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Kokoroko : « Le jazz est une musique faite pour danser »

Publié lepar FIP.fr
Cassie Kinoshi, saxo vingtenaire de Kokoroko | RF / Chantepie
Cassie Kinoshi, saxo vingtenaire de Kokoroko | RF / Chantepie ©Autre

L’octet londonien a fait le plein de chaleur hier soir au festival Eurosonic. Rencontre à Groningue avec cette nouvelle promesse de la bouillonnante scène jazz anglaise.

A Groningue, ce sont les chiffres qui parlent d’eux-mêmes. Dans cette charmante bourgade néerlandaise pleine de vélos, de péniches et de canaux, près d’un quart des 200.000 habitants sont des étudiants qui forment un fidèle public pour les innombrables salles de concerts et autres clubs que compte la ville. Au milieu de ce pingpong réjouissant où se narguent la jeunesse et la musique, le festival de découvertes Eurosonic prend ses quartiers d’hiver depuis maintenant trois décennies, faisant déferler cette année pas loin de 350 groupes de tous horizons sur la capitale septentrionale des Pays-Bas.

Dans ce bouillon de promesses venues des quatre coins de l’Europe le temps d’un gros weekend, les huit Londoniens de Kokoroko ont tiré leur épingle du jazz mercredi soir, offrant au public compact du Grand Theatre une démonstration chaleureuse de leur formule de cuivres et d’afrobeat. Rencontre avec ce nouvel espoir d'une scène anglaise qui n'en finit décidément plus de se réinventer :

Comment décririez-vous votre premier titre Abusey Junction, sorti il y a un an ?

Abusey Junction est le type de morceau que les gens peuvent jouer et écouter tous les jours, en cuisinant ou en faisant du yoga par exemple. C’est vraiment un titre posé, qui appelle à la décontraction et qui tape dans le mille pour n'importe qui, comme une bande-son du quotidien.

Avez-vous été surpris par son immense succès sur Internet ?

Franchement oui, on ne s’attendait pas du tout à un tel succès. On est aujourd’hui à presque 20 millions de vues sur Youtube après un an et demi, c’est génial et on remercie vraiment les gens pour ça.

Pourquoi la scène jazz londonienne est-elle aussi bouillonnante aujourd’hui, avec tant de groupes excitants qui émergent au même moment ?

Beaucoup d’entre nous ont grandi ensemble et nous nous connaissons en réalité depuis des années. Alors c’est vrai que nous avons fini par développer un son qui définit une sorte de communauté. Il y en a beaucoup parmi nous qui sont aussi passés par le Tommorow’s Warriors, un programme londonien de développement d’artistes, comme Shabaka Hutchings, Theon Cross et puis Shela, Cassie et moi-même, toutes trois de Kokoroko.

Alors oui, je pense que tout ce mélange de cultures et le fait que Londres est une ville où il se passe énormément de choses ont contribué à créer ce nouveau son jazz dont on parle. C’est un reflet des facettes du monde entier et de ce que nous somme en fait, fondamentalement.

Je pense aussi qu’il y a aussi une vraie évolution dans la façon dont les gens perçoivent le jazz. Les gens ont peut-être oublié au fil du temps que le jazz est une musique faite pour danser, au point de ne voir en lui qu’une musique où le spectateur s’assoit et observe. Ce n’était pas le cas pourtant à une époque avec Duke Elligton ou Dizzy Gillespie ! Ce qui se passe à Londres, c’est aussi ça, les gens reviennent dans les salles de concert pour s’éclater. Et quand tu as une salle, comme ici, avec 500 personnes en train de chauffer, je pense que c’est aussi une vraie raison du succès de cette nouvelle scène.

Vous préparez la sortie d’un nouvel EP au printemps, que s’est-il passé depuis la sortie d‘Abusey Junction ?

Nous avions besoin de temps pour apprendre et nous situer dans la tradition de la musique. Beaucoup de gens pensent que l’afrobeat est une musique que tu peux simplement jouer sur scène, et danser comme si cela était naturel. En réalité, il faut travailler beaucoup, apprendre et apprendre encore. Il y a une sorte de pression continue sur les artistes pour qu’ils sortent des morceaux, des albums… Mais c’est bien de pouvoir prendre son temps, pour former le son, pour l’améliorer et pour avoir le confort nécessaire à l’écriture avant de sortir un disque.

Quel rôle a eu Brownswood, le label de Gilles Peterson, dans l’accompagnement de votre travail ?

Je pense que ça marche bien avec Brownswood parce que c’est une sorte de famille. Ils sont vraiment actifs dans cette partie de la communauté jazz et ils soutiennent ceux qui tentent de réussir. Donc c’est vraiment chouette d’avoir pu travailler avec des gens qui nous connaissent et nous considèrent en tant que personnes, pas simplement comme un business.

Propos recueillis par Luc Frelon et Ghislain Chantepie (envoyés spéciaux à Groningen).

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