Les musiques de Bernardo Bertolucci
Bernardo Bertlucci - tournage Little Buddha - 1993 - Photo de Siemoneit/ullstein bild/Getty Image)

Hommage au maestro subversif du cinéma italien à l’occasion de la sortie de la version restaurée de son 1er film "Les Recrues".

Cette saison, Certains l'aiment Fip prend ses quartiers tous les dimanches à 20h. FIP met le cinéma sur écoute et invite les auditeurs à une balade dans l’imaginaire musical d’un cinéaste, d’un genre ou d’un compositeur de BO. Une émission présentée par Susana Poveda et réalisée par Denis Soula avec une sélection musicale de Pierre François.

Bernardo Bertolucci est mort à Rome le 26 novembre 2018 à l'âge de 77 ans. Cinéaste, écrivain et poète, il tient sa passion de son père, Attilio Bertolucci, poète et critique qui lui transmet très tôt sa fascination pour le 7ème art. A l'âge de 16 ans il reçoit sa première caméra. Il commence sa carrière comme assistant de Pier Paolo Pasolini sur le film Accatone, alors qu'il n'a jamais foulé un plateau de cinéma. Tout comme le réalisateur, poète, romancier à qui il doit tout, il écrit des poèmes. Il travaille ensuite avec Sergio Leone et Dario Argento sur Il Etait Une Fois Dans L'Ouest. ​Puis il sera fasciné par les réalisateurs français de la Nouvelle Vague et en particulier par Jean-Luc Godard. 

En 1961, il tourne son premier film Les Recrues, ( titre original : La commare secca, l'équivalent de "la grande faucheuse" en français) dont la version restaurée est sortie le 13 février dernier. C'est Bertolucci qui lui donne le sujet et lui demande d'en écrire le scénario. Conquis par le script, le producteur Antonio Cervi lui confie la réalisation. Rome est à l'honneur dans cette enquête policière sur la mort d'une jeune femme qui se prostitue la nuit, découverte dans un parc au petit matin. La police interroge toutes les personnes présentes cette nuit-là. Dans cette plongée vers les bas-fonds de l'Italie des années 60, on sent déjà l'influence du néoréalisme et de la Nouvelle Vague. La B.O de Piero Piccioni, un des compositeurs de musiques de film italien les plus prolifiques, est un mélange de jazz, de bossa nova et de musique classique.

 A 23 ans il signe son deuxième film Prima della rivoluzione (1964) inspiré de La Chartreuse de Parme de Stendhal. Fabrizio, son héros, fiancé à une jeune fille de bonne famille, est tiraillé entre son appartenance à la bourgeoisie et sa sympathie pour les combats du parti communiste. Son errance idéologique et amoureuse colle parfaitement à l'humeur de l'époque. Le film rompant avec les codes établis, est annonciateur des évènements de 1968. L'audace du jeune réalisateur le hisse vite au rang de figure du cinéma italien. L’empreinte de la Nouvelle Vague est toujours présente ainsi que l'appartenance de Bertolucci au Parti communiste. Ennio Morricone, qui n'est pas encore le compositeur célèbre qu'il deviendra après sa collaboration avec Sergio Leone, signe la musique de ce film.

Le premier grand succès de Bertolucci vient avec Le Conformiste (1970) adapté d'un roman d'Alberto Moravia, tourné avec Jean-Louis Trintignant ( un de ses acteurs fétiches), Stefania Sandrelli, Pierre Clémenti, Gastone Moschin, Dominique Sanda. Ce film célèbre les noces rouges de la bourgeoisie et du fascisme. Son héros qui devient fasciste, par conformisme, est envoyé en France par les services de Benito Mussolini pour assassiner son ancien professeur de philosophie, opposant politique, réfugié à Paris avec sa séduisante femme Anna. La musique nostalgique de Georges Delerue met en lumière le Paris des années 30 :

