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Jacques : "Je suis sorti de ma coquille"

Publié lepar Ghislain Chantepie
Jacques, prophète de la souplesse | Edouard Sanville
Jacques, prophète de la souplesse | Edouard Sanville

Rencontre avec le jeune trublion électronique qui annonce un second album et dévoile un nouveau clip dimensionnel.

On l’avait quitté il y a deux ans en pleine forme et bien décidé à profiter de la vie. Tout semblait alors magnifique pour Jacques qui venait d’achever sur la plage du Worldwide Festival un rare dj set à quatre mains avec son ami et complice Superpoze. Lui qui avait décidé d’arrêter les concerts après le vol de tout son matériel coulait, depuis, des jours tranquilles au Maroc et semblait peu pressé de donner une suite à son unique album A Lot Of Jacques. Malgré la sortie peu après d'un autre morceau dingo, le jeune trublion de la scène électronique tricolore n’avait plus donné de nouvelles depuis lors. Rencontre aujourd’hui avec cet ovni attachant qui annonce son retour aux affaires avec un nouveau clip et un album à venir.

Vous êtes resté loin de tout depuis votre venue à Sète il y a deux ans. Que s'est-il passé pour vous depuis ce festival ?

Et bien je suis resté dans ma maison au Maroc, là-haut dans ma montagne. J’ai continué à faire de la musique et à me poser la question chaque jour de ce que je voulais faire de ma vie et de ce que je veux dire au monde. Et j’ai commencé à avoir des débuts de réponse à force de me poser la question (rires) ! Paradoxalement, la pandémie m’a permis de me concentrer. Le fait que la planète entière montre sa capacité à s’arrêter m’a influencé positivement, dans ma capacité à m’arrêter moi aussi depuis deux ans. Ce n’est donc qu’en mars 2020 que j’ai finalement recommencé à bosser et aujourd’hui, je suis ce long processus et je fais de la musique tous les jours. Aussi, j’ai appris à faire de la 3D, ce qui m’a pris pas mal de temps ça aussi. J’avais besoin d’une nouvelle passion et la 3D est quelque chose de génial car c’est une imitation de la réalité qui permet de mieux la comprendre. Donc pour résumer, je fais de la 3D et de la musique.

Est-ce que les deux se rejoignent ?

Oui, car il est difficile aujourd’hui de faire un projet musical sans l’esthétique visuelle qui va avec. J’ai beaucoup souffert que mes visuels soient dépendants d’autres artistes car je trouve difficile de garder un cap dans ce cas-là si je n’internalise pas la création. J’ai collaboré avec des peintres, des artistes, etc. mais ça n’était pas toujours idéal. L’objectif final serait donc de faire moi-même tous les visuels. J’ai plus de temps que les autres pour y parvenir car je vis dans une montagne et je ne bois pas d’alcool, donc ça peut le faire.

Vous publiez deux nouveaux titres ce jeudi. Quelle est l’histoire de Vous, le morceau principal ?

L’histoire de ce morceau est très simple : j’étais dans mon studio, j’ai joué des notes, et ça a donné ce morceau ! A un moment donné, je me suis dit que j’aimerais bien chanter par-dessus, et là je savais que qu’il y aurait du « ou » et c’est de là qu’a surgi le « vous ». De là, j’ai voulu que ce morceau puisse interpeler tous les gens, un « vous » au sens de tout le monde sauf moi. C’est vraiment l’autre au sens d'autrui, de l’étranger, auquel je pense. J’ai quand même le sentiment qu’on est tous pilotés par le même esprit de la vie, qui est là et qui s’invite en nous. Et donc l’autre, je le vois un peu comme un avatar ou une autre version de moi et avec qui il faut que je deale, avec qui il faut que je fasse alliance. 

C’est de votre solitude qu’est née l’idée de ce nouveau titre ?

C’est vrai que dans ma montagne au Maroc, je ne vois pas grand monde à part mon amoureuse. Je suis donc assez isolé, et c’est important pour moi d’être seul, de déconnecter mon portable. C’est important pour tout le monde en fait mais les gens ne s’en aperçoivent pas. C’est un thème qui m’est cher et le fait de partir au Maroc, c’était aussi une façon de dire que j’en avais marre du regard des autres, j’avais envie d’être tranquille. Mais avec ce morceau Vous, finalement c’est un peu un aveu, j’y suis allé un peu fort en me cassant au Maroc, et je reconnais que j’aime bien quand même être avec les autres.

