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Les petites perles afrobeat du Japonais Naoito

Publié lepar Ghislain Chantepie
Naoito en concert au Japon | 180g Records
Naoito en concert au Japon | 180g Records

Le mystérieux multi-instrumentiste sort de l’archipel un premier éventail de groove sans frontière.

Près de 13.000 kilomètres séparent Tokyo et Lagos, deux capitales de mondes si lointains qu’ils paraissent s’ignorer. Mais pour Naoito Ito, cette distance impressionnante a depuis longtemps été surmontée. A l’image de ses compatriotes un peu cinglés du collectif Ajate, ce mystérieux musicien a écrit son parcours musical à l’image d’un pont entre la bouillante Afrique de l’ouest et les pentes majestueuses des monts nippons.

Car l’afrobeat est tout sauf un vain mot pour Naoito. Ancien frontman des Kingdom Afrocks, il a arpenté l’archipel avec cette formation méconnue sous nos latitudes mais acclamée dans les grands festivals japonais jusqu’à partager la scène, le temps d’un concert, avec leur grand maitre Tony Allen. Après la dissolution de son groupe il y a cinq ans, le musicien s’est mis au vert dans la ville côtière de Kamakura où il a embrassé la carrière de charpentier. De ce changement de décor et de métier est né une aspiration, celle de cultiver le bois de cette fusion nigériane de jazz, de soul et de funk dans un nouveau projet solo sobrement baptisé de son propre nom.

Entouré par la crème des musiciens de l’underground tokyoïte, Naoito publiait ainsi l’an dernier sur Jazzy Sport dotA, une synthèse enivrante de spiritual-jazz et de groove afro entièrement made in Japan. Déniché depuis par les diggers du label français 180g, ce disque sort aujourd’hui dans nos contrées pour témoigner, s’il le fallait encore, de la vitalité de la scène afrobeat nippone et de ses talents méconnus. Aux baguettes comme au micro, Naoito conjugue ainsi sur ce dotA une maitrise pointue des codes du genre avec les parfums d’un pays qu’il chante aussi bien en anglais que dans sa langue natale. 

Un disque qui sait prendre le temps des montées, décollant dans la jolie patience du radieux Sonsbeek avant de s’illuminer bientôt sur la pépite dotA et ses huit minutes plutôt haletantes où orgues, cuivres et percussions fusionnent dans un kaléidoscope raffiné. Avec Voodoo Grease, c’est ensuite un jazz libéré qui enveloppe le chant feutré de Naoito tandis que des cuivres rayonnants rythment plus loin les 10 minutes (encore) du chaleureux Kaixo. On surveille sa venue en Europe dès maintenant.