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Oum : « Certains messages passent en musique bien mieux que dans les JT »

Publié lepar Guillaume Schnee
Oum / Lamia Lahbabi
Oum / Lamia Lahbabi ©Autre

Rencontre avec la chanteuse et compositrice marocaine qui présente son nouvel album "Daba" en avant-première au festival Rio Loco.

Bonjour Oum, cinq ans après Zarabi on est heureux de vous retrouver avec l'album Daba qui signifie "Maintenant". Pourquoi ce titre ?

Ayant une fascination grandissante pour le temps, je suis partie du constat que « daba », maintenant, est un instant, un présent éphémère, et aussi une transition entre avant et après à laquelle nous devons prêter attention. Mon idée est aussi d’ancrer cet album dans une phase temporelle plutôt que dans un espace géographique comme cela a été le cas pour zarabi et soul of morocco.

Pour Zarabi, vous aviez trouvé votre inspiration aux portes du désert, là vous êtes allée enrgistrer à Berlin. Toujours cette quête de nouvelles expériences, de nouveaux sons ?

Chaque projet d’album a son histoire qui s’écrit à l’encre des rencontres, et bien sûr des lieux qu’il traverse. Dans Daba, je voulais lier les sons des instruments acoustiques à d’autres textures synthétiques à l’esthétique électronique et plus contemporaine. Dans ce sens, Jazzanova Studio à Berlin est une excellente adresse.

Vous avez travaillé avec la poétesse, chanteuse et oudiste palestinienne Kamilya Jubran. Qu'a-t-elle apporté à votre musique ?

La présence et l’accompagnement de Kamilya Jubran sont une bénédiction pour cet album. En plus d’être une grande musicienne, compositrice et chanteuse hors pair, cette dame a une vision musicale et une oreille extrêmement précise. Elle a suffisamment d’expérience et de recul pour voir, entendre, suggérer des voies nouvelles dans la conception et le développement de la musique. Elle a aussi composé la musique de deux titres de l’album : Rhyam et Sadak.

Votre musique est très poétique et spirituelle. Comment composez-vous cette alchimie entre musique traditionnelles arabes, et sahraouis, jazz, soul et musiques plus urbaines ?

C’est sans doute une des richesses de ma génération. Naître au Maroc et grandir à Marrakech fait que j’ai été bercée par une kyrielle de sons traditionnels, tribaux du nord méditerranéen du pays jusqu’au désert saharien, sans oublier la musique arabe classique et le jazz que mes parents écoutaient. Viendront ensuite s’ajouter à tout cela d’autres univers sonores choisis comme la soul, la variété internationale et la musique électronique. Aujourd’hui quand je compose, ce sont les ingrédients issus de ce bagage multicolore qui s’expriment dans ma musique.

Oum / Lamia Lahbabi
Oum / Lamia Lahbabi ©Autre

Il y a des effets contemporains, notamment électroniques, mais votre musique demeure très acoustique.

Tout est question de proportions qui s’ajustent pour servir l’humeur des chansons, et leur contenu, les textes. La résonance des instruments acoustiques nous touche de façon organique, tandis que certains effets électroniques nous font vibrer autrement. En unissant les deux, on donne une extension à la musique et l’on élargit le champ des sensations qu’elle suscite.

Depuis l'album Zarabi vous écrivez dans des formes poétiques et très métaphoriques. Quelles sont vos inspirations ?

Notre culture orale ancestrale est une belle base. Les sources d’inspiration sont diverses: le temps, les éléments, la nature, les gens, les mystères de l’univers et son essence en nous oubliée.

Oum couv Dalba
Oum couv Dalba ©Autre

La musique de Darba est aussi très dansante, il y a une vraie énergie positive comme un plaidoyer à l'optimisme, à l'humanisme...

Oui, il y a dans Daba une envie de positiver, de relativiser, d’être ensemble et de prendre du plaisir, parce que le temps nous échappe mais qu’il est toujours possible de voir le merveilleux dans des moments de partage. Il faut le vouloir, il faut vivre, maintenant.

Cette forme d'expression vous permet aussi d'aborder des thèmes militants comme l'écologie ou la situation des femmes dans nos sociétés contemporaines...

La musique est un canal à travers lequel s’expriment les émotions, et qui peut aussi inviter à l’observation, à une certaine prise de conscience. La musique est aussi le reflet de ce que nous sommes, de ce que nous devenons. Enfin certains messages passent en musique beaucoup mieux que dans les journaux télévisés.

Vous présentez votre album pour la première fois à Rio Loco, sur une édition qui donne la voix aux femmes artistes du monde entier ?

C’est génial ! Rassembler autant de filles musiciennes et nous dédier cette edition du festival Rio Loco est un geste fort, tout comme le sont les femmes du monde pour ceux qui savent le voir, qui osent le croire.

L'album Daba sort le 30 août 2019 sur le label MDC.

Oum est en concert :

le 15.06 au Festival Rio Loco - Toulouse

le 20.09 au Festival Arabesques - Montpellier

le 06.11 au Café De la Danse - Paris