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Blu Samu : « Pour moi, la musique est une vraie thérapie »

Publié lepar Ghislain Chantepie
Blu Samu à Saint-Malo le 14 septembre 2019 | G. Chantepie
Blu Samu à Saint-Malo le 14 septembre 2019 | G. Chantepie ©Radio France

Rencontre à Saint-Malo avec la nouvelle crack du rap belge, programmée cette année dans le cadre du festival Hello Birds.

Elle n’a que 23 ans et brille déjà de mille feux. Samedi soir à Saint-Malo, la cour du vieux château de la cité corsaire s’est secouée lorsqu’est montée sur scène Salomé Dos Santos alias Blu Samu, l’une des promesses les plus en vue de la bouillonnante scène rap bruxelloise. Mi diva, mi badass, la jeune chanteuse a déroulé une heure durant les pépites qui composent son dernier disque Moka avec un flow impeccable et une franchise qui impressionne.

Vous avez beaucoup tourné depuis la sortie de votre second EP l’été dernier, qu’est-ce que la scène vous a appris durant toute cette année ?

Énormément de choses. L’une d’entre elles, c’est qu’il y a des publics différents partout. Il y a des gens qui aiment bouger, d’autres non, et j’ai ainsi découvert des réactions très différentes à l’égard de ma musique. Ça fait toujours plaisir d’arriver dans un endroit où des gens connaissent les lyrics de Nathy ou de sons un peu plus connus de mon EP. Donc c’est extrêmement bizarre de le vivre, parce qu’on s’y attend pas, et pour ceux qui sont venus me soutenir pour mes concerts, ça me donne beaucoup de force pour continuer.

Sur scène même, j’ai aussi appris à beaucoup plus travailler. Je ne sais pas comment font les musiciens qui font leur tournée en mode rock’n roll, mais en ce qui me concerne,  j’ai compris que je ne pouvais pas être dans ce mode lorsque je tourne beaucoup. Toutes ces dates m’ont fait grandir en tant que personne et en tant qu’artiste je pense.

Vous chantez dans votre dernier titre Goose que la musique a joué pour vous comme un antidote. De quoi avez-vous guéri en vous mettant au rap ?

Je pense que j’ai surtout guéri de cette manie que j’avais de garder les choses pour moi-même. J’ai trouvé dans le rap une porte de sortie où je pouvais exprimer tout ce chaos qu’il y avait à l’époque dans ma vie, en l’écrivant dans des chansons. Ça peut sembler kitsch, mais pour moi la musique est une vraie thérapie. C’est vraiment moi qui essaie de placer, d’analyser des choses qui me sont arrivées et qui m’arrivent encore.

Il y a beaucoup de groove dans vos morceaux, des influences soul, RnB, funk... Qu’est-ce qui vous a amené à prendre cette direction musicale ?

J’ai toujours été quelqu’un qui écoutait tout et qui aimait tout. Et lorsque j’ai commencé à faire de la musique, j’ai voulu y mettre beaucoup de choses différentes. Je ne voulais pas du tout me restreindre à un seul genre de musique, et c’est quelque chose qui sera toujours très vif chez moi. Ma musique peut vraiment aller dans tous les sens et ça, ça ne changera pas.

Vous rendez hommage à Sade dans le premier titre de votre EP Sade Blu , quelle place tient cette chanteuse dans vos influences musicales ?

C’est très drôle car j’ai découvert Sade assez tard, lorsque j’avais 18 ans et que je chantais dans un groupe dans des mariages pour me faire un peu d’argent. Et là j’ai appris plein de titres de Sade, et j’ai tout de suite kiffé parce qu’elle a une voix incroyable, elle est super smooth et c’est un vrai symbole féminin dans le jazz. En écrivant ce titre, je me suis dit que ça sonnait un peu comme ses compositions. Alors je lui ai dédié ce titre parce que je me suis dit qu’inconsciemment, sa musique m’avait aussi influencée.

Lui avez-vous transmis votre morceau ?

Non (rires), je ne l’ai pas fait mais peut-être devrais-je le faire oui ! Tiens, je vais le faire ce soir et je vais voir… Ce serait génial si elle l’écoute, qu’il lui plait, et qu’on décide de faire un featuring avec Sade ! Alors là, je pense que je peux mourir en paix, c’est cool (rires).

Vous êtes aussi très proche du collectif rap bruxellois Le 77, qu’ont-ils apporté à votre musique ?

Ils m’ont beaucoup influencée lorsque je suis arrivée à Bruxelles. On a fait de la musique ensemble dans la production, et ça m’a aidé à créer mon univers musical. Ils m’ont aussi offert leur soutien à cette époque, donc ce sont aussi de vrais proches qui m’ont accueillie chez eux lorsque je n’avais pas assez d’argent pour avoir mon propre toit. Le 77 est une famille, une bande de potes et à la fois des musiciens avec qui je m’entends très bien.

Damso, Romeo Elvis, Hamza… Comment expliquez-vous la vitalité actuelle de la scène rap en Belgique ?

Je ne suis pas certaine que cela vienne de là, mais il faut savoir qu’à Bruxelles toutes les portes sont ouvertes, les gens sont très accueillants, donc ça veut dire que lorsque tu connais un groupe de rap, tu connais rapidement toute la scène belge. On ne se prend pas trop la tête, on essaie tous de faire mieux individuellement mais on n’a pas peur de travailler ensemble avec des styles différents. On fait de la musique pour kiffer et cette vague de hip-hop "partage" est très présente à Bruxelles. Je pense que c’est pour ça que beaucoup d’artistes déploient leurs ailes là-bas, avec le soutien et les moyens pour développer et pour devenir ce qu’ils veulent être.

Vos clips sont soignés, avec beaucoup d’idées différentes… Vous semblez y ajouter d’autres choses de vous, comme une prolongation de vos morceaux…

J’ai toujours beaucoup aimé les animés, les mangas et les films. Je suis une méga geek et je faisais déjà des vidéos avant de faire de la musique. J’ai toujours beaucoup apprécié un beau clip. Le clip de Sade Blu, c’était une présentation de moi donc il n’y avait pas vraiment d’autre histoire mais c’était propre, et c’était très important pour moi que cela puisse l’être ou que ça prolonge, justement, le texte du morceau. Ou que ça ait quelque chose de personnel, comme ce qu’on a fait avec Goose où on a inséré des animés dedans. J’apprécie beaucoup l’image donc c’est pour ça que j’aime me casser la tête avec ça.

Travaillez-vous déjà sur un premier album ? Et avec qui ?

Vous pouvez attendre longtemps avant la sortie de cet album ! Je sais déjà ce que je veux mettre dedans mais c’est une sacrée histoire pour moi. Ça va me prendre beaucoup de temps car je souhaite le produire moi-même donc je l’envisage d’ici les deux ans à venir. Entretemps, je vais sortir un nouvel EP en novembre qui montrera une petite évolution de Blu Samu et de mon son. Ce sera une autre facette de moi, très forte, que j’ai aussi envie de montrer au monde.

"Moka", dernier EP en date de Blu Samu, est disponible sur toutes les plateformes de streaming.