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Tony Allen, pionnier légendaire de l’afrobeat, est mort

Publié lepar FIP.fr
Tony Allen à Amsterdam en mars 1988 (Frans Schellekens/Redferns)
Tony Allen à Amsterdam en mars 1988 (Frans Schellekens/Redferns) ©Getty

L'immense batteur nigérian est décédé ce jeudi à Paris à l’âge de 79 ans.

L’afrobeat vient de perdre son deuxième père. Tony Allen, batteur nigérian légendaire, compagnon de studio et de scène de son compatriote Fela Kuti, vient de disparaitre soudainement à l’âge de 79 ans. "On ne connaît pas exactement la cause du décès", a indiqué son manager Eric Trosset à l'agence France-Presse, tout en précisant qu'il n'a pas été emporté par le virus Covid-19.

Tony Oladipo Allen avait appris les percussions et la batterie en autodidacte, inspiré par les rythmes traditionnels yoruba et le jazz américain de Dizzy Gillespie, Max Roach ou Art Blakey. En 1964, il passe des essais et rejoint le groupe de jazz et highlife de Fela, devient le rythmicien puis le directeur artistique du groupe Africa 70. Lors d'un voyage aux Etats-Unis, les deux complices découvrent les mouvements contestataires noirs-américains et le funk de James Brown. 

A leur retour à Lagos, ils développent cet afrobeat, genre à part entière, musique hypnotique et répétitive mêlant le style highlife, la polyrythmie yoruba, le jazz, le funk et qui devint un des courants fondamentaux de la musique africaine du 20e siècle. "Sans lui il n'y aurait pas eu d'afrobeat" avait ainsi déclaré Fela et lorsque Tony Allen s'envole vers de nouvelles aventures et s'installe à Londres dans les années 80, il faudra quatre batteurs pour le remplacer.

Le cerveau des musiciens travaille en permanence à rendre les gens plus heureux pas à les détruire. (Tony Allen)

Sur cette musique puissante, Fela greffera ses paroles révolutionnaires et panafricanistes qui feront de lui un des symboles les plus forts de la lutte pour les libertés en Afrique. Avec Fela et le groupe Africa 70, Tony Allen enregistra ainsi 36 albums, avant que les chemins des deux complices ne se séparent après 26 ans de collaboration. 

De 1975 à 1988 Tony Allen a gravé cinq albums en tant que leader, disponibles aujourd'hui sur le label Strut. A Londres, il enregistre avec des artistes comme Manu Dibango et Ray Lema et commence à propulser son génie rythmique vers de nouveaux territoires musicaux. Installé à Paris, il fait le bonheur des clubs groove de la capitale dans les années 90 et relance sa carrière en 1999 avec l'album expérimental Black Voices produit par Doctor L sur le label Comet records.

Dès lors, Allen s'envole en solo dans des expériences musicales sans limites. Qu'importe la couleur musicale, le maître rythmicien côtoie Doctor L, Sébastien Tellier sur l'album Politics, Damon Albarn au sein de The Good, the Bad and the Queen et du supergroupe Rocket Juice and The Moon. L'Anglais est encore présent sur l'album Film of Life de Allen sorti en 2014.

Celui que Brian Eno qualifiait de « meilleur batteur qui ait jamais vécu » va multiplier les expériences avec Ernest Ranglin, Susheela Raman, Jimi Tenor, le trio brésilien Méta Méta, la chanteuse malienne Oumou Sangaré ou Cerrone. Encore récemment, ce musicien légendaire unissait ses forces avec un autre géant, le producteur électronique Jeff Mills, autour d’un album à quatre mains en forme de fusion de tous les rythmes.

Ces dernières années le batteur nigérian avait aussi décidé de célébrer ce jazz qui l'avait inspiré dans sa jeunesse en enregistrant en 2017 un EP en hommage au légendaire batteur jazz Art Blakey et à ses Messengers suivi de l'album The Source, chef d'oeuvre du genre enregistré en analogique avec la crème des jazzmen français. En mars dernier sortait Rejoice, une collection de titres afro-jazz gravés en 2010 avec une autre légende de la musique africaine, Hugh Masekela.