C’est aussi un thème qui est revenu avec insistance ces derniers mois, beaucoup de gens semblent se poser cette question depuis la pandémie…

C’est aussi pour ça que je trouve intéressant de sortir ce morceau aujourd’hui. Je produis constamment de la musique mais ce qui m’intéresse, c’est de la sortir lorsque le contexte s’y prête. Si je sors Vous aujourd’hui, c’est que ça fait sens en effet et je note aussi que la recherche de l’autonomie dont on parle beaucoup, c’est une quête qui me semble vaine car on a toujours besoin des autres sur le plan affectif notamment. C’est pour ça que dans les couplets de Vous, je dis tout ce que je n’aime pas des gens, et que dans les refrains j’avoue tout ce qu’ils m’apportent.

Jacques (photo : Edouard Sanville)
Jacques (photo : Edouard Sanville)

Musicalement, on est très loin de vos productions précédentes, c'est un titre bien plus pop avec votre voix qui devient centrale pour la première fois…

Au fil du temps, je suis sorti de ma coquille et c’est vrai qu’aujourd’hui, la musique que je fais est beaucoup plus chantée et bien plus lisible que ce que je faisais auparavant. J’ai débloqué un peu ma générosité, ma voix, c’est peut-être le passage à l’âge adulte, l’envie de prendre parti, de dire ce que je pense… J’ai ça en moi, donc tout l’aspect expérimental avec les bruits d’objets qui était un peu mon truc principal à l’époque, je ne le force plus parce que j’avais fini par le faire par habitude et parce que c’était ma signature. On peut dire que j’ai décidé de renaitre pour ne pas pourrir dans mon ancien concept.

Avec d’autres instruments ?

J’ai utilisé des instruments mais aussi des bruits. Avant, j’étais fasciné par la source sonore, par l’objet lui-même et la signification de tout ça. Mais là, j’ai tellement bossé et étudié le son à une échelle microscopique que je suis capable de faire un son à partir de n’importe quel autre son aujourd’hui. Et donc je peux très bien prendre le son d’une porte qui claque et le transformer en son d’une TR-808 par exemple. Mais à quoi ça servirait ? Autant prendre directement une 808, non ? J’ai l’impression d’avoir fait le tour de cette question.

Il y a donc un album à venir, Vous en est le premier extrait ?

Non, il est déconnecté de l’album et ne sera pas dessus. C’est un titre où je chante comme lorsque je chantais il y a un an mais j’ai l’intention de sortir de nouveaux titres avec ma voix grave désormais. C’était un délire de faire Vous, mais c’est plus un one-shot comme esthétique. Je suis un gars du one-shot de toute façon. 

Vous semblez faire une rencontre du troisième type à la fin du clip de Vous, que se passe-t-il lors de ce dénouement avec votre double ?

Déjà, c’est marrant, mais ce n’est pas moi qui joue dans le clip, c’est mon grand frère ! J’attends de voir si les gens vont capter ça (rires). Et à la fin, il rencontre mon père ! J’aurais tourné dans le clip si j’avais pu mais les frontières du Maroc étaient fermées à ce moment-là, donc mon frère m’a remplacé. Je trouve ça d’autant plus marrant car on voit vraiment une sorte de faux-moi qui se cherche lui-même. C’est une sorte d’allégorie de la recherche de soi dans un lieu public, comme si l’intégralité d’une vie se passait dans un lieu public ce qui n’est pas si faux. On est ici dans une sorte d’aéroport, un lieu de passage, et c’est comme si toute la vie était un lieu de passage sans pub et sans commerce, ce qui est assez rare et ça projette dans une autre dimension. A la fin du clip, mon frère qui se cherche à ma place finit par se retrouver nez à nez avec une sorte de double vieilli de moi-même, qui est en fait joué par mon père. Ça donne un vertige temporel, et perso quand je regarde le clip ça me fait méga bugger et rien que pour ça, je trouve qu’il fallait le faire.

Et donc dans ce clip, toute la famille Jacques a la même coupe de cheveux ?

