Menu
Écouter le direct

Le saxophoniste Manu Dibango est mort

Publié lepar FIP.fr
Manu Dibango au Womad Festival en 2014 / C Brandon/Redferns via Getty
Manu Dibango au Womad Festival en 2014 / C Brandon/Redferns via Getty

Le père de "Soul Makossa" nous a quittés mardi à l'âge de 86 ans des suites du virus Covid-19.

"Chers parents, chers amis, chers fans, une voix s’élève au lointain… C'est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons la disparition de Manu Dibango, notre 'Papy Groove', survenue le 24 mars 2020 à l'âge de 86 ans, des suites du Covid-19". C'est avec ce triste communiqué de la famille que nous apprenons ce matin la disparition du chanteur et saxophoniste camerounais. Aimé de tous pour sa musique et son humanité, ce grand artiste donnait il y a peu encore des concerts avant de contracter récemment le virus mortel. Auteur du tube planétaire Soul Makossa, le "Papy Groove" a été le père de la world music en mêlant les rythmes de cette planète où il se sentait si bien. En 60 ans de carrière, Manu Dibango a sorti plus de 40 albums dont le dernier Safari Symphonique mixant jazz et musique classique.

FIP diffuse mardi à 20h son concert donné au Grand Rex à Paris le 17 octobre dernier.

Manu Dibango, né le 12 décembre 1933, à Douala est touché par la grâce musicale dès ses premières années dans le temple protestant. Puis il découvre Armstrong, Ellington, Young, Parker. Le saxophoniste, auteur et chanteur était l'une des grandes figures des musiques noires. Un pionnier de l’afro-jazz, un univers de conversations riches et fougueuses mêlant les rythmes du Cameroun et d’Afrique Centrale au jazz, au funk, à la soul et au reggae.

Comme il l'avait raconté dans son autobiographie Trois kilos de café Manu Dibango était arrivé à Marseille en 1949 à l'âge de 15 ans avec dans son sac 3 kilos de café, denrée rare et chère à cette époque, pour payer ses premiers mois de pension. Fan de jazz, il fonde un groupe avec son compatriote Francis Bebey. Mais c'est à Bruxelles que son jazz s'africanise au contact de la communauté congolaise en pleine effervescence. Le Congo belge devient indépendant en 1960. Manu Dibango part pour Léopoldville, il dirige un club et lance le twist. Son pays en guerre,  il rentre en France dans les années 60 et joue du rythm and blues comme musiciens des stars françaises.

En 1971 il avait gravé une série de titres précurseurs de groove afro-jazz, destinés à des publicités ou des programmes télévisés, avec la crème des jazzmen français des années 70. Yvan Julien (trompette), Slip Pezin (guitare), Jacques Bolognesi (trombone), Lucien Dobat (batterie), Émile Boza (percussion) et Manfred (basse). Des titres réunis sur le disque African Voodoo récemment réédité par le label Hot Casa.

"Soul Makossa", le morceau qui l'a fait naître, a connu un étonnant destin. Ce n'était au départ que la face B d'un 45 tours dont le titre phare était un hymne pour l'équipe de foot du Cameroun à l'occasion de la Coupe d'Afrique des Nations. Repéré par des DJs new-yorkais, le titre a connu mille vies. Manu Dibango avait même accusé Michael Jackson de plagiat sur un morceau de l'album "Thriller". Un accord financier avait finalement été trouvé. Ce tube devenu un hymne panafricain lui avait ouvert les portes de Etats-Unis et permis de jouer dans des lieux mythiques comme Le Yankee Stadium ou l'Appollo Theatre avec notamment le collectif salsa Fania All Stars :

De 1975 à 1979, il dirige à Abidjan l’Orchestre de la Radio-Télévision ivoirienne. Deux ans plus tard, il entregistre l'album Home Made avec des musiciens nigérians avant de graver en Jamaïque des sessions avec la section rythmique de la légende reggae Sly Dunbar. Multi-instrumentiste, Manu Dibango était pianiste, vibraphoniste, joueur de marimba, de mandoline ou de balafon. Un talent multiple qu'il a mis au service d'une musique universelle allant des musiques africaines au jazz, à la chanson, au reggae, la musique classique ou au hip hop. 

Dans les années 80 il enregistre avec Serge Gainsbourg puis dans les années 90, à l'occasion de ses 60 ans, il sort Wakafrica, un album de reprises des plus grands tubes africains. Manu Dibango y revisite le patrimoine de la chanson en invitant les ténors Youssou N'Dour, King Sunny Ade, Salif Keita, Angélique Kidjo, Papa Wemba, Ray Lema, Peter Gabriel, Manu Katché… un succès mondial.

A 84 ans le nomadisme musical de Manu Dibango était toujours créatif. Après plus de 40 albums à son actif, il jetait avec toujours autant d'enthousiasme, des passerelles entre tradition et sons du futur. En 2019, il lançait deux projets scénique : un acoustique nommé African Jazz Safari et un autre symphonique. Avec Safari Symphonique, il nous fait voyager à travers les racines de la musique noire, un savant mélange de rythmes traditionnels de son Cameroun natal et des sonorités jazzy, les sons de la forêt équatoriale, le souffle du vent du désert qui vont à la rencontre de la pure tradition de la musique classique européenne. Cette rencontre entre l’Europe et l’Afrique constitue l’essence même de la définition que Manu Dibango donne à cette fusion : une musique "Afropéenne".

Engagé dans les combats humanitaires, il fut nommé Artiste de l'UNESCO pour la paix en 2004. Toujours curieux à l’égard des nouveaux courants musicaux, l’infatigable Emmanuel N'Djoké Dibango a su se diversifier et créer de nombreuses collaborations avec des artistes aussi différents que talentueux qui tous pleurent aujourd'hui ce grand homme :