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Rencontre avec le Kanazoé Orkestra à Rio Loco

Publié lepar Guillaume Schnee
Gaëlle Blanchard et Seydou Diabaté (Kanazoé Orkestra) à Rio Loco / Photo GS
Gaëlle Blanchard et Seydou Diabaté (Kanazoé Orkestra) à Rio Loco / Photo GS ©Radio France

Après leur concert d'ouverture du festival toulousain, le virtuose du balafon Seydou Diabaté et la chanteuse Gaëlle Blanchard se sont confiés sur l'aventure Kanazoé Orkestra.

C'est en bord de Garonne, à Toulouse, que nous avons pu retrouver les vibrations et les sensations du live avec cette très attendue 23ème édition du festival Rio Loco.  Sous une chaleur caniculaire, la grande fête des musiques du monde, consacrée cette année au continent africain, a débuté dimanche 13 juin avec le concert extatique du  groupe Kanazoé Orkestra. 

Pendant plus d'une heure, la formation a offert au public un véritable maelstrom groove fait de rythmes traditionnels venus du Burkina Faso du virtuose balafoniste Seydou Diabaté dit Kanazoé et de son complice Mamadou Dembélé, de chorus jazz tempétueux, de mélodies mystiques et radieuses, de sonorités contemporaines, des claviers psychédéliques de l'invité Jean-Philippe Rykiel et du chant soulful et hip-hop puissant de Gaëlle Blanchard. Rencontre avec Seydou Diabaté et Gaëlle Blanchard avant qu'ils ne retournent en studio pour l'enregistrement du troisième album de Kanazoé Orkestra.

Bonjour Seydou Diabaté, vous êtes aujourd'hui considéré comme un des plus grands joueurs de balafon. Comment s'est fait pour vous l'apprentissage de cet instrument traditionnel ?

Je suis né au Burkina Faso dans une famille de griots, toute ma famille joue du balafon. C'est mon père qui m'a initié à l'instrument, ce n'était pas un plaisir à l'origine mais une obligation. Il m'a donné les baguettes pour la première fois à l'âge de cinq ans car il avait besoin de moi, les joueurs de balafon vont par paires  chez nous.

Vous avez connu la scène à quel âge ?

Chez nous, pas de radio et de musiques diffusées partout, c'était les balafons qui rythmaient nos vies. J'ai découvert la scène à l'âge de dix ans quand je suis parti à Bobo-Dioulasso à la mort de mon père.

Seydou Diabaté - Kanazoé Orkestra / photo Joachim Hocine
Seydou Diabaté - Kanazoé Orkestra / photo Joachim Hocine

La musique de Kanazoé Orkestra mêle l'art du balafon traditionnel à une multitudes de genres musicaux...

En 2010, je suis arrivé à Toulouse, ma ville d'accueil, avec cette volonté de faire découvrir cet instrument en le faisant sortir de son approche traditionnelle. J'ai rencontré des musiciens fabuleux, eux aussi adeptes du métissage des genres et des cultures : Madou Dembele au balafon, au n'goni et à la flûte, Thomas Koening au saxophone, Stéphane Perruchet au percussions, Elvin Bironien à la basse et Laurent Plaells à la batterie.

Quelle a été l'évolution de la musique du groupe ?

A chaque album, le son et et les messages évoluent. Pour le premier album Miriya, sorti en 2016, le son était traditionnel, très brut et démonstratif, je voulais montrer ma maîtrise du balafon. Pour le second, Tolonso, sorti trois ans après, nous avons beaucoup plus affiné les arrangements avec une orientation vers des sonorités jazz et un discours musical plus contemporain. Aujourd'hui nous somment vraiment à la recherche d'un son collectif, nous composons d'ailleurs tous ensemble.

Gaëlle Blanchard (Kanazoé Orkestra) à Rio Loco / Photo Joachim Hocine
Gaëlle Blanchard (Kanazoé Orkestra) à Rio Loco / Photo Joachim Hocine

Votre arrivée dans le groupe, Gaëlle, correspond aussi à cette évolution musicale, avec votre parcours artistique ?

Dans le bouillonnement du café-concert familial, je me suis très vite intéressée aux techniques vocales et à la musique afro-américaine (N.d.A. : l'artiste a obtenu un D.E.M Musiques actuelles au conservatoire). Après avoir fondé le groupe soul hip-hop Altesse Ego et avoir développé mon projet en solo sous le nom de Marcelle, j'ai rencontré Seydou Diabaté et son groupe. Il a fallu beaucoup de travail pour m'intégrer au discours musical du groupe. J'ai dû apprendre certains codes de la musique traditionnelle et même si je chante en Bambara (langue d'Afrique de l'Ouest) je garde ma culture soul et hip-hop.

Au delà de cette musique festive vous gardez cet esprit militant...

Gaëlle Blanchard  : Oui nous mêlons toujours engagements et message d'amour. j'ai beaucoup écrit sur notre nouveau projet mais c'est une écriture collective puisque Seydou a écrit les textes en Bambara. Sur ces nouveaux titres nous parlons aussi bien de la condition des femmes que du réchauffement climatique, du monde de demain que de l'amour.

Seydou Diabaté : Sur un titre j'évoque aussi mon parcours, que je n'ai pas pu aller à l'école, je ne sais pas lire. Mon balafon a été mon école, il est mon moyen d'expression, mon crayon.

Vous enregistrez en ce moment votre troisième album à Toulouse. Retrouvera-t-on les claviers fous de Jean-Philippe Rykiel déjà présent sur Tolonso ?

Oui, Jean-Philippe sera bien sur notre album qui devrait sortir en mars prochain, nous allons aussi faire un titre en duo balafon-claviers.