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St Germain : « Tourist est l’album qui m’a fait connaitre »

Publié lepar Ghislain Chantepie
Ludovic Navarre aka St Germain | Charlotte Vasseneix
Ludovic Navarre aka St Germain | Charlotte Vasseneix

Pour célébrer les 20 ans de son album culte, le producteur français partage aujourd'hui avec vous ses secrets de fabrication et vous offre un mix anniversaire exclusif.

C’était il y a 20 ans, ou presque. Figure de la première French Touch, celle du milieu des années 90, Ludovic Navarre aka St Germain enregistrait au tournant du siècle un second album qui consacrait une décennie passée derrière les consoles et les platines à mêler house, jazz, et downtempo. Baptisé Tourist, ce disque signé chez Blue Note fut son chef-d’œuvre et constitua l’une des pages emblématiques de la vague électronique hexagonale qui déferlait alors sur les charts du monde entier.

Pour célébrer cet anniversaire, le producteur français a réuni DJs et remixeurs venus du Royaume-Uni, d’Afrique du Sud, des États-Unis, de l’île de la Réunion et de France pour offrir aujourd'hui une dizaine de relectures contemporaines à cet album vingtenaire. Rencontre et secrets de fabrication avec cet artiste devenu rare, et qui vous offre pour l'occasion un mix anniversaire exclusif. 

Tourist fête ses 20 ans cette année, quelle place tient aujourd’hui cet album dans votre discographie ?

C’est l’une de mes productions les plus difficiles puisqu’il s’agissait d’un album à rendre au label Blue Note ! Mission accomplie et finalement plein de souvenirs : 4 millions de disques vendus, 3 Victoires de la Musique dont une dans la catégorie Jazz, la tournée montée de main de maitre par mon agent Alias… La production du disque ne me déçoit pas à la réécoute aujourd’hui, et je me souviens de l’accueil mémorable du public de différents pays et l’apprentissage de la scène à cette époque. C’est l’album qui m’a fait connaitre et qui offrit la reconnaissance à mon style.

A posteriori, comment expliquez-vous le succès aussi massif de ce deuxième disque ?

Je ne m’attendais pas à un tel accueil.  Les titres de l’album ont bénéficié d’une large diffusion internationale, en synchro avec des films, des séries, des publicités… Mais aussi via les concerts où le public a pu découvrir l’album en live avec musiciens. Tourist approchait un public très divers allant du festival Coachella au Royal Albert Hall, du Montreux Jazz aux Vieilles Charrues, grâce à son mélange de jazz, de blues, entre soul, latin, et dub. Chacun a pu y trouver un repère musical, et même les Rolling Stones ont repris Rose Rouge au cours de leur tournée Four Flicks 

Avec quels outils avez-vous composé ce disque, quelles étaient vos moyens techniques à l’époque pour fabriquer votre musique ?

Je travaillais chez moi avec une paire d’enceintes qui ont 30 ans, un ordinateur Atari Mega STE avec le logiciel Cubase, des claviers vintage Moog, Korg , Roland, un Fender Rhodes, des boites à rythmes dont une TR-909, une TR-808… et des cartes sons Yamaha CBX D5. Une fois les compositions terminées, j’enregistrais alors l’intervention des musiciens, un par un, et je construisais alors la version finale seul, ce qui prenait du temps, suivi d’un mixage sur Mackie D8B.

Vous avez exploré et popularisé la convergence entre le jazz et les musiques électroniques à cette époque. Comment définiriez-vous aujourd’hui ce qu’on appelait alors le nu-jazz ? 

Depuis 1970 et l’intégration d’instruments électroniques par Miles Davis, Herbie Hancock par exemple a créé de nouveaux styles comme le Jazz fusion, l’Acid Jazz etc… En 1990, j’étais l’un des premiers à oser mélanger le jazz et la deep-house mais également avec le blues, l’ambient... Mon choix s’est porté sur des musiciens de jazz du fait de leur capacité d’improvisation lors de l’enregistrement et de leur jeu de scène. J’ai donc été catalogué « Nu Jazz » à cette époque, au même titre que d’autres artistes comme Jazzanova par exemple.

