
Tarrus Riley & Estelle - Love Like Ours
Romain Virgo - Can't Sleep
Romain VIrgo & Agent Sasco - Fade Away