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En écoute : "Symphonie Pacifique", le nouvel album de Greg Foat

Publié lepar Ghislain Chantepie
Greg Foat en son studio | Strut Records
Greg Foat en son studio | Strut Records

Le pianiste anglais lève le voile sur un disque de jazz aux mille embruns, à découvrir en écoute intégrale.

En voilà une bonne nouvelle. Voir le gentleman Greg Foat rejoindre le label Strut pour son nouvel album est un alignement des planètes tout à fait emballant. Pour ce collectionneur de disques aussi bien fan de library music que de folk pointu, signer son nouveau projet chez cette petite maison londonienne spécialisée dans les compilations de pépites perdues a tout d’une trajectoire on ne peut plus contrôlée. 

Solide représentant d’une scène britannique qu’il écume depuis presque une quinzaine d’années, Greg Foat est un pianiste érudit et inventif qui a témoigné d’une belle ubiquité au fil de sa riche discographie. Ce natif de l’île de Wight n’a ainsi eu de cesse d’augmenter son jazz d’influences profondes, puisant aussi bien dans l’héritage de son ainé Gordon Beck que dans un groove cinématique qui vire parfois - comme sur son dernier disque The Mage - jusqu’à de belles échappées psychédéliques.

Pour son nouvel album Symphonie Pacifique attendu ce vendredi, Foat creuse donc encore un peu plus sa conviction d’un jazz libéré où l’orgue, la pedal steel et le vibraphone sont ici de la partie. Surtout, le pianiste a réuni à ses côtés un robuste trio composé du talentueux Phil Achille à la basse, d’Eric Young aux congas, et de l’étoile de la bouillonnante relève londonienne aux baguettes en la personne de Moses Boyd.

Car il faut du monde pour donner vie aux horizons presque infinis qu'arpente le pianiste sur la quinzaine de titres de ce nouveau long-format. Un disque plein de fraicheur, où les peaux et les cuivres regardent vers le ciel et où le groove, décidément, ne manque pas d'azur comme sur l’entêtant Nikinakinu mis en ligne dès avril dernier. Mais aussi sur l'élégant Symphonie Pacifique, un morceau auquel l'album a emprunté son titre, et où cordes et chœurs convolent ensemble dans un crescendo qui perce les nuages.

A bien des égards, la nouvelle création de Greg Foat pourrait être un film autant qu’un disque. L'Anglais offre ainsi un souffle visuel à ses fulgurances comme si elles devaient aussi prendre vie sur grand écran, une intention cinématographique palpable sur les ondulations d’Anticipation, dans les rythmes new-yorkais d’un Island Life ou dans les bruissements aériens de Mother’s Love. En forme d'épine dorsale surplombant l’album, le pianiste atteint finalement l’apesanteur sur After The Storm, une longue plage de 8 minutes où chaque ingrédient du disque parait flotter à côté des autres, un détachement radical et mélodique en forme de suspension libératrice.