Sur les traces de Fela Kuti
Fela Kuti, live at The Academy, Brixton, London 1983 - Photo David Corio/Redferns/ Getty

Un hommage au père de l’afro-beat qui dénonçait la corruption et la dictature en Afrique.

Fip propose un voyage musical et mélange les styles pour emmener l’auditeur sur les traces d’un artiste, à la découverte d’une ville ou d’un style musical… Chaque mardi, la vie sera Magnifip ! Une émission animée par Frédérique Labussière et réalisée par Massimo Bellini. La programmation est signée Christian Charles.

Fela Anikulapo Kuti, décédé le 2 août 1997, aurait eu 80 ans cette année. Mardi 23 janvier de 20h à 22h, la programmation de Christian Charles vous propose une immersion dans l'univers de ce porte-parole des exclus et dans sa musique qui mêle éléments afro-américains du funk, jazz, musique d'Afrique occidentale, musique traditionnelle nigériane et rythmes yorubas.

Retrouvez l'univers afrobeat de Fela Kuti dans cette playlist :

Fela Kuti est né en 1938 à Abeokut, la capitale de l’état d’Ogun, dans une famille bourgeoise yoruba, d’une mère activiste féministe, marxiste et panafricaniste et d’un père pasteur anglican, enseignant et syndicaliste. Plutôt que de suivre la carrière médicale que lui destinait son père, il entreprend des études de musique à Londres où il découvre le jazz de Miles Davis, John Coltrane, Charlie Parker... Après son premier groupe les High Life Rakers dans lequel il était trompettiste, il monte Koola Lobitos qui mêle High life au jazz :

Le Nigeria devient indépendant en octobre 1960. Il rentre au pays peu après avec sa première femme ( elles seront 24 !) et travaille à la radio nationale. Au début des années 70 c'est le boom pétrolier au Nigeria. L’élite et les multinationales s'enrichissent au détriment du peuple. Au cours de sa première tournée, Fela s'éprend d'une jeune militante des Blacks Panthers, Sandra Smith. Il se rapproche des idées Malcolm X. Il revient au pays et porte un message de justice et d'égalité en chantant en pidgin afin d’être compris par une grande partie de la population africaine. Il rebaptise son groupe " The Africa 70 ". C'est à ce moment que naît l'afrobeat et que Fela prend le nom de Fela Anikupalo Kuti.  

Tony Allen, son batteur et directeur artistique de 1964 à 1979, est aussi fondateur de l'afrobeat, style musical à part entière. Il atteste du travail acharné que le groupe produisait : " Nous enregistrions au moins un album tous les deux mois et en 1976 nous avons fourni à Decca Africa douze albums dans l'année.

Sans Tony Allen, il n'y aurait pas d'afrobeat.  Fela Kuti 

Dès 1970, Fela Kuti se retranche dans sa résidence armée de Lagos qu'il autoproclamera plus tard "République indépendante de Kalakuta". Elle abrite sa famille, ses musiciens, un studio d'enregistrement et une clinique gratuite. On se souvient de chanson Zombie, enregistrée en 1976, dans laquelle il dénonce l'aveuglement des soldats qui éxécutent les ordres sans réfléchir. Lui et les siens subiront de cuisantes représailles et sa maison sera prise d'assaut par l'armée et brûlée.

A son apogée, Fela se comporte en roi intransigeant sur scène et dans son cluble "Shrine", une boîte de nuit de Lagos où tout est permis, dans laquelle il vit avec "ses" femmes, des artistes et des jeunes sans toits. Il en a d'ailleurs installé deux. Un dans les quartiers pauvres de Mushin, puis un autre à Ikeja, sur Pepple Street. Il y donnait la plupart de ses concerts. 

A chaque nouvel album, Fela risque sa vie et à chaque concert il porte la parole de la révolte et de la lutte pour la restauration de l'identité africaine contre le diktat des anciens colons. En 1979 il fonde même le Movement of the People (MOP) et se présente aux élections organisées par Obasanjo. Sa candidature est refusée. L'artiste tumultueux surnommé "black president" fut censuré, emprisonné, tabassé un nombre incalculable de fois à cause de son engagement contre la dictature militaire et la corruption. 

En 1984 Fela Anikulapo-Kuti donnait un concert mémorable à Paris au Zénith. Deux ans plus tard, tout juste sorti innocenté de 20 mois de prison au Nigéria, il était l'invité de la Fête de l'Humanité. La modernité de sa musique n'a pas fini d'hanter l’inconscient collectif de l’Afrique.

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