Menu
Écouter le direct

« Popcorn », l’hommage cosmique de Red Axes à Gershon Kingsley

Publié lepar Ghislain Chantepie
Gershon Kingsley le 25 août 1969 à New York (Bettmann / Getty)
Gershon Kingsley le 25 août 1969 à New York (Bettmann / Getty) ©Getty

Le duo israélien revisite le grand hit du maître électronicien disparu au début du mois.

Il était l’un des inspirateurs de la musique électronique moderne, un précurseur de génie qui a su avant d’autres déceler le potentiel fascinant que les machines allaient bientôt offrir à son art. Avec la disparition le 10 décembre dernier de Gershon Kingsley à l’âge (très) honorable de 97 ans, l’ère des pionniers de ce courant expérimental a perdu l’un de ses derniers héros.

L’histoire de ce chef d’orchestre germano-américain devenu virtuose des synthés s’est un temps confondue avec celle de son complice Jean-Jacques Perrey. Comme le compositeur français, il est tombé sous le sous le charme dès les années 50 de l'Ondioline, ce merveilleux orgue électronique à base de tubes vides. Comme lui encore, il rencontre très tôt Robert Moog à New-York, devenant l'un des tout premiers musiciens à jouer des synthétiseurs avant-gardistes du même nom.

Ensemble, les deux amis fondèrent en 1965 le duo Perrey & Kingsley qui donna au monde deux albums de musique électronique de facture « pop », peut-être les premières productions de cette nature destinées au grand public qui sortent le genre des laboratoires et du strict domaine de la recherche. Des compositions en forme de kaléidoscope jubilatoire, pleines d'astuces et d'ingéniosité qui ont marqué plus tard des héritiers prestigieux (voir ici l'hommage des Beastie Boys en 1996).

C’est dans la lancée de cette exploration à quatre mains que Kingsley publia en 1969 Music to Moog By, un disque manifeste où se niche - au milieu de reprises de Beethoven et des Beatles - un fleuron synthétique dont le thème aux saveurs kitsch deviendra bientôt culte : Popcorn. Conçu comme un reflet hédoniste de la société de consommation alors triomphante, ce titre furieusement entêtant connut un succès foudroyant trois ans plus tard avec la sortie d’une version longue concoctée par l’Américain Stan Free, un complice de Kingsley lors de l’aventure du First Moog Quartet.

Au fil des années, Popcorn est devenu un standard au point de saturer totalement la pourtant prolifique carrière de son auteur. Bien des grands noms du courant électronique se sont ainsi frottés à revisiter ce totem, l’exercice relevant bientôt d’un rite de passage plus ou moins assumé (citons Kraftwerk, Jean-Michel Jarre, Aphex Twin ou encore… Steve Aoki). Aux centaines de reprises existantes (et pour beaucoup insignifiantes), il faut donc aujourd’hui ajouter la relecture cosmique que le duo israélien Red Axes vient de publier sur son compte Soundcloud. 

Revendiquant l’inspiration de Kingsley dans leurs compositions, Niv Arzi and Dori Sadovnik entretiennent aussi dans leur travail une dimension punk et fiévreuse qui ringardise le cliché froid souvent collé au casque des producteurs de musique électronique. Repérés par le Français Cosmo Vitteli qui les signa sur son label I’m a Cliché au début de la décennie, le tandem a depuis conquis les dancefloors underground du monde entier et continue à brouiller les pistes de leur house expérimentale à la croisée du post-punk et du psychédélisme. Leur hommage sidéral au maître électronicien publié aujourd’hui, mêlant respect du thème original et fond de sauce nu-disco, vient confirmer tout le bien qu’on pouvait (déjà) penser d’eux.

En concert : le 22 mai 2020 à Nuits Sonores (Lyon)