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João Gilberto, créateur de la bossa nova, est mort

Publié lepar FIP.fr avec AFP
Joao Gilberto dans les années 7 | Michael Ochs
Joao Gilberto dans les années 7 | Michael Ochs ©Getty

Le pionnier brésilien est décédé samedi à l’âge de 88 ans à Rio de Janeiro.

La bossa nova vient de perdre l’un de ses fondateurs : "Mon père est décédé. Son combat était noble, il a tenté de conserver sa dignité alors qu'il perdait son autonomie",  a annoncé le fils de João Gilberto sur les réseaux sociaux samedi soir.  Les causes de la mort de cette icône, qui vivait ruinée et solitaire à  Rio, n'ont pas été précisées.

Guitariste et chanteur intimiste de l'âme brésilienne, Joao Gilberto  s'est produit sur les plus grandes scènes du monde. Parmi ses nombreux  morceaux d'anthologie, figurent Desafinado, Garota de Ipanema, Chega de saudade, Rosa Morena, Corcovado, ou encore Aquarela do Brasil. "Joao  a changé la musique du monde pour toujours. Il a enseigné la  délicatesse au Brésil, il a apporté la modernité. C'est une perte  irréparable", a réagi la chanteuse brésilienne Gal Costa à l'annonce du décès dans un communiqué.

Né le 10 juin 1931 à Juazeiro, dans l'Etat lointain de Bahia (nord-est),  Joao Gilberto Prado Pereira de Oliveira reçoit sa première guitare à 14  ans. Quatre ans plus tard, "Joaozinho" quitte son village natal pour  Rio. Dans un appartement de Copacabana, la nouvelle vague, "bossa nova"  en argot carioca - poètes, musiciens - se réunit chez Nara Leao, une  petite chanteuse de 14 ans. Il y a là Vinicius de Moraes, Newton  Mendonça, Carlos Jobim et un jeune homme timide, Joao Gilberto. Les deux  premiers composent, le troisième écrit et le dernier chante de sa voix  timide.

C'est un chuchotement, un souffle, "la dernière étape avant le silence",  disent les critiques. Seul sur son tabouret, avec sa guitare, il  invente "la batida", un rythme sensuel et impose le "canto falado", le  chant parlé. Le 10 juillet 1958, il enregistre "Chega de saudade" et "desafinado", manifestes de cette nouvelle vague.

Du haut de son génie, Joao Gilberto n'avait jamais été facile à vivre.  Son perfectionnisme qui tournait à l'obsession névrotique, son côté  excentrique et sa phobie sociale - il vivait reclus depuis des années,  souvent en pyjama - étaient légendaires.

Et depuis des années, le chanteur aux épaisses lunettes était pris  dans un conflit entre deux de ses trois enfants, son fils Joao Marcelo  et sa fille Bebel Gilberto - également musiciens - et sa dernière épouse  dont il était séparé à la fin de sa vie, Claudia Faissol, une  journaliste 40 ans plus jeune que lui et mère de sa fille adolescente.

Bebel et Joao Marcelo accusent Claudia Faissol d'avoir abusé de la  faiblesse de leur père et d'avoir provoqué sa ruine en lui faisant  signer des contrats sans la pleine possession de ses capacités  cognitives.

Signe de ces tensions, dans son message sur Facebook, Joao Marcelo a écrit samedi: "Je remercie ma famille (mon côté de la famille) d'avoir été là pour lui".

Beaucoup de Brésiliens ont vu Joao Gilberto pour la dernière fois sur  une vidéo en 2015, où il apparaissait, très amaigri et en pyjama,  chantant "The girl from Ipanema" à sa plus jeune fille en s'accompagnant à la guitare. "La tristesse est sans fin", dit l'une de ses chansons.