Destination Detroit
Hudson Body Plant - Detroit - Photo de Tudor AmMadoc

En route vers la Motown, les labels pionniers techno et autres musiques électro ...

Fip propose un voyage musical et mélange les styles pour emmener l’auditeur sur les traces d’un artiste, à la découverte d’une ville ou d’un style musical… Chaque mardi, la vie sera Magnifip ! Une émission animée par Frédérique Labussière et réalisée par Massimo Bellini.

Mardi 13 février de 20h à 22h C'est Magnifip ! vous emmène au sein de l'État du Michigan, dans l'ancienne capitale mondiale de l'automobile. Réputée pour son patrimoine musical, on s'y régale de divers styles musicaux tels que le Gospel, le Jazz, Rhythm and blues, Soul, Rap, Rock, Hip-hop, Techno, Electro, d'où son surnom de Dynamic Detroit dès les années 1920.

La programmation musicale d'Alexandre Desurmont nous embarque de Y'all ain't ready du producteur hip-hop Jay Dee, le plus grand représentant du rap de Detroit, à l'hypnotique Masterpiece de The Temptations, en passant par  Detroit Part II  de Shigeto ; At Les, une des plus grandes compositions made in Detroit du parrain de la techno Carl Craig ou encore 1960 what ? chanté par Gregory Porter abordant les émeutes à Detroit pour les droits civiques :  

Detroit, la ville mono-industrielle florissante de la première moitié du 20ème siècle, surnommée alors « Motor Town », a amorcé son déclin dans les années 50. En juillet 1967, la ville s'embrasait. Cinq jours d'affrontements entre une communauté noire qui vit dans des quartiers insalubres et une police brutale. Dans son film coup de poingt Detroit, sorti en octobre 2017, la réalisatrice Kathryn Bigelow reconstitue cette sanglante guérilla urbaine. En 2013 la ville se déclarait officiellement "en faillite". Mais si Detroit symbolise la chute du rêve américain, aujourd'hui elle se bat et ses ruines sont une source d'inspiration pour le cinéma, la photographie, le street-art et la musique. En 2014, dans Only lovers left alive, le réalisateur Jim Jarmusch mettait en lumière deux vampires amoureux dans la ville désolée de Tanger et dans un Detroit devenu fantomatique.  

36Retour dans les années 60 avec la création du label Motown (janvier 1959) par l'ouvrier Noir Américain Berry Gordy qui veut appliquer le fordisme au domaine de la musique en créant une usine à tubes. Les studios du 2648 West Grand Boulevard ont vu défilé Diana Ross and the Supremes, Stevie Wonder, The Temptations, The Jackson Five, Aretha Franklin, John Lee Hooker. Marvin Gaye entrait dans l'écurie Motown à l'âge de 20 ans et devenait le poulain favori de Berry Gordon : 

Dans les années 1970, c'est le rock qui s'inspire de l'environnement et de la violence sociale de Detroit en imitant les marteaux-pilons et autres bruits des usines, avec MC5, Destroy All Monsters, Ted Nugent et Death ... ou encore Iggy Pop (originaire de la ville) et les Stooges, le groupe de rock sauvage pionnier du punk. Voici un des concerts hallucinants de l'iguane à Detroit :  

Detroit fut aussi le lieu de la naissance de la Techno au milieu des années 80, avec une sonorité industrielle et futuriste qui lui est propre. Juan Atkins, Derrick May et  Kevin Saunderson, sont des figures incontournables de ce genre musical. En 1985 Juan Atkins fondait le label Metroplex, devenu légendaire. Peu après, Derrick May lançait aussi son propre label, Transmat, qui a lancé Carl Craig, Stacey Pullen, Kenny Larkin...et produit le tube planétaire Strings of life. En 2015, Juan Atkins, Derrick May et  Kevin Saunderson fêtaient ensemble les 30 ans de Metroplex. 
Auteur de morceaux indémodables, Derrick May est encore à ce jour, une star de la musique électronique et un des DJ les plus demandés au monde grâce à ses sets très soignés. Il a donné une dimension "spirituelle" à la techno.  

De nombreux labels de Hip-Hop indépendants se sont développés à Detroit, comme Reel Life Productions fondé en 1988 par Esham, un des rappeurs les plus novateurs de la scène de l'époque, précurseur du rap dit Horrorcore. Eminem y a fait aussi ses premières armes. Son ascension a permis à la ville d'être sur le devant de la scène rap au niveau international. Detroit devint "la" référence en matière de battles et de freestyles. Eminem rendait un hommage à sa ville en rassemblant quelques figures emblématiques chez les MCs. Chacun né dans un quartier différent, est venu donner un coup de chapeau aux rues de son enfance. Royce Da 5'9", Dej Loaf, Trick Trick, Statik Selektah, Big Sean, Danny Brown se sont ainsi réunis sur Detroit vs Everybody, le nouvel hymne de Motor City, pour redorer le blason de la ville meurtrie :

Pour terminer sur un ton optimiste, Reclaim Detroit, organisation à but non lucratif, s'est lancé dans la récupération. Il s'agit de réutiliser des matériaux récupérés dans les ruines. Le luthier Gary Zimnicki se sert de ces déchets pour fabriquer des guitares et des mandolines, comme il le raconte dans ce reportage diffusé sur la télévision publique de Detroit.
 

 

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