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Erick Cosaque, la voix passion du Gwo Ka

Publié lepar Guillaume Schnee
Erick Cosaque et Greg Germain au Centre 57
Erick Cosaque et Greg Germain au Centre 57

Le label Heavenly Sweetness a compilé 16 titres de l'artiste guadeloupéen gravés entre 1973 et 1995 sur la compilation "China Ka". FIP dévoile en avant-première le titre "Dé Chate Colé".

Grand artisan de la renaissance du gwo ka au début des années 70, le chanteur et percussionniste guadeloupéen est une des voix fortes de cette musique de combat et de fête héritée des esclaves africains déportés aux Antilles françaises. Comme le maloya réunionnais, le gwo ka a longtemps été interdit puis toléré mais stigmatisé et censuré. Une musique de rébellion et d'émancipation dont Erick Cosaque a su entretenir l'esprit originel en associant les tambours traditionnels (le Boula et le Makè) à des chorus de saxophones jazz, de claviers et de guitares électriques soul-funk, de zouk, de spoken word ou de kadans rampa comme sur ce titre haletant Dé Chate Colé tiré de Cosaque 1978, un album enregistré en 1977 avec le groupe Cadence Gilles :

Erick Cosaque reconnaît volontiers que ce n’est pas ici l’inspiration qu’il préfère dans tout son travail. Dé chat kolé, d’une veine un peu gauloise et évoquant l’ambiance des boîtes de nuit d’alors, est surtout une satire dirigée contre une cible. Mais cette attaque personnelle est aussi une imparable rencontre entre le gwo ka et la kadans rampa, alors toute puissante dans les Antilles d’avant le zouk.

Emblématique de la richesse plurielle de la créolité, le gwo ka a pris le nom d’une de ses matières premières : un tonneau de salaison appelé gros quart, laissé à des esclaves ou à des Noirs libres pour en faire des tambours avec des peaux de cabris. Aux rythmes (sept pour le gwo ka) des tambours vont se greffer l'influence des musiques européennes et des chants de travail dans les champs de canne à sucre et de manioc. Cette musique sophistiquée des exclus a autant de couleurs qu'il y a de villages dans l'île, Erick Cosaque s'en est imprégné dès son plus jeune âge auprès de son père docker sur le port de Pointe-à-Pitre avant de faire ses débuts à 14 ans avec Guy Conquête acteur de la révolution d’un nouveau gwo ka, identitaire et politique.

C'est en France métropolitaine où il arrive en 1969 qu'Erick Cosaque va faire sa carrière, enregistrant une vingtaine d'albums avec des groupes comme Négro Ka, Voltages 8, Cadence Gilles ou X7 Nouvelles Dimensions. Artisan indépendant et combatif du gwo ka, il contrôle tout et refuse l'influence artistique et économique d'un producteur ou d'un label. Il n'a gravé qu'un seul album, Rasin péyi en 1991, dans son île natale qu'il chante toujours. Attendu le 15 novembre, China Ka 1973-1995 a été compilé par Fred Martin (Les mains noires). Un témoignage indispensable de l'héritage musical collectif des Antilles.