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« Men Ana », l’ode à l’espoir d’Alsarah

Publié lepar Ghislain Chantepie
Alsarah | Waleed Shah
Alsarah | Waleed Shah

La chanteuse dévoile un nouveau clip magnifique en forme d’hommage à la révolution soudanaise.

Que reste-t-il aujourd’hui de l’élan exemplaire de la révolution soudanaise ? Il y a deux ans, le printemps fut celui du peuple de Khartoum qui, après des mois d’une mobilisation historique, mettait fin au règne du dictateur Omar el-Bechir à la tête du pays depuis une trentaine d’années. L’espoir, alors, était à son comble pour cette population crucifiée des décennies durant par un pouvoir autoritaire et des conflits civils meurtriers. Quelques semaines seulement après sa chute, pourtant, la révolution baignait de nouveau dans le sang d’un massacre perpétré dans la capitale par des militaires et des mercenaires non-identifiés qui brisaient alors le rêve d’une transition démocratique rapide.

C’est à cette aventure, à la fois unique et qui en évoque tant d’autres, que rend hommage aujourd’hui la chanteuse Alsarah dans son nouveau clip. Née à Kharthoum il y a 38 ans, installée depuis des années à Brooklyn (NYC), cette ethnomusicologue de formation s’est révélée dès 2014 en mixant l’héritage est-africain et la pop moderne dans un premier disque brillant. Avec son groupe The Nubatones, Alsarah a recherché depuis lors avec obstination la fusion musicale des rythmes et du temps, tout autant qu'elle veut raconter les histoires de vies, de diaspora, d’êtres humains piégés par les guerres et les migrations forcées. Un esprit et une esthétique confirmés avec brio par son deuxième album Manara porté, à sa sortie il y a cinq ans, par des fables splendides.

Alors qu’on la croisait encore l’été dernier au détour d’une vidéo cathodique du globe-trotteur Captain Planet, Alsarah prépare aujourd’hui la suite avec un troisième album annoncé pour cette année. Mais en ce mois d’avril où, si souvent, le Soudan a basculé par le passé, la chanteuse a choisi de dévoiler un clip magnifique signé de la réalisatrice Mai Elgizouli et illustrant son morceau Men Ana. Sur les cendres de cette révolution avortée, ce titre composé durant les événements évoque dans les mirages de l’Histoire la peine comme les espoirs, une ode où la voix intemporelle d’Alsarah se fait sève d’une fresque colorée et où le désir de vivre finit par triompher.