Son long-métrage Le Dernier Tango à Paris fit scandale à sa sortie en 1972. Il raconte la relation charnelle et violente entre une jeune parisienne interprétée par Maria Schneider et un Américain plus âgé incarné par Marlon Brando. Trintignant qui était pressenti pour le rôle titre, l'avait décliné à cause du thème du film et de certaines scènes sexuelles. Le film fut banni des salles italiennes et interdit aux moins de 18 ans en France, à cause de la fameuse séquence de sodomie. La scène du héros insultant le cadavre de sa femme qui venait de se suicider fut aussi largement décriée. En 1978, la justice italienne exigea que le négatif soit brûlé ainsi que les copies existantes. Les Italiens ne purent le revoir qu'en 1988. Il faut dire que la jeune actrice Maria Schneider qui n'avait pas été prévenue de la scène, s'est sentie humiliée et ne s'est jamais remise de l'avoir tournée. On se souvient de la musique du film composée par le saxophoniste argentin Gato Barbieri, qui lui valu un Grammy Award : 

Autre film culte : 1900 (titre original, Novecento : le vingtième siècle ) marque un tournant dans la carrière de Bernardo Bertolucci (1976). Le film-fleuve de 5 h 18 divisé en deux actes débute par la mort du compositeur Giuseppe Verdi le 27 janvier 1901 et se termine par la libération de l'Italie le 25 avril 1945. Dans cette saga anticapitaliste, Bertolucci filme l'éclosion du communisme et la montée du fascisme. Il rend hommage aux paysans d'Émilie-Romagne, sa région du nord de l'Italie. Au cours de l’été 1900, deux enfants naissent dans le village, Olmo Dalco, fils de métayers et Alfredo, petit-fils d’un riche propriétaire. Ils vont traverser ensemble les tourments politiques et historiques de l’Italie de cette première moitié du 20ème siècle. Le casting de cette superbe fresque historique est impressionnant : Burt Lancaster, Donald Sutherland, Dominique Sanda, Stefania Sandrelli et le duo Robert De Niro - Gérard Depardieu. Ennio Morricone signe la B.O. Voici un extrait dans lequel les femmes chantent leur combat contre la guerre :

La carrière de Bertolucci a été récompensée par de nombreux prix, notamment pour Le Dernier Empereur qui est nommé dans 9 catégories aux Oscars 1988 et les remporte toutes. Le film décrit le destin du dernier empereur chinois de la dynastie mandchoue, Pu Yi. Cette gigantesque production (19 000 figurants) fut la première à être tournée dans la Cité interdite. "Est-il possible qu’un homme puisse passer du stade de demi-dieu à celui de simple mortel ?" , telle est la question posée par le réalisateur. 

Bernardo Bertolucci - tournage Le dernier Empereur - (Photo de Christophe D'Yvoire/Sygma via Getty Images

Bernardo Bertolucci - tournage Le dernier Empereur - (Photo de Christophe D'Yvoire/Sygma via Getty Images

Le pianiste Ryuichi Sakamoto signe la B.O récompensée. Compositeur pour le cinéma, pionnier de la techno-pop avec le Yellow Magic Orchestra, il a fasciné aussi bien David Bowie que Brian de Palma. Il est l'un des artistes japonais les plus importants de ces 40 dernières années. Le voici au piano sur un thème du film : 

Bertolucci recevait la Palme d'Or au Festival de Cannes en 2011. L'année suivante, 10 ans après le succès de Innocents et une très longue pause dûe à la maladie, il faisait son retour en chaise roulante pour tourner son 18ème et dernier long-métrage, Toi et moi, qui met en scène deux adolescents mal dans leur peau, en quête d'une renaissance. Le compositeur italien Franco Piersanti travaille pour la première fois avec Bernardo Bertolucci. On entend aussi dans le film des titres de David Bowie, Muse ou encore The Cure.

Programmation musicale

20h05

Partner: Vecchia Hollywood

20h06

Partner: Vecchia Hollywood

20h07

Come Nasce Un Amore

Par : Nico Fidenco

20h21

Prima Della Rivoluzione

Par : Ennio Morricone

20h23

Le Conformiste : Il Conformista

20h30

Gli Anarchici

Par : Leo Ferre

20h35

Regalo Di Nozze

Par : Ennio Morricone

20h44

The Last Emperor (main Title Theme)

Par : Bo/le Dernier Empereur

Album : 

BOF Le dernier empereur (film) (1987)

20h49

Tesfar El Achia

Par : Gui Lili Boniche/pno Maurice El Medioni/vl Maurice Sellem

20h54

The Sheltering Sky Theme

Par : Bo/un The Au Sahara

Album : 

Bof / Un thé au Sahara (1990)

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