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Souleance : "Galt MacDermot fut samplé par les plus grands"

Publié lepar Ghislain Chantepie
Galt MacDermot durant une répétion de "Hair" en 1968 | Ellis/Getty
Galt MacDermot durant une répétion de "Hair" en 1968 | Ellis/Getty ©Autre

Le duo de beatmakers rend hommage au maestro disparu avec une nouvelle mixtape célébrant son univers musical.

On dit que les vrais savent. Rappeurs, diggers, passionnés de grooves et de beats imparables, ils sont nombreux à avoir versé une larme le 17 décembre dernier à l’annonce de la mort de Galt MacDermot, épatant compositeur canadien disparu à l’âge vénérable de 89 ans. Malgré son anonymat auprès du grand-public, MacDermot a écrit rien de moins que la musique du fameux opéra-rock *Hair, * magnifié notamment par son titre-phare Let the Sunshine In.  Plus tard, il fut samplé par les plus grands rappeurs, de Snoop Dogg à Gang Starr en passant par Run DMC et plus récemment par le Français Wax Tailor, tous fascinés par le sens du rythme de ce pionnier du funk.

Grands diggeurs devant l’Éternel, le tandem Souleance a choisi de rendre hommage à MacDermot en publiant aujourd'hui une nouvelle mixtape, collection astucieuse de samples réinventés qui célèbre son univers musical… et qui s’écoute d’une traite. Écoute ci-dessous et explications avec Fulgeance, l'une des deux têtes du duo hexagonal.

Pourquoi Galt MacDermot a-t-il été autant samplé selon vous ?

Il y a plusieurs facteurs d'après moi. Déjà, c’est un artiste méconnu et tout digger digne de ce nom va plutôt rechercher des artistes rares plutôt que ceux déjà reconnus, c’est un premier point technique. En plus, je sais que le label Now Again a republié des choses ces dernières années, ce qui a aussi permis à une nouvelle génération d'artistes tels que Jay Dee ou Madlib de s’en emparer.

L’autre chose qui m’a fasciné en réécoutant sa discographie, c’est que c’est un artiste qui savait très bien faire des boucles qui ne lassent jamais. Il y avait très peu d’artistes comme ça à cette époque, surtout avec des musiciens, et c’est magique qu’il ait su faire cela. C’est peut-être aussi une des raisons pour lesquelles il était méconnu. Ce n’était pas un jazzman qui avait envie de faire du zèle sous l’écriture, il adorait déjà le groove. Et il avait vraiment deux visages avec un tel bagage éclectique, des comédies musicales connues jusqu’aux titres plus indépendants qu’il a composés dans ses studios. C’est vraiment un artiste qui fut samplé par les plus grands.

Tout le monde connait Hair, mais presque personne le nom de son compositeur. Cela vous étonne-t-il ?

C’est dommage en un sens, car ça reflète le fonctionnement de l’industrie du cinéma alors que dans une comédie musicale, le nom du compositeur devrait être au même niveau qu’un réalisateur. Moi qui écoute beaucoup de BO, je trouve qu’elles ne sortent souvent pas partout. En même temps, c’est aussi un mal pour un bien, car ça lui a permis de préserver son univers et de ne pas faire que ça, ce qui est rare aussi chez un artiste qui aurait pu évoluer dans un succès. Dans les années 80, on sent le jazz-rock qui le rattrape mais il y a encore beaucoup d’inventivité.

MacDermot et Gerome Ragni dans une scène du film 'Hair' en 1979 | United Artists/Getty
MacDermot et Gerome Ragni dans une scène du film 'Hair' en 1979 | United Artists/Getty ©Autre

Comment vous-y êtes-vous pris pour fabriquer votre hommage ?

On a commencé par réécouter sa discographie et on s’est dit qu’on allait se concentrer sur 4-5 albums maximum. Et puis on a fait notre choix, en évitant notamment son gros virage gospel. Ce n’est pas vraiment une suite de morceaux, plutôt une dédicace, un hommage à quelqu’un qu’on adore depuis longtemps et qui nous a influencés, autant par les personnes qui l’ont samplé que l’artiste lui-même.

L’objectif était aussi de pouvoir passer d’un titre à l’autre, pouvoir montrer la palette sonore de l’artiste. On a volontairement ignoré ce qui était le plus connu de l’artiste, en choisissant des samples plutôt rares pour faire découvrir le reste de son œuvre. La plupart des voix utilisées nous ont également permis de créer une sorte de message d’amour qui traverse la tape. C’est vraiment une sorte de voyage musical qu’on propose dans l’univers de Galt MacDermot.

Et vous jouez volontairement sur les titres des morceaux originaux, en les modifiant légèrement à chaque fois…

C’était à la fois important de respecter les origines des samples et de les maquiller en même temps. C’est aussi une technique aujourd’hui pour éviter de se faire trop griller, même si l’hommage est assumé ici et qu’il n’y a pas de logique de business. L’idée, c’était de faire un hommage, transformer un peu les choses sans s’approprier la production. Mais c’est vrai que j’ai aimé jouer aussi sur les noms de chaque titre car c’est un peu notre marque de fabrique avec Souleance. On a mis beaucoup d’amour dans les titres, et on souhaite que les gens puissent retourner vers l’artiste original, voire le découvrir, grâce à cet hommage.

Souleance a publié son dernier maxi "François" en novembre dernier, prélude à la sortie le mois prochain d'une "French K7" naviguant entre boogie tricolore et funk francophone.