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"Longoz", le nouveau combat viscéral d'Ann O’aro

Publié lepar Catherine Carette
Ann O'Aro - Photo de Florence le Guyon
Ann O'Aro - Photo de Florence le Guyon

Sur le tempo du maloya, la jeune chanteuse réunionnaise dénonce les silences sur les violences familiales et tout ce qui peut nous étouffer.

Après un premier album éponyme sur l'inceste, sorti en septembre 2018 (Coup de Cœur de l’Académie Charles Cros), Ann O’aro poursuit sa quête d'émancipation avec l'énigmatique Longoz. Elle impose sa parole et dénonce le déni sur les violences sexuelles et sexistes, celles de l’esclavage, de l'extrémisme et de l’alcoolisme très présent dans l’île de la Réunion... Elle évoque aussi les limites, les frontières et aussi la passion amoureuse. La longoz est une plante vivace qui étouffe la végétation des forêts réunionnaises. La chanteuse et ses acolytes, le tromboniste Teddy Doris et le percussionniste Bino Waro (fils de Danyel Waro), comptent bien se débarrasser de ses liens envahissants pour respirer à plein poumons et exprimer leur joie de vivre.  

La chanteuse, chorégraphe et poète Ann O'aro a pratiqué les arts martiaux, sans doute pour exorciser la douleur de son corps, meurtri par les abus d'un père incestueux. Aujourd'hui elle s'émancipe grâce au maloya. Les treize titres de l'album reprennent chacun une mélodie traditionnelle du premier disque mais complètement métamorphosée. Le chant de lutte des anciens esclaves de Réunion est porté par la musique du trio qui mêle le séga mauricien, (originaire des esclaves africains, aux accents de salsa latino-américaine et de calypso des Caraïbes) aux musiques des Balkans, au zouk et au jazz. 

Ann O'Aro Trio - Photo de Florence le Guyon
Ann O'Aro Trio - Photo de Florence le Guyon

« J’ai l’impression qu’il se dégage de mes chansons une énergie circulaire, comme lorsque tu te sers de la force de ton adversaire pour te défendre. J’avais la sensation de tourner, de circuler autour de ces états du corps pillé, déshumanisé. Le sentiment d’un moment figé, d’un état de choc, du cerveau qui n’enregistre plus rien. Tout, alors, se meut lentement. Par flashs. Je vois ces nuances dans mes textes : mots de folie qui dénoncent, d’autres qui se baladent dans les bas-fonds, d’autres qui respirent à la surface. »

On aime l'énergie primale, la musique épurée et la liberté de ce trio bouleversant qui se construit une belle et forte identité.  

Longoz est sorti le 16 octobre sur le label Cobalt.