Les musiques d'Agnès Varda
Varda tournage Sans toit ni loi - Photo de Micheline PELLETIER/Gamma-Rapho via Getty

Salut à la grande réalisatrice, dont le regard libre et plein d’humanité habite le 7ème art.

Cette saison, Certains l'aiment Fip prend ses quartiers tous les dimanches à 20h. FIP met le cinéma sur écoute et invite les auditeurs à une balade dans l’imaginaire musical d’un cinéaste, d’un genre ou d’un compositeur de BO. Une émission présentée par Susana Poveda et réalisée par Denis Soula avec une sélection musicale de Pierre François.

Certains l'aiment FIP donne un coup de chapeau à celle qui n’aimait pas le mot hommage, Agnès Varda, une des rares pionnières du cinéma de la Nouvelle Vague, décédée le 29 mars à l’âge de 90 ans. Le cinéma inventif, percutant, engagé, féministe et bienveillant de cette femme exceptionnelle restera dans nos cœurs.

La vidéaste est née Arlette Varda le 30 mai 1928 à Bruxelles, d’un père d’origine grecque et d’une mère belge. Après avoir passé une partie de son enfance à Sète, elle vécu à Paris où elle a étudié la photographie à l’Ecole des beaux-arts et l’histoire de l’art à l’école du Louvre. Photographe dans sa première vie pour le Festival d’Avignon puis pour le Théâtre National Populaire dirigé par Jean Vilar, elle a notamment travaillé sur Le Prince de Hambourg avec Gérard Philippe, L’avare au Palais des Papes à Avignon auprès de Jean Vilar… avec toujours ce regard singulier sur les artistes, Salvador Dali, Visconti, Fellini, Maria Casarès, Jacques Demy, Anouk Aimé, Jeanne Moreau…

Agnes Varda avec Isabelle Huppert au Studio 54 à New York - Photo de Caterine Milinaire/Sygma via Getty

Agnes Varda avec Isabelle Huppert au Studio 54 à New York - Photo de Caterine Milinaire/Sygma via Getty

En 1954 elle tournait à Sète, où elle vécue une partie de son enfance, son premier long métrage de fiction La Pointe courte dans le quartier des pêcheurs face à l’étang de Thau. Tourné librement avec peu de moyens le film était précurseur de la Nouvelle Vague car il tournait le dos au réalisme du cinéma de l’époque. Le couple de Parisiens interprété par Philippe Noiret et Silvia Monfort s'interroge sur leur amour :

Cléo de 5 à 7, un de ces chef-d’œuvres, est un des premiers films réalisés par une femme à avoir été sélectionnés à Cannes. La réalisatrice suit Cléo, une jeune chanteuse (interprètée par Corinne Marchand) qui erre dans Paris, le temps d'un film. Il est question du temps subjectif que l’on éprouve et du temps objectif des pendules. Une cartomancienne a dit à la jeune femme qu’elle était malade. Hantée par la mort elle prend conscience d’elle-même et ouvre les yeux sur le monde qui l’entoure. La musique est signée Michel Legrand et les paroles des chansons par la réalisatrice :

Le moteur du désir d'action d’Agnès Varda se définit en 3 mots : inspiration, création et partage. Sans cesse sa libre-pensée réinvente la réalité. Pour la réalisatrice, dire qu'on n’est pas d’accord avec tout, c’est important. 

En 1965 on découvrait Le Bonheur, un film contre la bien-pensance sur la vie d’un menuisier marié (interprèté par Jean-Claude Drouot) amoureux de la nature et des plaisirs simples. Il aime sa femme et ses enfants et augmente son bonheur dans sa vie extra-conjugale, sans s'en cacher, sans mentir. 4 ans avant Mai 68, le film montrant que le désir existe, fut interdit aux moins de 18 ans pour des raisons morales. Le thème épouse le rythme de la célèbre partition de Mozart, l'Adagio et fugue en Ut mineur :

