Sur les traces de Chet Baker
Chet Baker - Photo de Calle Hesslefors/ullstein bild via Getty

Il y a 30 ans, décédait le trompettiste, bugliste et chanteur de jazz à la sensibilité exacerbée.

Fip propose un voyage musical et mélange les styles pour emmener l’auditeur sur les traces d’un artiste, à la découverte d’une ville ou d’un style musical… Chaque mardi, la vie sera Magnifip ! Une émission animée par Frédérique Labussière et réalisée par Massimo Bellini.

Mardi 8 mai de 20h à 22h C'est Magnifip ! rend hommage au James Dean du jazz, cet artiste, mi-ange, mi-âme damnée qui a marqué l'histoire de la musique et de la chanson. Chet Baker n'a vécu que pour la musique (et sa deuxième passion : les voitures) mais a toujours refusé d'apprendre à la lire. Son oreille inspirée et sa capacité à mémoriser n'importe quelle partition faisant le travail. Accro à l'héroïne pour tenter d'éloigner ses démons, sa carrière glorieuse fut aussi semée d'embûches et de séjours en prison avant de devenir un enfer de solitude. 

Au début des années 50 Chet Baker joue avec Stan Getz puis dans le quartet de Gerry Mulligan grâce auquel il devient une star de la West Coast avant d'être porté aux nues par Charlie Parker. Il monte son premier quartet et éclate sur la scène new-yorkaise du Birdland ce qui lui vaudra d'être repéré comme "meilleur trompettiste de 1953" par DownBeat, la bible des amateurs de jazz. Jusqu’en 1955 il enchaîne les séances d’enregistrement où il croise la crème de la scène West Coast et en particulier le saxophoniste Zoot Sims. Son premier album Chet Baker Sings sort en 1956 sur lequel il chante dans un souffle, comme s'il jouait de la trompette. Sur un fil ténu, l'artiste romantique et rebelle joue et susurre des ballades mélancoliques, dont My Funny Valentine qu'il reprendra maintes fois par la suite :  

Le pianiste René Utreger qui a joué avec Chet dès son arrivée à Paris, parle d'une personnalité hors du commun qui transformait les thèmes exposés en poésie pure.

"Chet possède une foi totale en son don. L’artiste ne doutait pas de la faculté d’exprimer les idées avec une limpidité absolue. De tout rendre mélodieux". René Utreger ( itv Libé)

Chet, enregistré en 1958 avec Kenny Burrell, Herbie Mann, Bill Evans, Paul Chambers, Pepper Adams et Connie Kay, est un de ses plus beaux disques. Sur la pochette son visage de jeune premier n'est pas encore flétri par l'abus de drogues en tous genres. 

Il faut citer aussi le double-album enregistré lors de son merveilleux concert d'Hambourg le 2 avril 1979, jazz club atypique, Onkel Pö's Carnegie Hall, avec le pianiste Phil Markowitz, le contrebassiste Jean-Louis Rassinfosse et le batteur Charlie Rice. Bien que très faible et équipé d'un dentier (suite à un règlement de compte de dealers qui le passe à tabac), il a joué avec une belle énergie qu'on ne lui connaissait plus guère, et particulièrement une version de Love for sale de Cole Porter : 

Chet Baker a navigué entre l'Amérique et l'Europe pour terminer sa vie à Amsterdam où il est mort en tombant de la fenêtre de sa chambre d'hôtel le 13 mai 1988. Il nous reste en mémoire un ange déchu au charme singulier qui cherchait dans la musique, une issue à son existence. 

En janvier 2017 FIP, partenaire de Born to be blue réalisé par Robert Budreau, consacrait une émission au film et à sa B.O. Le biopic met en lumière les heures sombres de Chet Baker ( joué par Ethan Hawke), en se concentrant sur quelques mois de sa vie. Il s'agit de son retour en Californie (après son séjour en prison en Italie) où il tente de décrocher de la drogue. Après s'être fait massacrer la machoire, sa vie bascule. Soutenu par sa compagne Jane, il se bat pour revenir sur le devant de la scène et travaille sans relâche pour retrouver la confiance de son ancien producteur.

Sa redescente aux enfers s'achève à Amsterdam par une chute fatale du deuxième étage d'un hôtel, une nuit de mai 1988.

"La perfection, on le sait, n'existe pas. Mais lui, quand il joue, il en est très proche".  Le contrebassiste Riccardo Del Fra

Notez aussi que dimanche 13 mai à 19h, lors d'un Club Jazzafip spécial Chet Baker, Stéphane Belmondo rend un hommage poétique à son mentor et présente l’album Love For Chet, premier volet d’un triptyque consacré à l’œuvre du trompettiste.


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