Menu
Écouter le direct

"Rastilho" l'afro-samba viscérale de Kiko Dinucci

Publié lepar Guillaume Schnee
Kiko Dinucci / Photo Luan Cardoso
Kiko Dinucci / Photo Luan Cardoso

Avec son jeu de guitare acoustique rythmiquement féroce, l'artiste de São Paulo laisse un temps son trio afro-punk Metá Metá pour une aventure solo influencée par la religion afro-brésilienne Candomblé et le chaos d'un pays en crise.

Figure majeure de la scène musicale avant-gardiste de São Paulo, Kiko Dinucci est l'un des artistes les plus innovants de la musique brésilienne contemporaine. Il est connu en Europe pour son travail avec le quartet post-samba Passo Torto et pour être l'un des trois membres du groupe d’afro-punk-jazz brésilien Metá Metá. Le musicien qui a travaillé avec Tom Zé, Criolo et Elza Soares réalise un vieux rêve, enregistrer un album dédié à la guitare, un rêve d'afro-samba inspiré autant par les roda de sambas, les clubs "folkloriques" de la classe ouvrière, les héros de sa jeunesse Baden Powell, João Bosco, Jorge Ben et Gilberto Gil, la religion afro-brésilienne Candomblé et les enregistrements brésiliens des années 1960 de Sergio Ricardo, Geraldo Vandré et Edu Lobo. 

C'est à travers le filtre de sa vision musicale libre et "punk" que Kiko Dinucci nous offre une collection de samba brute et apocalyptique sur l'album Rastilho attendu en France le 16 octovre sur le label 180g.

Rastilho est un disque de guitare, où l’instrument recouvre tout le reste, les voix, les paroles. C’est le bois qui chante

Trois ans après son premier album solo, Cortes Curtos, Kiko Dinucci a repris sa guitare un temps délaissée et sculpte un peu plus sa samba du 21e siècle dont l'énergie rythmique viscérale vous percute et vous enchante dans ce monde en ébullition. L'artiste joue de la guitare comme des percussions africaines, se lance dans des incantations incandescentes, éructe avant de retrouver une chaleur grave toute brésilienne dans le chant rejoint par des choeurs féminins "cérémoniels" ou par le rappeur Ogi.

Le musicien et ses complices célèbrent ici la ville de São Paulo et ses imperfections, les figures révolutionnaires du passé du Brésil, rendent hommage au folklore qui a donné naissance au Brésil tout en abordant les problèmes qui affligent actuellement le pays. Une musique ancrée dans le christianisme évangélique et la religion afro-brésilienne comme les titres Exu Odora (une chanson traditionnellement interprétée dans les maisons candomblées de Ketu), Olodé dédié à Oxosi, l'esprit associé à la chasse, aux forêts et aux animaux ; Tambú e Candongueiro  qui tire son nom de deux tambours introduits au Brésil par des esclaves bantous et Gurufim.