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« Nisf Madeena », une mosaïque électronique pour Beyrouth

Publié lepar Ghislain Chantepie
Un drapeau libanais flotte sur le port de Beyrouth le 09 août 2020 (Marwan Naamani/picture alliance)
Un drapeau libanais flotte sur le port de Beyrouth le 09 août 2020 (Marwan Naamani/picture alliance) ©Getty

Le magazine Ma3azef dévoile une compilation au profit des artistes libanais avec Nicolas Jaar, