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"DrummerZ", l'hommage de Franck Vaillant à ses maîtres

Publié lepar Catherine Carette
Franck Vaillant - Photo d'Eric garault
Franck Vaillant - Photo d'Eric garault ©Autre

Au sein du "Thisisatrio", le musicien parisien revisite son histoire de la batterie avec le pianiste Pierre de Bethmann et le contrebassiste Bruno Chevillon.

Batteur très demandé pour son jeu coloré, inventif et précis, à la fois subtil et puissant, Franck Vaillant s'échappe des carcans stylistiques. Il a joué partout dans le monde avec Kabal, Lo'Jo, Arthur H, Fred Poulet, Jeanne Balibar, Michel Portal, Stéphane Payen et tant d'autres. Il est aussi compositeur, notamment pour son groupe Benzine. Son nouvel album DrummerZ, sorti le 7 décembre sur le label Shreds Records, met en lumière les talents d'écriture de quelques grandes figures de la batterie qui l'ont passionné étant jeune. « J’ai le sentiment *que c’est entre 18 et 25 ans qu’on flashe sur certains trucs et toute notre vie on va s'en inspirer * », nous dit-il entre deux répétitions. Hommage donc à Bill Bruford (King Crimson, Yes, Emerson Lake & Palmer, Genesis), Daniel Humair, Tony Williams, Elvin Jones, Neil Peart (Rush), Christian Vander, Jaki Leibezeit (Can), Phil Collins et Tomas Haake, le batteur du groupe de métal suédois Meshuggah :

Franck Vaillant est un autodidacte. Point de cursus au conservatoire, il a tout appris seul, sur le tas et sur le tard. Guitariste dans un groupe entre 15 ans et 18 ans, il s'est mis aux baguettes car il fallait bien remplacer le batteur qui s'en allait. Après 10 ans de travail dans la restauration pour payer son loyer, vers 25-26 ans il attaque sérieusement l'instrument "tous les matins, comme un fou ". Et c'est parti pour une première tournée avec le groupe de hip hop Kabal en co-plateau avec le groupe de métal Lofofora. En couple alors, avec la contrebassiste Sarah Murcia, "on faisait plein de groupe ensemble " précise-t-il et c'est elle qui lui apprend les bases de solfège nécessaires pour écrire de la musique. En 1995, il se fixe 3 objectifs : "Jouer avec des supers jazzmen, ça c’est fait. Faire des tournées avec un chanteur ou une chanteuse, c’est fait aussi, et écrire des musiques de film, ça reste à faire  " (rires).

Aujourd'hui il joue presque exclusivement avec des musiciennes et musiciens de jazz, mais aux confins des genres. Le bâtisseur de son aime se renouveler et travailler les textures encore et encore. "A chaque fois, pour chaque projet, pour chaque groupe, je crée une batterie, j’accorde une batterie, je compose la batterie exprès. Je ne joue jamais le même set. La batterie traditionnelle ça ne me suffit pas, je rajoute des petites choses, de l'électronique… Il faut qu’elle soit colorée à l’image du groupe. "

Thisisatrio - Photo de Eric Garault
Thisisatrio - Photo de Eric Garault ©Autre

L'idée de monter un trio jazz classique piano-basse-batterie, trotte dans son esprit depuis le début des années 2000. C'est en 2011 qu'il s'est lancé avec ses 2 savoureux compères. Au lieu de l’appeler le Franck Vaillant trio, (appellation qu'il trouve ringarde) il le nomme tout simplement «* This is a trio*  ». Un de plus, certes, mais magique, grâce à de belles individualités qui savent comme lui, réinventer les formes.

S'il aime particulièrement le phrasé de Pierre de Bethmann avec qui il n'avait jamais joué auparavant et qui évolue dans une famille jazz très éloignée de la sienne, il apprécie tout autant celui, très solide de Bruno Chevillon : "*Il a un son magnifique et une grande culture musicale. C’est important pour moi que la personne connaisse aussi bien James Brown que John Coltrane ! * Et tous les deux sont de supers improvisateurs". L'enregistrement et le mixage de DrummerZ  a été confié au batteur innovant et producteur anglais Steve Argüelles, riche d’une profonde culture de l’instrument. Et si l'on se fie au désir de Franck Vaillant, on espère bien un deuxième et un troisième volets.

Lorsqu'on demande à Franck Vaillant la réaction de ses pairs à l'écoute du disque, il cite Christian Vander et Daniel Humair qui se sont tout de suite manifestés positivement ainsi que les suédois de Meshuggah  qui ont adoré l'album. Il évoque aussi Bill Bruford dont voici la réponse : "Votre interprétation de mon morceau est une réinterprétation pas tout à fait réussie, quelque peu hésitante et extrêmement libérale. La troisième note de chaque thème principal décroissant est incorrecte. Je suis incapable d'approuver votre version. Nous ne pouvons pas en discuter davantage. Meilleures salutations.  ». Quand il a lu cette missive, Franck l'avoue, " c’était comme un coup de masse. *T'imagines, 1er contact avec mon maître ! Mais maintenant j’en ris quoi, et j’ai un tee-shirt de King Crimson sur moi * ".

Concert de sortie de l'album : vendredi 21 décembre au Triton (Les Lilas)

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