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IKOQWE : « La danse est le message »

Publié lepar Ghislain Chantepie
Ikoqwe aux Trans Musicales de Rennes le 04 décembre 2021 | G. Chantepie
Ikoqwe aux Trans Musicales de Rennes le 04 décembre 2021 | G. Chantepie ©Radio France

Rencontre aux Trans Musicales de Rennes avec le mystérieux ovni afro-électronique qui dévoile pour l’occasion une vidéo avec Spoek Mathambo.

La vérité est-elle vraiment ailleurs ? Une discussion avec le duo Ikoqwe pourrait bien vous en convaincre, si jamais vous parvenez à mettre le grappin sur ces deux extra-terrestres tombés dans des circonstances encore peu claires sur la planète Terre. Certains racontent pourtant que derrière ce blaze intrigant se cachent en réalité la pointure des dancefloors lisboète Batida, accompagné du rappeur angolais Luaty Beirão aka Ikonoklasta. Derrière leurs bandages de grands brûlés, ces deux ovnis programmés cette année aux Trans Musicales de Rennes n’ont en tous cas rien laissé paraitre et s’interrogent encore, à force de hip hop mutant, de samples exogènes, et d’arrangements futuristes, sur le devenir de notre espèce décidément bien fragile.

Quand êtes-vous arrivés sur Terre ? Que cachent vos bandages, que s’est-il passé ?

Coqwe : Il y a différents points de vue pour répondre à cette question, entre mon acolyte et moi. Mon premier souvenir, c’est de m’être réveillé dans un container plein de vêtements. Je me souviens de l’odeur de brûlé qui nous entourait.

Iko : Oui, c’était il y a deux ans et demi environ, je me suis réveillé nu et complètement brûlé. On a été recueilli par un groupe de personnes, mais difficile de dire ce qui s’est exactement passé.

Aliens ou pas, vous aussi avez vécu la pandémie et le confinement sur Terre ce qu’évoque votre titre Quarantena. Que faut-il retenir de cette expérience ?

Coqwe : notre première observation de cette planète date de février dernier et on s’est aperçus alors qu’il n’y avait plus personne sur cette planète. Le problème vient du fait que nous avions besoin d’interactions avec votre espèce pour pouvoir rédiger un rapport digne de ce nom. Nous avons pu tout de même constater que votre monde est régi de façon très différente selon les zones géographiques. Ainsi avec ce que vous appelez la « vaccination » qui ne semblait possible que pour les populations du nord de la planète, mais pas dans le sud visiblement.

Iko : Nous avons pu mesurer l’importance de la peur dans la façon dont vous gouvernez votre planète. Tout semble régi par la peur ici-bas, tout semble conditionné par elle. Cela semble être un outil de pouvoir qui permet de diriger les vies, notamment par le biais de vos médias, et cela est bien plus utilisé que la recherche de véritables solutions.

Vous citez une formule fameuse de l’intellectuel canadien Marshall McLuhan dans votre titre Medium. Le medium est-il vraiment le message ?

Iko : Nous voyons un vrai lien entre la prophétie de cet ancien Terrien et votre situation actuelle. Des mediums, comme par exemple Facebook que vous utilisez beaucoup et dont vous pourriez vous passer, ne sont ni crédibles, ni scientifiques. La forme l’emporte toujours sur le fond, et il n’y a pas de différence entre vrai et faux. Tout est très chaotique là-dedans.

Vous avez fait aussi la rencontre d’autres Terriens depuis votre arrivée, et certains participent à votre disque comme Spoek Mathambo et Celeste Mariposa… Comment est née cette collaboration ?

Coqwe : Je ne suis pas certain que Spoek soit vraiment un Terrien, ni Celeste d’ailleurs. Nous avons des liens avec d’autres formes de vie sur cette planète, donc on ne peut pas vraiment savoir si ces deux personnes sont des êtres humains.

Iko : S’il y a une connexion naturelle qui se crée, quelle que soit l’espèce, on participe et on échange avec ces formes de vie. Si la fréquence de nos spectres respectifs est la même, alors on échange et on produit des choses avec ces formes de vie. Comme les hommes, finalement.

Vous évoquez souvent la corruption et la déforestation sur votre disque, lequel de ces deux problèmes est le plus grave selon vous ?

(Iko et Coqwe débutent leur réponse à cette question par un échange en langue alien de facto intraduisible)

Iko : Pour moi, il est très difficile de dissocier n’importe quel phénomène destructeur sur Terre de la corruption. Les décisions sur cette planète sont prises par des personnes cachées derrière des rideaux, qui sont en général légitimées par ce que vous appelez le vote, mais ce sont justement ces personnes qui sont corrompues. On peut donc dire qu’il n’y aurait pas de déforestation sur Terre s’il n’y avait pas de corruption, et que la transparence était plus forte.

Coqwe : Ce qui nous a effrayés en arrivant ici, c’est de constater à quel point la corruption peut interférer justement sur la nature, les forêts, et les animaux. Ce qui est dramatique dans cette situation que vous vivez sur Terre, c’est que ce que vous infligez à la nature vous impacte finalement directement, comme un boomerang.

Les Humains sont-ils donc irrécupérables ? Comment la danse peut-elle les aider à surmonter leurs problèmes ?

Iko : J’ai entendu un dicton sur votre planète qui stipule que « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ». Le problème est qu’on ne sait pas quelle part de vie il vous reste car l’Humain est très complexe, et très intrigant. Il y a une certaine beauté tout de même dans votre espèce, et il y a donc une forme de croyance et de foi pour l’avenir. N’oubliez pas que vos actions sont facteurs de transformation, et que la danse et l’art sont très importantes là-dedans.

Coqwe : La fin proche de l’humanité me parait en effet inévitable. Je vous remercie tout de même pour cette question, je vois que vous êtes aussi observateur que nous le sommes avec Iko. La danse est l’un des langages auquel, vous Humains, donnez le moins d’importance, alors qu’il s’agit justement de quelque chose d’essentiel. Le langage du mouvement est justement le plus complexe, le plus subtil, et le plus honnête qui soit. En conclusion, les Humains devraient se mouvoir et danser bien plus ensemble, quelque chose qui ne semble pas possible autrement. C’est ainsi que vous pourrez conjurer la fin du monde. Et au final, en réfléchissant bien à cette question que vous avez posée, je commence à douter que vous soyez vous aussi un Humain.

Le titre final de votre album Infinite est un pur instrumental, sans parole. Est-ce finalement le medium ou la musique qui est le vrai message ?

La danse est le message. Définitivement.

"The beginning, the medium, the end and the infinite", premier album d'IKOQWE, est sorti en mars dernier via le label Crammed Discs.

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