Spéciale Frank Zappa
Frank Zappa en juin 1970 WATFORD / Mirrorpix / Getty

A l'occasion du week-end Zappa à la Philharmonie de Paris, Fip vous propose une épopée de trois heures dans l'univers inclassable du génial moustachu.

Les 29 et 30 septembre, la Philharmonie de Paris propose un Week-end Zappa, l'occasion de (re)découvrir l'univers éclectique du génial compositeur moustachu avec un portrait en deux albums (The Perfect Stranger, The Yellow Shark) et un oratorio déjanté (200 Motels). Le 28 septembre à 20h, FIP vous propose de célébrer ce chantre de la liberté et de la satire sociale, 25 ans après sa mort, au cours d'une émission spéciale de trois heures. Un rendez-vous animé par Susana Poveda, mis en musique par René Hardiagon et réalisé par Céline Illa.

Frank Zappa est l’un des compositeurs les plus prolifiques de sa génération. Inclassable protestataire, ses albums ont quelque chose de chimérique et embrassent par moment la perfection. Contrairement à certaines idées reçues Frank Zappa a plutôt été inspiré par le doo-wop et le rhythm'n'blues, le jazz , la musique classique et contemporaine que par le rock qu'il a joué mais qu'il aimait surtout détourner ou parodier. Le rock comme l'humour sont des outils lui permettant de faire passer ses expérimentations musicales et ses orchestrations ambitieuses.

Je suis un compositeur de musique sérieuse qui joue de la guitare dans un groupe de rock pour gagner sa vie. Frank Zappa

Frank Zappa & The Mothers of Invention / WATFORD/Mirrorpix/ Getty

Frank Zappa & The Mothers of Invention / WATFORD/Mirrorpix/ Getty

Grand collectionneur de musiques noires américaines, goût qu'il partage avec son ami de lycée Captain Beefheart, il emprunte son look pileux à l'artiste de R&B Johnny Otis et débute naturellement en jouant du rhythm'n'blues avec son premier groupe The Blackouts (1956). Inspiré par des compositeurs comme Edgar Varèse il intègre la musique contemporaine et expérimentale au R&B lorsqu'il rejoint le groupe The Soul Giants rebaptisé The Mothers of Invention (MOI) et sort le double album "Freak Out!" (1966), manifeste de la fusion des genres.

Devenu producteur du groupe il sort en 1968 le fameux "We're Only in It for the Money", une satire du flower power et du mode de vie traditionnel américain. La même année sort son premier album solo "Lumpy Gravy" suivi l'année suivante de "Hot Rats" où le monde découvre vraiment son jeu de guitare influencé par le jazz. C'est le début d'une création incessante, entre albums de The Mothers of Invention, albums conceptuels, de jazz, de productions vidéos...

En 1971, il sort son film surréaliste "200 Motels" réalisé avec Tony Palmer et outre le fameux incendie au Casino de Montreux pendant un concert des Mothers qui inspirera "Smoke on the Water" du groupe Deep Purple présent dans la salle ; Zappa est gravement blessé lors d'un concert à Londres. Il compose tout de même deux albums jazz enregistrés en big band "Waka/Jawaka" et "The Grand Wazoo".

Albums de Frank Zappa

Albums de Frank Zappa © Courtesy Zappa Family

Ces deux albums onéreux ou d'autres productions expérimentales rencontrent peu de succès. Ajoutez à ça son goût prononcé pour la provocation qui lui vaudra annulations de concerts et plus tard procès, Zappa revient à des compositions plus accessibles et reforme en 1972 les Mothers of Invention avec notamment son ami George Duke aux claviers qui invite le violoniste Jean-Luc Ponty (déjà présent sur "Hot Rats"). Sortent ensuite les albums "Over-Nite Sensation", "One Size Fits All" ou l'album live "Roxy & Elsewhere" jusqu'à la dissolution du groupe en 1975, date de sortie de "Bongo Fury" avec Captain Beefheart.

En 1976 il publie l'extatique "Zoot Allures" puis "In New York" en 1977, trois concerts au Palladium avec un Michael Brecker d'anthologie. En 1979 il sort "Sleep Dirt" (rock et jazz) puis l'un de ses plus grands succès l'album live "Sheik Yerbouti" ("Bouge tes fesses") enregistré pendant sa tournée de 1978. Toujours avec sa verve satirique il y attaque Bob Dylan, le hard rock, les cocaïnomanes... On y entend du rock, du tango et il utilise bon nombre de collages sonores. Autre démonstration de sa capacité à fusionner les genres, l'opéra rock en trois actes "Joe's Garage" qui sort fin 1979. Au rock mélodique ou atmosphérique se mêlent les titres funk, reggae, rhythm'n'blues, country ou doo-wop.

Le fameux "Uncle Zappa Wants You" (1979) / Michael Ochs Archives/Getty

Le fameux "Uncle Zappa Wants You" (1979) / Michael Ochs Archives/Getty

Si dans les années 80 Frank Zappa explore un peu plus ses affinités avec la musique savante en enregistrant avec London Symphony Orchestra ou en rencontrant Pierre Boulez, qu'il admire, tout comme l'oeuvre d'Edgard Varèse, lui confiant trois de ses pièces (Boulez Conducts Zappa: The Perfect Stranger), Zappa est déçu et préfèrera l'enregistrement de l'Ensemble Modern de Peter Rundel sur "The Yellow Shark". En 1986 il sort l'album jazz-rock "Jazz from Hell" avec Steve Vai puis dès 1988 l'extraordinaire série de doubles "You Can't Do That on Stage Anymore" (six en tout mêlant trois décennies de prestations scéniques), "Broadway the Hard Way" enregistré avec ses onze musiciens lors d'une tournée en 1988, et le fameux double live "The Best Band You Never Heard In Your Life" en 1991. Le cancer l'emporte le 4 décembre 1993, à l'âge de 52 ans.

Frank Zappa et le jazz

Frank Zappa en 1982 à Rotterdam / Rob Verhorst/Redferns/getty

Frank Zappa en 1982 à Rotterdam / Rob Verhorst/Redferns/getty

"Jazz is not dead it's just smells funny", la phrase est restée même si l'on n'a gardé que les quatre premiers mots. Il semble que c'était en fait une private joke adressée à son ami George Duke. Zappa a une relation compliquée avec le jazz. Il adore ses musiciens et en embauchera beaucoup pour leur son et leur technique (George Duke, Jean-Luc Ponty, les frères Brecker, Don Preston...). Il a improvisé avec des artistes comme Rahshaan Roland Kirk et Gary Burton, s'est déclaré influencé par des musiciens comme Eric Dolphy ou bien sûr le guitariste Wes Montgomery. Pourtant comme pour le reste Zappa ne peut adhérer au carcan des codes et des structures du jazz trop contraignants pour lui.

Mais dans les années 60 souffle le vent libertaire du free jazz et l'arrivée des instruments éléctriques qui vont casser ces codes. Zappa, déjà adepte de collages sonores, comme Miles Davis et ses musiciens vont profiter de l'arrivée de ces claviers et autres intruments électriques. Tous deux ont oeuvré à l'avènement du jazz fusion, jazz rock ou jazz funk. Toute la production de Zappa témoigne de ce rapport complexe au jazz que ce soit avec les mothers of invention ou avec des productions comme "Hot Rats" ou "Make A. jazz Noise here" une relecture dingue du "Stolen moments d'Oliver Nelson.

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