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Sirènes et jazz pour Black Eyed Peas

Publié lepar Ghislain Chantepie

Le groupe de hip hop californien signe son retour avec un nouveau titre dénonçant les démons de l’Amérique.

Des tentes en pleine rue. La misère rampante dans la cité des Anges. Les armes, les gangs, la drogue, et la prison. Et en contrepoint, le symbole perdu d’une Statue de la liberté impuissante. Le décor est explicite et ainsi planté dès les premières secondes de Street Livin’, le nouveau clip des Black Eyed Peas. Voilà plusieurs années que le collectif de Will.i.am s’était fait discret sur la planète hip hop, et hormis une reprise de leur propre titreWhere Is the Love il y a deux ans, la perspective d’un nouvel album studio n’avait rien d’évident jusqu’à présent pour ce groupe habitué aux ruptures stylistiques et aux absences.

Listen, they derailed the soul train

And put a nightmare into every Martin Luther King

And private complexes are owned by the same

Slave masters that owned the slave trade game

Black Eyed Peas Street Livin
Black Eyed Peas Street Livin ©Autre

Les choses semblent donc bouger aujourd’hui avec la sortie surprise de ce titre coup de poing accompagné d’un clip qui ne l’est pas moins. Dans l’Amérique de Trump, le hip hop a retrouvé très naturellement les instincts contestataires qui avaient accompagné son émergence il y a 30 ans. Alors que les vétérans du genre avaient déjà rempilé depuis les émeutes de Fergusson ou de Baltimore et le succès du mouvement Black Lives Matter, la cristallisation des peurs et la montée des violences qui ont accompagné l’élection du dernier président américain ont influencé durablement les productions actuelles du genre sur les deux côtes.

It's more niggas in the prisons than there ever slaves cotton picking

There's more niggas that's rotting in the prisons than there ever slaves cotton picking

So, how we gon' get out the trap?

Black Eyed Peas Street Livin
Black Eyed Peas Street Livin ©Radio France

Avec Street Livin’, Black Eyed Peas enfonce ainsi le clou aujourd’hui et dévoile un titre politique dont le tempo modéré et les effluves jazz tranchent nettement avec les dernières productions dance de will.i.am et sa bande. Les démons de la société américaine y sont une nouvelle fois rappelés, fatalement presque, comme si les choses ne pouvaient décidément pas changer au pays de l'oncle Sam. Black Eyed Peas pointe ici l’enchainement inéluctable conduisant de la pauvreté à l'incarcération, de la condition des Noirs à la violence policière et au racisme du KKK.

*Guns or books, sell crack or rap

Street livin', hustle or hoops

Guns or books, get shot or shoot

Street livin', ain't no rules*

Black Eyed Peas Street Livin
Black Eyed Peas Street Livin ©Autre

Dans le clip dépouillé qui accompagne Street Livin’, les rappeurs mettent ainsi en scène de façon ingénieuse la permanence durable du phénomène. En incrustant leurs visages dans des photos d’époques différentes, ils soulignent, tels des témoins du temps qui passe que ces sinistres démons du passé dessinent aujourd'hui l'avenir de l'Amérique. Et appellent leurs concitoyens à l'action et à la réforme par le biais d'une pétition sur un site dédié. Avant qu'il ne soit vraiment trop tard.