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Rencontre avec le saxophoniste Léon Phal au festival Jazz à Sète

Publié lepar Guillaume Schnee
Léon Phal au Festival Jazz à Sète 2021 / Guillaume Schnee / RF
Léon Phal au Festival Jazz à Sète 2021 / Guillaume Schnee / RF ©Radio France

Avant le concert du trompettiste israélien Avishai Cohen, Léon Phal et son quintet ont donné un set d'une heure et demi époustouflant. Le saxophoniste qui présentait son album "Dust to Stars" évoque son parcours et son oeuvre.

Le Théâtre de la Mer est sans nul doute l'un des plus beaux sites français pour vivre un concert. Un écrin maritime où la scène se confond avec l'horizon bleu, qui rend grâce à l'excellente programmation de cette 26ème édition du festival Jazz à Sète. Malgré une jauge limitée, le public s'est pressé pour enfin revivre les émotions du live et voir des artistes comme Airelle Besson, Manu Katché, Jî Dru, Kyle Eastwood, Sylvain Luc, El Comité ou Cheick Tidiane Seck. 

Un public qu'a su conquérir pendant une heure et demi Léon Phal accompagné de son quintet de jeunes virtuoses, lundi 19 juillet, avec l'énergie radieuse de leur musique audacieuse et contemporaine où s'entremêlent les ballades mélodieuses sublimes, les tempêtes groove et les sonorités électroniques. L'occasion d'une rencontre avec ce talentueux saxophoniste à l'esprit libre :

Deux ans après Canto Bello vous venez de sortir votre deuxième album Dust to Stars toujours avec le même quintet. Comment s'est produite la formation de cet ensemble aux configurations hard bop.

En fait l'aventure a démarré le plus naturellement possible avec le trompettiste Zacharie Ksyk, mon ami d'enfance, colocataire et frère de sons avec qui nous avons aussi d'autres projets dans différents styles, reggae par exemple. La complicité musicale est devenue comme une évidence, pas besoin de se faire des signes sur scène nous sommes dans le même mood, les mêmes tonalités. Ensuite, sont arrivés Gauthier Toux aux claviers que j'avais rencontré au conservatoire de Reims, Arthur Alard à la batterie et Rémi Bouyssiere à la contrebasse qui ont beaucoup enrichi le projet.

Vous parliez de vos expériences dans d'autres univers musicaux, comme bon nombre de trentenaires de la scène jazz contemporaine vous avez développé un langage sonore qui vous est propre, libéré de tout cloisonnement...

Oui quand je compose je ne pense pas à un style, une couleur musicale, un genre. Ça ne m'intéresse pas et même si je tiens à la structure jazz et à sa liberté d'expression, la musique est pour moi une question d'énergie et d'émotions. Nous sommes tous le produit de ce que nous avons écouté, ce qui a bâti notre éveil et notre culture musicale : quand ma mère était enceinte elle allait voir en concerts des groupes punk, plus tard j'écoutais aussi bien Morphine avec ses sonorités rauques de saxophone que John Coltrane ou Prodigy. A priori tout sépare ces deux dernières références, pourtant il y a la même rage, la même énergie.

A quel moment le discours jazz s'est imposé chez vous ?

A douze ans comme je l'ai dit j'écoutais notamment John Coltrane. Mon professeur qui avait une formation classique s'intéressait aussi au jazz. Lorsque que je lui ai dit ce que j'écoutais, les choses ont évolué. Mais c'est surtout quand je me suis confronté à l'appréhension de l'improvisation que j'ai compris ce qu'était cette liberté du jazz. Mes premières improvisations ont fait sourire mes professeurs, je pensais qu'il suffisait de jouer ce qu'il nous passait par la tête. Il y a une structure dans la liberté, et quand John Coltrane improvisait il jouait bien une musique savante.

Qu'est-ce qui a changé pour l'écriture de ce deuxième album Dust to Stars ?

Pour Canto Bello, même si le résultat était finalement audacieux, j'avais beaucoup de choses à prouver à mes pairs, à mes professeurs et j'ai composé de façon très académique, sur papier. La pression était grande pour ce deuxième album après l'accueil élogieux du premier. J'ai décidé de me libérer de toutes ces attentes en écrivant la musique que je ressentais. Cette fois, j'ai travaillé dans mon home studio, composant avec mes instruments, ma banque de données musicale, y trouvant une rythmique ou exhumant sur l'instant une de mes anciennes mélodies. Confinement oblige, j'envoyais le résultat à mes complices qui m'en proposé leur vision, finalement nous avons travaillé ensemble en physique seulement cinq jours.

Avec cette élégante combinaison de ballades contemplatives, parfois cosmiques et de tourbillons groove, l'accueil est au rendez-vous...

Oui, on s'interroge toujours. Ai-je été trop loin ? Comment le public va-t-il ressentir notre œuvre ? Nous avons commencé notre tournée en juin et à chaque fois je ressens que le public adhère. Les conditions sanitaires ne le permettent pas aujourd'hui, mais les gens ont envie de danser. Et c'est bien là ma volonté, par l'énergie de notre musique redonner au jazz sa nature originelle, une musique métisse de danse à la fois populaire et savante qui parle à l'imaginaire et aux émotions. N'oublions pas que l'industrie discographique s'est développée à ses débuts grâce au jazz, il n'y a rien de nouveau. 

Léon Phal Quintet - Festival Jazz à Sète 2021 / Guillaume Schnee / RF
Léon Phal Quintet - Festival Jazz à Sète 2021 / Guillaume Schnee / RF

J'aime beaucoup ce que fait le collectif anglais Nubiyan Twist ou plus encore le guitariste américain Jeff Parker qui pour moi est le meilleur représentant de cette scène jazz contemporaine. C'est cette énergie et cette créativité que je veux continuer à explorer sur notre troisième album même si je n'en ai pas encore défini les contours. J'aimerai encore accentuer cette communion avec le public pour qu'il devienne un véritable acteur de nos concerts.

Dans cette musique contemporaine, vous utilisez des sonorités électroniques, sans machines...

Oui sans jamais oublier l'improvisation collective, notre duo de cuivre joue les mélodies tandis que le duo rythmique donne les pulsations. Avec ses claviers, Gauthier Toux enveloppe notre musique en développant sans cesse des atmosphères incroyables. Il connaît parfaitement la musique électronique et crée avec tout son talent des sonorités qu'on penserait tout droit sorties de machines. Notre batteur Arthur Alard utilise aussi un élément Stack capable de reproduire ces sons utilisés dans la musique électronique.

Léon Phal Quintet - Jazz à Sète 2021 / Guillaume Schnee / RF
Léon Phal Quintet - Jazz à Sète 2021 / Guillaume Schnee / RF

Léon Phal et son quintet poursuivent leur tournée : le 30 juillet au Cosmojazz Festival, le 3 août au festival Crest Jazz Vocal, et le 22 septembre au Colmar Jazz Festival.