Tourist a d'ailleurs été publié via le label Blue Note, quel sens avait pour vous cette signature à l’époque ?

Sortir Tourist sur Blue Note / Emi avec Marc Lumbroso, c’était une reconnaissance artistique de ce label prestigieux qui a signé tant d’artistes dont je possédais d’ailleurs beaucoup de vinyles. Cela m’a aussi offert l’opportunité de rencontrer Herbie Hancock, de collaborer avec Claude Nougaro, de donner des concerts dans les festivals de jazz les plus renommés, entre autres , ce qui a aussi permis  de faire découvrir la musique électronique à un nouveau public.

Ce disque est sorti en 2000, dans un moment d’acmé général du mouvement French Touch. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette période ?

J’ai commencé à composer de la musique électronique en 1991 sous différents pseudos, et styles musicaux, tels que DeepSide, Modus Vivendi, St Germain... Je les éditais alors via le label FCom (NdA : fondé par Laurent Garnier et Éric Morand) qui a lancé le slogan « We give a French Touch to House » inspiré par les soirées appelées French Touch du Palace en 1987. Ce slogan fut repris plus tard par des journalistes anglais qui ont apprécié ce style français avec Daft Punk, Air, et mon album Boulevard sorti en 1995. Cinq ans plus tard, c’était devenu une expression marketing un peu fourre-tout pour l’export, et pas seulement pour la musique !

Vous publiez ce mois-ci une édition anniversaire avec une dizaine de relectures contemporaines de vos compositions. Qui sont les remixeurs qui célèbrent aujourd’hui votre disque ?

Pour fêter les 20 ans de Tourist, j’ai demandé à quelques producteurs de choisir leur titre préféré, des artistes que j'écoutais souvent dans les années 90, comme Ron Trent de Chicago, Jovonn de New York, le Britannique Nightmares On Wax… Mais aussi des artistes qui avaient déjà remixé certains titres de mon dernier album en 2015 comme DJ Deep, le Réunionnais Terry Laird, Traumer, et bien sûr Martin Iveson aka Atjazz. Je tenais également à inclure des versions venant d’Afrique du Sud avec le duo Black Motion (NdA : Dj Murdah & Thabo Smol). J’apprécie leurs talents de musiciens et de producteurs. 

Vous avez-vous-même produit un remix de So Flute à cette occasion, qu’avez-vous souhaité ajouter à votre œuvre originale ?

J’écoute depuis longtemps des productions sud-africaines, inspirées par la deep-house notamment. C’est ainsi que j’ai découvert l’Amapiano et j’ai senti que je pouvais tenter d’adapter rythmiquement ce nouveau style à So Flute. J’ai donc sollicité Dramené Dembele, un flutiste peul, qui par son jeu a amené au titre cette couleur différente.

La musique électronique infuse désormais quasiment toutes les productions, quels sont les territoires qu’il lui reste encore à explorer aujourd’hui selon vous ?

Je pense que tous les styles principaux comme le blues, le jazz, la soul, la pop, les musiques classiques, ont déjà été approchés. Il reste peut-être encore une exploration à mener avec certaines musiques traditionnelles, notamment la musique polynésienne.

'Tourist 20th Anniversary Travel Versions', nouvel album de St Germain, est attendu le 29 Janvier 2021 sur le label Parlophone.

Tracklist du mix : 

01. St Germain - Deep In It
02. Nightmares On Wax - You Wish
03. Sergie Rezza - Envole
04. Osunlade - Amnesia
05. Atjazz & Jullian Gomes - Agbara (feat. Wunmi)
06. Ron Trent - City Beat
07. St Germain - Rose Rouge (Atjazz Galaxy Aart Remix)
08. Blaq Soul - Izizwe (Afro Dance Mix)
09. Jovonn - Mistery (Talk Mix)
10. St Germain - Sittin' Here (Terry Laird Deep Duba Mix)
11. St Germain - So Flute (Ludovic Navarre Amapiano Version 2020)
12. St Germain - Sure Thing (Black Motion Remix)
13. Zulumafia - Love Affair Dance
14. St Germain - Rose Rouge (Nightmares On Wax Re-rub)