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Ifriqiyya Electrique ranime sa transe diabolique

Publié lepar Ghislain Chantepie

Le mystérieux collectif soufiste dévoile « He Eh Lalla », premier clip d’un nouvel album attendu au printemps.

Et si l’avenir, c’était la transe ? Comme une réponse au vertige kafkaïen de nos sociétés connectées, l’exaltation psychique a fait un retour remarqué ces derniers temps dans la production musicale, porté entre autres par quelques projets ayant germé sur le sol africain. À l’image de l’ovni ougandais Nihiloxica révélé aux dernières Trans Musicales de Rennes, leurs ainés du collectif Ifriqiyya Electrique ont mis au point une fusion primitive et à géométrie variable, un cocktail d’influences, de continents, et même, en ce qui les concerne, de véritables croyances.

Imaginé il y a quelques années par le duo franco-italien François Cambuzat et Gianna Greco, Ifriqiyya Electrique  est une tentative de rencontre entre la tension des musiques industrielles occidentales et la fièvre des rituels de la Banga, une musique confrérique du Djérid tunisien. Constitué autour des deux Européens et de trois membres de cette communauté désertique, le groupe recherche autant la création musicale que l’expérience mystique dans sa rénovation électrique de la tradition religieuse. Pas question donc, ici, d’édulcorer le soufisme du projet ou d’en faire un vernis un tant soit peu pittoresque : la transe, la vraie, est au cœur de l’expérience Ifriqiyya Electrique, comme un écho millénaire à l’origine sacrée de tous les arts premiers.

Et après un premier disque manifeste gravé en 2017, le collectif revient cette année avec Laylet el Booree, un nouvel album dont le titre renvoie à une phase du rituel Banga où des esprits prennent possession des corps. Car à l’inverse de l’exorcisme catholique et sa bonne vieille chasse au démon, la Banga est une pratique adorciste où le croyant ouvre son cœur à l’esprit, une transe « positive » qui inspire notamment les rythmes et les images de He Eh Lalla, le premier extrait du disque dévoilé cette semaine. Le résultat est un véritable mur de son de près de 4 minutes où la brutalité indus sert de forceps aux incantations traditionnelles, une hypnose violente qui témoigne avec force de cette fièvre collective.

IFRIQIYYA ELECTRIQUE Laylet el Booree
IFRIQIYYA ELECTRIQUE Laylet el Booree ©Autre