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Sous l’Oscar de "Green Book" se cache une BO magnifique

Publié lepar Ghislain Chantepie
Tony Lip et Don Shirley sur les routes du Sud | Green Book
Tony Lip et Don Shirley sur les routes du Sud | Green Book ©Autre

Sacré meilleur film de l’année, le road-movie de Peter Farrelly est aussi une pure balade dans le jazz méconnu du pianiste Don Shirley.

Auréolée de ses super héros Kendrick Lamar, Jorja Smith et Jay Rock, c’est bien la bande-originale du stéroïdé Black Panther  qui a décroché dimanche soir, sous les traits d'un grand album de rap, l’Oscar 2019 de la meilleure musique de film. Egalement en lice pour la statuette ultime du meilleur film, le dernier-né des studios Marvel a pourtant dû s’incliner lors de la cérémonie hollywoodienne face à un autre long-métrage qui porte la musique en son cœur, le pénétrant *Green Book * de Peter Farrelly.

Road-movie au long-cours dans l’Amérique ségrégationniste, *Green Book * s’inspire d’une histoire vraie, celle du pianiste afro-américain Don Shirley qui cherche à faire progresser les mentalités au début des années 60 à travers une série de concerts en plein Deep South. A cette époque où les Noirs subissent un racisme exacerbé – Nat King Cole en fera les frais lors de sa propre tournée - l’artiste choisit alors un certain Tony Vallelonga pour l’accompagner, un chauffeur et garde du corps italo-américain aussi rustre que raciste mais qui va forger au cours du film, sous les traits du génial Viggo Mortensen, une amitié réelle et durable avec le pianiste.

Disparu en 2013, Donald Shirley fut également un expérimentateur accompli de la rencontre entre jazz et musique de chambre, son ambition première pour le classique ayant été contrariée au nom de sa couleur de peau. Après avoir connu un franc-succès jusqu’au milieu des années 60, son nom a peu à peu été effacé des tablettes jusqu’à devenir franchement oublié quand le film de Peter Farrelly est sorti l’an dernier.  Et c’est tout l’intérêt de la bande-originale de *Green Book * de plonger dans son œuvre méconnue mais qui ne manque pas d’ingéniosité, ni même de piquant.

On doit au jeune pianiste américain Kris Bowers, révélé par ses collaborations avec Kanye West ou A Tribe Called Quest, d’avoir su donner au film de Farrelly la bande-son qu’il méritait. Accompagné de Kevin Axt à la basse et d’Artyom Manukyan au violoncelle, Bowers revisite le répertoire de Don Shirley et son trio avec une vitalité déconcertante, incarnée à l'écran par le sphinx Mahershala Ali. Parfois vivace sur Blue Skies, parfois apaisé avec *The Lonesome Road, * le piano de Shirley est honoré ici avec une classe indéniable qui justifie que les enregistrements originaux, usés par le temps, n’aient pas été utilisés pour le film.

Bien sûr, on n’écoute pas que du jazz dans la grandiose Cadillac DeVille turquoise qui trimballe deux mois durant l’étrange tandem sur l’asphalte du Sud. C’est pourquoi on trouvera également en cette BO la compagne idéale d’une croisière routière de l’époque, des Blue Jays et leur Lovers Island  plein de R&B sirupeux au réjouissant A Letter From My Baby  de l’oublié Timmy Shaw, et sans oublier le surf-rock naissant des Jack’s Four. Magnifique, on vous dit.

"Green Book", la musique originale de Kris Bowers, est disponible aux éditions Milan Music