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Nils Frahm célèbre son Piano Day avec un album secret

Publié lepar Ghislain Chantepie
Nils Frahm au Lowlands Festival en 2018 aux Pays-Bas (Gordon Stabbins/WireImage)
Nils Frahm au Lowlands Festival en 2018 aux Pays-Bas (Gordon Stabbins/WireImage)

Le pianiste berlinois remonte le temps avec "Graz", un disque enregistré à ses débuts à découvrir en écoute intégrale.

C’est une époque où le temps semble disparaitre. Un passé proche devenu soudainement très lointain, un avenir dont l’horizon se trouve barré par l’incertitude. La mesure du temps, Nils Frahm l’expérimente avec brio depuis bientôt 15 ans au travers d’un travail minutieux, à la croisée des musiques classiques et des arrangements électroniques. Ce prodige de l’école néo-classique a atteint une forme de zénith artistique ces dernières années, offrant avec son album Melody puis ses variations Encore 1, 2 et 3 (issues des mêmes sessions) la quintessence de ses instincts expérimentaux.

C’est encore en comptant le temps que le Berlinois lançait en 2015 son Piano Day, une célébration annuelle de son instrument de prédilection sous toutes ses formes. Le trentenaire avait alors choisi pour cette fête la date du 29 mars, c’est-à-dire le 88e jour de l’année en hommage au nombre de touches composant généralement le clavier. Alors que se tient aujourd’hui cet événement sous une forme essentiellement numérique – conditions sanitaires oblige –, Nils Frahm remonte dans le temps avec la mise en ligne d’un album oublié baptisé Graz. 

A l’instar de l’intemporel Empty publié l’an dernier à la même occasion, le pianiste berlinois sort aujourd’hui de ses tiroirs une poignée de compositions qui relèvent là encore d’une forme de témoignage personnel. Celui d’un jeune Nils Frahm qui, avant même la sortie de Felt en 2009, enregistre pour la première fois sur un piano à queue lors d’une série de sessions à l'université de musique et des arts du spectacle de Graz. Un temps où Nils Frahm n’avait pas encore composé la nuée stellaire qui forme son mémorable Says, un temps où le pianiste ne s’était pas encore brisé le pouce et n’avait, dans la douleur, écrit la partition de son petit album Screws, ni enregistré plusieurs années plus tard, dans le studio de ses rêves, son rayonnant All Melody.

Le bois de Graz est à ce titre particulièrement intimiste, la gravité du piano solo ne rencontrant bien souvent aucun des reflets exogènes qui ont fait le succès de l’œuvre de Nils Frahm. Ni battement, ni craquement notable, ni rotation électronique ne viennent ainsi feutrer les huit pièces de cet album resté dans les tiroirs. L’énergie vectorielle du pianiste, pourtant, se découvre déjà dans ce travail personnel à l’image de Hammers, prototype d’un titre que l’on retrouvera allongé et augmenté des années plus tard sur son album Spaces. Ailleurs, une forme de romantisme domine dans ces compositions à l’élégance minimaliste et qui témoignent, déjà, d’une relation fusionnelle entre le jeune homme d’alors et son instrument fétiche.

"Parfois, quand on entend un piano, on peut penser qu'il s'agit d'une conversation entre une femme et un homme. En même temps, il peut faire allusion aux formes de l'univers et décrire l'aspect d'un trou noir. Vous pouvez produire des sons qui n'ont aucun rapport avec ce que nous pouvons mesurer." Nils Frahm