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Exclu : « Leïla Nova », le nouvel album de Ko Shin Moon

Publié lepar Ghislain Chantepie
Axel Koshi + Nico Moon = Ko Shin Moon | Akuphone
Axel Koshi + Nico Moon = Ko Shin Moon | Akuphone

Le duo parisien déploie sa transe nocturne dans un troisième disque qui brave l’espace-temps.

Et si l’avenir, c’était la transe ? Comme une réponse au vertige kafkaïen de nos sociétés connectées, l’exaltation psychique a fait un retour remarqué ces derniers temps dans la production musicale, adoptée sans complexe par une flopée de jeunes groupes surgis de tous horizons. Et si le sol africain a vu germer certains des projets les plus hypnotiques du genre dans la lignée d’une tradition séculaire, ce néo-psychédélisme a aussi conquis les cœurs et les cordes d’une génération de vingtenaires occidentaux aux commandes de formations strictement instrumentales, allant des Texans de Khruangbin aux Bataves Yīn Yīn ou encore aux Suisses de L’Éclair.

Dans ce magma improbable et cosmopolite, deux Français obsédés par les traditions musicales orientales tirent leur épingle du jeu depuis bientôt trois ans avec leur projet expérimental Ko Shin Moon. Ce nom de baptême, ils l’ont emprunté dans une forme d’hommage assumé à un album de Haruomi Hosono, le bassiste du Yellow Magic Orchestra, où se découvrait déjà une vision exotique de l’Inde à coup de synthétiseurs, machines et éléments électroniques. Repéré il y a deux ans aux Trans Musicales de Rennes lors d’un concert noyé dans les volutes d’encens et les ombres chinoises, le duo parisien publie aujourd’hui un nouvel album où leur goût pour la tradition musicale la plus obscure mute vers le fantasme utopique d’un Orient cosmique.

Un Leïla Nova conquérant et qui s’ouvre avec un quasi hommage au Misirlou grec devenu fameux sous nos latitudes dans sa version surf-music (merci Pulp Fiction), mais qui virevolte aussi parfois dans les limbes d’un western psychédélique. Ce ping-pong musical entre évasion psychotrope et intention dancefloor constitue d’ailleurs le fil rouge de ce troisième disque à l’approche franchement sensorielle.

Pour y parvenir, les Ko Shin Moon se sont armés d’un attirail impressionnant qui puise dans l’immensité du patrimoine instrumental indo-européen. Des quarts de ton périlleux du Bağlama turc jusqu’aux harmoniques du Suling indonésien (une sorte de flûte en bambou) en passant par le Sitar et le Rubab afghan, c’est une étendue vaste comme un empire aujourd’hui déchirée par mille frontières qui semble retrouver sa continuité musicale au fil des titres les plus traditionnels du disque (Papilio Dance, Mishra Shivanjani, Ghazal). Dans cette fusion où l’espace et le temps se télescopent, les deux Parisiens prennent pour la première fois le micro en langue turque, française, ou même arménienne comme sur Nazani où des vers du poète Sayat-Nova sont malaxés par les vocodeurs. 

Car oui, ce nouvel album est aussi au diapason de la soif corporelle propre à la transe avec quelques bangers pour oiseaux de nuit à même de secouer les prochains concerts de Ko Shin Moon. C’est le cas pour ce Lambaya Püf qui ne cesse d’osciller entre rythmes bombés et gifles électroniques martiales. Gonflé aux synthés, l’excité Leila Nova affiche lui aussi la couleur de cet orient bionique jusqu’à s’achever dans un final techno assumé. Une culture du beat qui façonne enfin la montée irrésistible de ce Halay 2020, un titre qui prend la forme d’un mariage entre deux mondes jusqu’à flirter avec le meilleur de leurs ainés Acid Arab. Bingo.

"Leila Nova", nouvel album de Ko Shin Moon, est sorti le 29 janvier 2020 sur le label Akuphone. En concert le 30 janvier au Pop-Up du Label (Paris).