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L'accordéoniste Marcel Azzola est mort

Publié lepar FIP avec AFP
Marcel Azzola Salle Drouot en 1985 / Christian RAUSCH/Gamma-Rapho / Getty
Marcel Azzola Salle Drouot en 1985 / Christian RAUSCH/Gamma-Rapho / Getty ©Autre

Le musicien avait accompagné les légendes Piaf, Brel, Gréco ou Barbara et propulsé l'instrument dans le monde du jazz. "Monsieur Accordéon" s'est éteint lundi à l'âge de 91 ans.

"Il a toujours été un point de mire", affirme Richard Galliano, l'accordéoniste Marcel Azzola est vite devenu une légende de l'instrument et son héritage pour la musique française est immense que ce soit dans la chanson, le jazz ou la musique classique. "Chauffe, Marcel chauffe!" Avec la mort de Marcel Azzola, à l'âge de 91 ans, disparaît un très grand "Monsieur" de l'accordéon, qui a donné en France un souffle nouveau à l'instrument en l'emmenant vers le jazz.

"Son coeur a laché" lundi matin, chez lui à Villennes-sur-Seine dans les Yvelines, a annoncé à l'AFP Lina Bossati, sa compagne de scène puis de coeur. Nombreux sont ceux qui connaissent sans le savoir ce génie de l'accordéon grâce aux musiques de films de Jacques Tati et à la chanson "Vesoul" de Jacques Brel. Marcel Azzola est entré de plain-pied dans la légende avec son chorus d'accordéon époustouflant sur ce titre, en 1968, et le fameux "Chauffe Marcel, Chauffe !" que lui avait alors lancé, survolté, Jacques Brel pendant l'enregistrement.

Né le 10 juillet 1927 dans le XXe arrondissement de Paris, de parents immigrés italiens installés à Pantin, le petit "Marcello" a été sensibilisé très tôt à la musique. Après le violon, son père, maçon et musicien amateur, l'oriente vers l'accordéon. Depuis les années quarante, en se perfectionnant auprès de Médard Ferrero, "Il Professore", il a promené son piano à bretelles partout, de brasseries en dancings, de studios, de tournées avec Yves Montand en aventures dans le jazz, de duos en grands orchestres. Sa culture classique, son habileté à déchiffrer, ont fait de lui dès la fin des années 40 un accordéoniste de studio très demandé. En 1949, il participe à l'enregistrement de "Sous le Ciel de Paris " d'Edith Piaf. Puis vinrent Gilbert Bécaud, Barbara, Boris Vian, Mouloudji, Juliette Gréco, Francis Lemarque, Yves Montand, entre autres...

L'accordéon de Marcel Azzola parcourt aussi la bande-son de nombreux films, comme cette petite mélodie accompagnant M. Hulot sur son solex dans "Mon Oncle" de Jacques Tati. Son jeu tout en nuances, "dans lequel on ne trouvera jamais une trace de vulgarité" (dixit Francis Varis) et son phrasé "avec une dynamique très particulière, très bebop" (Richard Galliano) forçaient l'admiration. Sa technique lui a aussi permis de se glisser avec aisance dans le monde du jazz, jouant devant Django Reinhardt et aux côtés de Stéphane Grappelli, Dany Doriz, Toot Thielemans, Richard Galliano, Didier Lockwood, Christian Escoudé et Marc Fosset et d'être un acteur du rapprochement entre jazz et musette dans les années 80.

Professeur à l'Ecole de musique d'Orsay pendant vingt ans, il a milité depuis les années 70, avec ses collègues Joe Rossi, Joss Baselli et André Astier, pour la reconnaissance de l'accordéon. Aboutissement de cet acharnement: l'inscription de cet instrument au CNSM (Conseil national supérieur de musique) de Paris en 2002.

Ce musicien de grande classe se doublait d'un homme charmant, loué pour sa gentillesse et sa modestie. "Il a toujours eu du respect pour les gens", assure Philippe Krümm.

Statufié au Musée Grévin de 1969 à 1981, proposé pour la Légion d'Honneur qu'il avait refusée, Marcel Azzola souffrait depuis très longtemps de la Maladie de Dupuytren à la main droite. Le mal s'étant accentué, son activité s'était singulièrement réduite ces dernières années. Il passait l'essentiel de son temps dans la gentilhommière de Villennes-sur-Seine qu'il partageait avec Lina Bossatti, pianiste et violoniste talentueuse.