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Souleance : « Avec le live, on revient à l’humain »

Publié lepar Ghislain Chantepie
Souleance au Théâtre de la Mer à Sète le 10 juillet 2021 | G. Chantepie
Souleance au Théâtre de la Mer à Sète le 10 juillet 2021 | G. Chantepie ©Radio France

Rencontre à Sète avec le tandem de beatmakers venus dévoiler leur nouveau live band sur la scène du Worldwide Festival.

Un groupe, un vrai. Voici en quelque sorte le point de départ du nouveau projet de Souleance, ce duo de beatmakers réunissant sous un nom-valise le producteur du label Musique Large Pierre "Fulgeance" et le Parisien Alexis "Soulist", activiste des soirées What The Funk. Actifs en tandem depuis une dizaine d’années, les deux comparses font régulièrement groover les bacs à disques par leurs sorties mêlant instrumentaux pointus et samples bondissants. Amateurs d’un funk primitif qui mêle le vintage aux machines, les deux diggers ont présenté samedi soir au Théâtre de la Mer sétois leur nouvelle formule live avec leurs acolytes Vincent Choquet aux claviers et Baron Rétif à la batterie.

Vous venez de fêter vos retrouvailles avec le Worldwide Festival 10 ans après votre date sur la plage de Sète. Quel est votre sentiment ce soir ?

Soulist : Beaucoup d’émotion, surtout le fait de présenter Souleance sous cette nouvelle forme. Il y a une sorte de virginité et de nouveauté. Et de faire ça avec Pierre, c’est un aboutissement et en même temps le début d’autre chose. C’était très fort de pouvoir jouer de nouveau devant des gens, un concert vaut 100 répétitions. Et puis il y a au Worldwide cette sorte de combinaison idéale entre la curiosité, le côté pointu au sens non prétentieux du terme, et les plus grands noms programmés. Les gens reçoivent ça avec une aisance et un bonheur réel, que ce soit du jazz, de la musique électronique, du rnb, ou autre… En live ou en dj, le public se dit toujours que ça va être bien, et cette confiance-là du public est finalement assez rare car il y a peu de festivals ou de soirées qui y parviennent. Gilles Peterson développe ça depuis des années, dans ses compilations, ses émissions de radio, ou ses projets de production. Que les gens connaissent ou pas les artistes programmés, ils se disent « on est bien » et c’est sûrement le plus important.

Fulgeance : Il faut aussi insister sur l’apport de l’équipe française du festival, qui a imaginé tout ça avec Gilles, et qui a beaucoup contribué à la dimension très accessible du festival. Avec une vraie sélection dans la programmation mais qui permet aussi de brasser de super artistes. Revenir ici pour une première date avec le live band de Souleance, c’est une claque monumentale. Et puis c’est impressionnant de voir tous ces gens dans le Théâtre de la Mer, en hauteur, tu peux voir tout le monde et tout le monde te voit. C’était un pur moment, la jouissance d’une attente.

C’est donc avec un véritable live band que vous êtes revenus cette année à Sète… Pourquoi avoir choisi cette direction ?

Fulgeance : Il y avait sûrement une lassitude qui commençait à nous gagner autour de la formule précédente, uniquement basée sur l’électronique. On peut faire plein de choses avec les machines en live mais, étant bassiste à l’origine, je compose de plus en plus avec de vrais instruments et beaucoup moins avec la musique assistée par ordinateur. Et puis aussi, à force de sampler, de digger des morceaux de fou, on avait envie de remettre notre vraie sauce, de la reconvertir dans une énergie de réelle composition même si on continue à réadapter des morceaux. L’avenir de Souleance, ce sera peut-être aussi le sample un peu moins présent et la musique qui devient plus importante. Avec ce live, on revit. Vincent Choquet aux claviers nous fait rêver, les deux batteurs amènent chacun leur sauce. N’importe quel DJ, n’importe quel producteur de musique électronique ne peut pas me dire que c’est pareil. Ce n’est pas pareil : avec le live, on revient à l’humain.

Il y a donc une batterie et un clavier mais aussi moins de samples dans votre nouvelle formule… Comment avez-vous organisé ce troc dans votre composition ?

