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Les cassettes perdues du Owiny Sigoma Band

Publié lepar Ghislain Chantepie
Owiny Sigoma Band version 2020 | Brownswood Rec
Owiny Sigoma Band version 2020 | Brownswood Rec

Le collectif afro-pop publie aujourd’hui un nouvel épisode de son dialogue fusionnel entre héritage musical kényan et rythmes électroniques, à découvrir en écoute intégrale.

Owiny Sigoma Band bouge encore. Le collectif londonien avait quasiment disparu depuis la sortie de son troisième album Nyanza il y a plus de six ans de cela. Avec la sortie de ce disque bouillonnant, cette troupe sans frontière avait pourtant transformé l’essai d’une aventure amorcée en 2009 au creux de l’ancienne province kenyane du même nom. Non loin des rives du lac Victoria, c’est dans ce berceau de la culture Luo que l'Anglais Jess Hacket - qui accompagnait alors Damon Albarn - fit la rencontre du percussionniste Charles Owoko et du joueur de lyre nyatiti Joseph Nyamungu. Ensemble, ils fondèrent alors le Owiny Sigoma Band qui se révéla au monde avec Power Punch, un disque explosif mêlant rythmes traditionnels et groove électronique et enregistré sous la férule du chasseur de sons Gilles Peterson.

Cette belle aventure, c’est la disparition brutale de Charles Owoko peu après la sortie de Nyanza qui y mit presque un terme. La sortie d’un nouvel album sonne donc aujourd’hui autant comme une bonne surprise qu’un possible chant du cygne que son titre évocateur, The Lost Tapes, ne semble pas démentir. 

En forme de cassettes perdues (ou plutôt retrouvées), les dix morceaux de ce disque s’articulent ainsi en deux parties relativement distinctes. Une face A d’abord, enregistrée en Ouganda avec l’apport d’un nouveau musicien, Lawrence Okelo, qui offre à la composition du collectif des reflets sonores inédits grâce à son xylophone ainsi que son Adungu, une harpe arquée faite de bois évidé. Des morceaux enregistrés pour la plupart en 2019, et qui se piquent d’une forme de douceur vocale (Christine) et de motifs organiques (Mutuba Tropics) qui actualisent avec brio leur afro-pop d’origine.

En guise de face B de ce disque publié de nouveau par le label Brownswood, ce sont des bandes inédites issues d’enregistrements réalisés par Charles Owoko à la fin de sa vie qui nourrissent la seconde partie du disque. On retrouve dans ces cinq derniers titres le groove davantage primitif du percussionniste (FisherMans Camp, Skinner) et qui avait contribué aux premiers succès d’Owiny Sigoma Band. Mais aussi une sorte d’hommage entêtant au musicien disparu au travers du chanté Ogito, un joli edit signé des crate diggers londoniens Frankie Francis et Simbad. Classe.