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Louis Sclavis poursuit son dialogue en humanité avec Ernest Pignon-Ernest

Publié lepar Catherine Carette
L. Sclavis, B. Moussay, S. Murcia, C. Lavergne - Photo Luc Jennepin / ECM Records
L. Sclavis, B. Moussay, S. Murcia, C. Lavergne - Photo Luc Jennepin / ECM Records

"Characters on a Wall" est le nouvel album du clarinettiste inspiré par le street art politique du grand plasticien.

C'est une belle connivence qui s'exerce entre le musicien et compositeur Louis Sclavis et le pionnier de l’art urbain en France, témoins et acteurs de notre temps. Depuis plus de 50 ans, Ernest Pignon-Ernest colle les pochoirs et les sérigraphies de ses dessins saisissants au fusain et à la pierre noire sur les murs des villes du monde. Ses œuvres grandeur nature activent un regard sensible sur un lieu et dénoncent les injustices flagrantes infligées aux femmes, aux enfants et aux hommes. Après une première exploration du travail du plasticien sur Napoli's Walls sorti en 2002 sur le label ECM, Louis Sclavis met en perspective huit morceaux et huit collages en résonance avec les tragédies de nos sociétés.  

Avec cet album, il s'agissait aussi de poursuivre une collaboration très riche entamée en 2015 avec les puissants instrumentistes et improvisateurs inspirés que sont le pianiste Benjamin Moussay, la contrebassiste Sarah Murcia et le batteur Christophe Lavergne. On suit le quartet sur les pas d'Arthur Rimbaud de Paris à Charleville-Mézières, du cinéaste Pasolini à Rome, de Jean Genet sur les docks de Brest ou encore du poète palestinien Mahmoud Darwich exposé à Ramallah, Bethléem et Naplouse, sur le mur de séparation et aux checkpoints. L'éclairage de ce très beau quartet acoustique prolonge le sens et la symbolique de ces images errantes destinées à s'effacer. Il y a là une grâce infinie et profondément touchante. 

Coup de cœur pour le titre Prison qui fait écho au travail poignant d'Ernest Pignon-Ernest dans la prison Saint-Paul de Lyon (2009), alors désaffectée, où tant de gens furent torturés ou exécutés. "Pour ce titre, explique Louis Sclavis, c’est le mouvement qui lui a donné la forme de la composition."

On tourne en rond, on se cogne aux murs, on va, on vient. C’est circulaire, ça évoque des marches brisées. 

Prisons par Ernest Pignon-Ernest
Prisons par Ernest Pignon-Ernest

Si les travaux d'Ernest Pignon-Ernest sur l'avortement, les expulsés, les clandestins, l'apartheid, les gisants de la Commune de Paris, les tragédies du sida... sont si percutants, c'est aussi parce qu’ils intègrent la rue à sa démarche artistique. Ils font corps avec l’espace, saisissent la lumière, les couleurs et suggèrent ce qui ne se voit pas ou plus. 

La plupart des travaux d'Ernest Pignon-Ernest me donne très vite une idée de dynamique très précise et ce moteur emmène la musique dans une direction que je n’ai qu’à suivre. 

Comme dans le titre La Dame de Martigues qui fait écho au dessin représentant une vieille dame assise dans le chaos de l'urbanité, "c’est de l’idée de l’immobilité, du temps suspendu que naît la musique", nous dit Sclavis. 

Mon rapport à son travail est souvent d’abord physique, puis comme dans "L'heure Pasolini" (inspiré par l'image du réalisateur portant son propre cadavre) des références culturelles, des associations d’idées viennent enrichir ma composition.

Pasolini, 40 ans après son assassinat. Collage à Rome, Ostia, Naples, Matera, Mai/Juin 2015 - Ernest Pignon
Pasolini, 40 ans après son assassinat. Collage à Rome, Ostia, Naples, Matera, Mai/Juin 2015 - Ernest Pignon

Characters on a wall sort le 20 septembre sur le label ECM. "L’apport de Manfred Eicher dans la production de ce disque a été primordial et notre collaboration qui date de trente années n’a jamais été aussi étroite que pour cet opus", précise le clarinettiste.

En concert :
18/10 : Lyon
20/10 : Avignon
14/11 : Valence
15/11 Nevers