Fulgeance : La vraie balance, la plus dure à créer dans ce live band, c’était le fait de ne pas perdre l’esprit Souleance qui se fonde principalement sur l’esprit du sample et du beatmaking. Ce qui est en revanche logique, c’est que rejouer les parties samplées nous amène sur d’autres parties qu’on a créées sur le tard, en résidence, en répétition… Les nouveaux morceaux prennent un peu de cette liberté. Mais je ne souhaitais pas qu’on ait un batteur qui se positionne simplement derrière la dynamique électronique. Je voulais qu’on l’intègre vraiment pour que ce soit malléable, mélangé d’une bonne façon. Je ne voulais pas rajouter des instruments pour rajouter des instruments. Il fallait vraiment quelque chose de différent pour Souleance, que la matière prenne du côté acoustique et électronique. Et c’est compliqué, certes, mais on a trouvé une énergie qui va permettre d’aller dans un sens ou dans l’autre. Car il y a eu aussi beaucoup d’échecs dans ces transitions du pur live électronique vers une formule live band. On a tous adoré un jour un saxophoniste sur un mix de house. Mais on a tous détesté aussi un jour un saxophoniste sur un mix de house. C’est une histoire de feeling, de jeu, et d’écoute aussi.  

Souleance au Théâtre de la Mer à Sète le 10 juillet 2021 | G. Chantepie
Souleance au Théâtre de la Mer à Sète le 10 juillet 2021 | G. Chantepie ©Radio France

Soulist : Notre clavier Vincent Choquet a commencé à travailler avec nous lorsque le festival Les Rendez-vous de l’Erdre nous ont demandé de faire un live autour de notre hommage à Galt MacDermot. On n’y avait pas vraiment pensé car c’était juste une tape au départ. Et du coup, on a fait ce live pour ce festival avec Vincent qui a travaillé avec nous car il nous fallait un super clavier. Quand l’idée du band est arrivée, on s’est donc tourné vers lui naturellement. Pour le batteur, Guillaume Rossel est arrivé avec sa fraicheur et son énergie, et ça a fonctionné tout de suite. Benjamin Fain-Robert aka Baron Rétif est arrivé ensuite dans le projet avec une énergie très différente du fait de son background plutôt jazz. Il a apporté un espace et une vision du live qu’on n’avait pas forcément auparavant. Ce soir, c’était le résultat de tout ça.

Sampler, c’est aussi se passionner pour l’histoire de la musique… Les Mouches, le titre de votre dernier disque, fait référence à un club new-yorkais du début des années 80…

Fulgeance : C’est vraiment le cœur du digging, le fait de conserver ces matières musicales géniales et de continuer à les faire vivre. Concernant le morceau Les Mouches, il ne possède finalement pas beaucoup de samples mais il est très typé car il possède une rythmique de disco incroyable, et j’ai voulu tout refaire autour de ça. Et c’est intéressant parce que ça te lance dans une envie de réelle composition et d’écriture avec ici un mode Chicago, New York, tout ce disco qu’on a aimé. Actuellement, on prépare une nouvelle tape comme on a fait avec la French Cassette, un truc orienté complètement brésilien et je pense qu’on ne va pas oublier à côté du projet live ce genre de trucs. On aime l’idée du brouillon, de l’intuitif. On a donc aussi envie de garder l’énergie du sample dans Souleance. 

Il y a donc des instruments, des samples, mais pas encore de véritable voix sur scène ?

Fulgeance : C'est le grand débat ! C’est une envie ancienne et il faudrait vraiment qu’on y parvienne un jour. J’aimerais travailler prochainement avec une artiste israélienne qui s’appelle Jenny Penkin et qui chante vraiment très bien, quelque chose de très cool et inspiré. On a eu plein d’occasions de travailler avec Alice Russell également, mais ça ne s’est jamais fait. On a quand même fait un featuring avec Tanya Morgan par exemple, qui a aussi bossé il y a quelques années avec Guts. Peut-être qu’on se retrouve bloqués avec cette technique du sample, qui laisse finalement peu de place à l’ajout du chant même lorsqu'on aurait envie d’en mettre. Mais avec notre live band, on pourra peut-être justement créer cet espace qui nous manquait jusqu'à présent pour intégrer de véritables voix.

"Les Mouches", dernier EP de Souleance, est en écoute intégrale à cette adresse via First Word Records.