 
En 1985 : Avec Sans toit ni loi, elle filme la marginalité d’une fille rebelle qui à force de se décrocher du monde, en meurt. Le corps sans vie de Mona est retrouvé un matin d’hiver dans un fossé. La caméra d'Agnès Varda et sa propre voix-off racontent les derniers mois de l'errance de la jeune fille incarnée par Sandrine Bonnaire qui reçoit le César de la meilleure actrice pour sa performance. La musicienne et compositrice Joanna Bruzdowicz est l'auteure de la bande-son du film que la réalisatrice souhaitait froide et hostile afin de souligner la détresse de Mona :   

Agnès Varda a passé 30 ans de sa vie aux côtés du cinéaste Jacques Demy, son mari, son âme soeur, rencontré en 1958 au festival du court métrage de Tours. Après sa mort en 1990, des suites du sida, elle lui consacrait 3 films : Jacquot de Nantes qui retrace l'enfance et l'adolescence du cinéaste, Les Demoiselles ont eu 25 ans qui emmenait les protagonistes sur les traces des Demoiselles de Rochefort et L’univers de Jacques Demy mettant en lumière sa méthode de travail. Jacquot de Nantes étant sans doute un des films les plus émouvants d'Agnès Varda. Elle a su capter l'être profond de Demy. La bande-son est composée de partitions originales de Joanna Bruzdowicz, de musique classique comme le Stabat Mater de Vivaldi, de chansons des années 30-40 comme Démons et merveilles ou encore des titres de The Doors, Valérie Lagrange, Passion Fodder et des Rita Mitsouko avec Marcia Baïla :   

Impossible de faire l'impasse sur Les glaneurs et la glaneuse (2000), pour lequel Agnès Varda est allé un peu partout en France à la rencontre des glaneurs et glaneuses, récupérateurs, ramasseuses qui par choix ou par nécessité ramassent les restes, les recyclent, pour se nourrir, pour donner une autre vie aux objets. Encore une bande originale concoctée par Joanna Bruzdowicz avec des compositions de cette dernière et aussi de Pierre Barbaud, Isabelle Olivier (Ocean), François Wertheimer, le Rap de Bredel et Klugman. 

Toujours enthousiaste, le regard curieux, à l’affut de ce qui est particulier pour le partager, Agnès Varda, l'impétueuse était excitée par la vie et en même temps en proie au doute. Pour elle le cinéma était une des plus belles façons de communiquer avec les gens. Filmer la vraie vie, accepter de ne pas tout maîtriser pour laisser surgir le miracle de l’imprévu, tout en étant exigeante, c’était là son secret.

On pourrait citer encore, Les plages d’Agnès (2007), Visages Villages (2017) le documentaire réjouissant co-réalisé avec le photographe et artiste de rue JR sur leur joyeux vagabondage sur les territoires de France à la rencontre de Patricia l’éleveuse de chèvre, l’Usine Arkéma dans les Alpes-de-Haute-Provence ou encore la maison de Jean-Luc Godard. La musique de M (Mathieu Chedid) accompagne ce voyage plein d'émotions. 

 

Epuisée par les affres d’un cancer, Agnès Varda se préparait à faire ses adieux au monde du cinéma. Lors d’une conférence de presse au Festival du Film de Berlin elle confiait aux journalistes : "Je devrais arrêter de parler de moi, et voilà, je dois me préparer à dire au revoir, à partir". Dans son dernier documentaire autobiographique en deux parties film Varda Par Agnès, elle revisite sa filmographie et parle de ses inspirations :

Programmation musicale

20h02

Evocation (theme Principal)

Par : Bo/jacquot De Nantes

20h05

La Joueuse (moi Je Joue)

Par : Katerine

Album : 

MON COEUR BALANCE (1996)

20h24

Bunkhouse Theme

Par : Bob Dylan

Album : 

Pat garrett & Billy the kid (1973)

20h28

The Changeling

Par : The Doors

Album : 

L.A. WOMAN (1971)

20h36

Good Morning Little Schoolgirl

Par : Yardbirds

20h43
20h49

Documenteur Pour Agnes...

Par : Georges Delerue

20h51

Papa Engels

Par : Orchidee/valerie Mairesse

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