Ouais ils l’ont fait (rires) ! Mais pas totalement en fait, car ma sœur y joue aussi et elle ne s’est pas rasé la tête pour l’occasion car ça n’aurait servi à rien, ça ne valait pas le coup.

Jacques (photo : Edouard Sanville)
Jacques (photo : Edouard Sanville)

Vous aviez également décidé d’arrêter le live après le cambriolage dont vous avez fait l’objet il y a trois ans. La reprise des concerts partout dans le monde vous inspire-t-elle aujourd’hui ?

Avec la pandémie, j’ai réalisé que mon délire de live improvisé avec les objets, ça pourrait grave coller avec la nouvelle tendance des livestreams. A l’époque, il n’y avait pas encore Twitch que les musiciens se sont appropriés depuis. Aujourd’hui, ça tombe bien car j’ai envie de refaire de la musique improvisée avec des bruits, mais je n’ai pas envie de faire ça devant des gens ou sur une scène. Je l’ai beaucoup fait par le passé et j’ai constaté que les gens ne comprenaient pas vraiment ce qu’il se passait sur scène. Le fait de devoir s’installer en 40 minutes, de jouer en une heure, trimballer tout le matos, ce sont des contraintes qui atteignent finalement la qualité du spectacle… Et en revanche, à la sortie de mon album, quand on pourra faire des concerts avec du public, alors à ce moment là je m’orienterai plutôt vers un concert chanté si le disque plait au public. Si des gens ont envie de venir chanter avec moi, alors on le fera oui, et je serai content de venir le faire.

Vous lancez également une opération NFT pour la sortie de Vous, avec la possibilité de devenir propriétaire d’une ou plusieurs secondes du titre… Qu’est ce qui vous plait dans ce nouveau concept ? 

C’est mon manager Étienne qui m’a fait découvrir le NFT (nda : jeton non-fongible) et on a réfléchi sur ce qu’on pouvait en faire. Le délire du NFT en lui-même ne me passionne pas vraiment à la base dans son concept initial, à savoir générer une œuvre qui n’est que virtuelle, et la mettre en vente, alors qu’il y a un impact écologique aussi avec tout ça. Je ne possède pas moi-même de crypto-monnaie, je n’ai pas trop suivi ce délire-. Mais quand j’ai vu qu’on pouvait mettre en vente les droits, et que ça allait être facile, et qu’on allait pouvoir payer les gens en ethers et que ça allait être automatisé, j’ai trouvé que c’était un pas vers l’avenir. Ce n’est pas un avenir que je souhaite particulièrement, mais je pense qu’il est assez inéluctable. On arrive au moment où le fonctionnement capitaliste basé sur l’actionnariat va s’appliquer également aux œuvres musicales, donc je trouve intéressant d’y aller dès le début et de voir ce qui se passe. 

Internet est en train d’affaiblir les frontières culturelles et les crypto-monnaies semblent s’imposer comme les premières monnaies vraiment internationales. L’utilisation des crypto et de la blockchain va simplement s’imposer comme une solution pour que les êtres humains interagissent et passent des accords entre eux directement, et se répartissent de l’argent. La musique peut déjà être copiée, tout comme l’art. Mais pas comme un kilo de farine par exemple. Dans tout ce qui est copiable, on va voir naitre ce genre d’initiatives rapidement et il est certain qu’une blockchain va s’imposer à terme sur toutes les autres.

Le second titre que vous sortez cette semaine en vinyle s’intitule Attends… A quelles prochaines aventures peuvent s'attendre tous ceux qui vous suivent ?

Disons que j'arrive encore une fois aujourd'hui avec peu mais j’ai en stock ce qu’il faut pour sortir plusieurs albums. Ce n’est pas encore le moment, et je dis aux gens d’attendre sur ce titre parce que c’est pour bientôt. J’aurais pu aussi faire une chanson qui s’appelle « Il y a autre chose qui arrive », mais je trouvais que ça sonnait moins bien.

Vous proposez également, pour les plus motivés, d’acquérir un golden-ticket offrant un accès à vie à vos futurs concerts…

J’adore Charlie et la chocolaterie et le principe du Golden Ticket alors on a décidé de faire ça, oui. Il reste une semaine à tout le monde pour tenter d’en décrocher un !