Menu
Écouter le direct

« Empty », l’album surprise de Nils Frahm

Publié lepar Ghislain Chantepie
Nils Frahm à Amsterdam en février 2019 (Paul Bergen/Redferns)
Nils Frahm à Amsterdam en février 2019 (Paul Bergen/Redferns) ©Getty

Le pianiste berlinois vient de mettre en ligne une collection de partitions intemporelles.

C’est une époque où le temps semble disparaitre. Un passé proche devenu soudainement très lointain, un avenir dont l’horizon se trouve barré par l’incertitude. La mesure du temps, Nils Frahm l’expérimente avec brio depuis bientôt 15 ans au travers d’un travail minutieux, à la croisée des musiques classiques et des arrangements électroniques. Ce prodige de l’école néo-classique a atteint une forme de zénith artistique ces dernières années, offrant avec son album Melody puis ses variations Encore 1, 2 et 3 (issues des mêmes sessions) la quintessence de ses instincts expérimentaux.

C’est encore en comptant le temps que le Berlinois lançait en 2015 son Piano Day, une célébration annuelle de son instrument de prédilection sous toutes ses formes. Le trentenaire avait alors choisi pour cette fête la date du 29 mars, c’est-à-dire le 88e jour de l’année en hommage au nombre de touches composant généralement le clavier. En cette année bissextile où le temps s’étire d’une journée, c’est donc le 28 mars dernier que s’est tenue cet événement au cours duquel Nils Frahm a également mis en ligne un album oublié baptisé Empty.

Ce disque aussi est un souvenir d’un autre temps. Un temps où Nils Frahm n’avait pas encore composé la nuée stellaire et aveuglante qui forme son mémorable Says, un temps où le pianiste ne s’était pas encore brisé le pouce et n’avait, dans la douleur, écrit la partition de son petit album Screws. A l’instar de ce disque publié en 2012, Empty est également rempli de piano en solo au travers de 8 pièces en forme de berceuses aux titres mystérieux. 

Durant cette quarantaine de minutes intimistes, les battements et les craquements se confondent ainsi jusqu’à offrir l’impression de se trouver au cœur même du piano de Nils Frahm. Un dédale de temps en forme de singularité boisée où les austères First Defeat et A Shine laissent bientôt la place à l’envol et à l’azur sur un No Step One Wing plein d’espoir. Car chez le Berlinois, le piano se fait solo sans jamais être solitaire, les ambiances et les enregistrements exogènes nourrissant sa musique jusqu’au millimètre de l’émotion. Au point, même, d’absorber le silence sur ces Black Notes contemplatives et dont la dernière minute fige finalement toutes les horloges.