Menu
Écouter le direct

Exclu : "Soutbouk", le poids des croyances selon Jawhar

Publié lepar Guillaume Schnee
Jawhar © Alexis Gicart
Jawhar © Alexis Gicart

Avant son concert aux Trans Musicales, le songwriter d'origine tunisienne revient avec "Winrah Marah", un album plus sombre et plus rock illustré dans un clip magnifique, une variation sur le mythe de Sisyphe.

Conteur au talent rare, l'auteur-compositeur Jawhar nous avait déjà séduit en 2013 avec son folk chaâbi mélancolique et épuré sur l'album Qibla Wa Qobla. Invité le 6 décembre aux Trans Musicales, le Bruxellois d'adoption y présentera son nouvel album Winrah Marah attendu le 25 octobre sur Pias. Un troisième opus, enregistré cette fois avec un groupe et désormais plus inspiré par les sonorités sombres de Timber Timbre que par les mélopées aériennes de Nick Drake. Une direction musicale qui s'accorde parfaitement avec la poésie militante du songwriter habité par les désillusions de la révolution du Printemps arabe. L'artiste nous offre en avant-première le titre Soutbouk, qui signifie "la voix de ton père", illustré par le clip poignant de Ahmed Ayed, mettant en relief l’absurdité d’un monde rempli de superstitions, de recherche de sens et de quêtes impossibles.

Les pierres traînées par l’homme symbolisent le poids gigantesque des croyances, de la superstition, du sens héréditaire de la vie que l’on transporte avec soi, de manière totalement absurde. La « voix du père » dans les paroles de Soutbouk demande au héros de vendre son âne, sinon il sera possédé par les Djinns. Ensuite, elle lui demande de se débarrasser de sa maison et d’aller vivre en haut de la montagne. De « construire des villes sans murs et d’élever des enfants sans mots »… Cette voix qui le dépouille de tout finit par être un monstre qui le hante et le poursuit.

Inspiré par la littérature arabe et par la culture populaire de son pays Jawhar Basti a grandi dans la banlieue au sud de Tunis, à Radès. A vingt ans il part étudier à Lille, se fascine pour le théâtre et la poésie de William Blake et d’Emily Dickinson. Aspirant comédien, il commence à écrire ses chansons qu’il joue dans des petits lieux Lillois. Il fait les premières parties d’artistes tels que Susheela Raman, Boubacar Traoré ou Keziah Jones. Il auto-produit son premier album When Rainbows Call, My Rainbows Fly puis retourne en Tunisie en 2007 où il se consacre au Théâtre. Il y retrouve le goût d'écrire dans sa langue maternelle et sort l'album Qibla Wa Qobla.

Sur l'album Winrah Marah, l'artiste affine encore son écriture, influencé par « un printemps arabe qui se fane et autres événements heureux contemporains ». Amoureux du sens des mots et de leur musicalité, Jawhar évoque l’évolution de la société tunisienne à travers 10 titres et autant de personnages inventés qui évoluent aux rythmes hypnotiques de cette folk-pop finement ciselée.

Jawhar est en concert aux Trans Musicales de Rennes le 6 décembre.

Jawhar couv Winrah Marah
Jawhar couv Winrah Marah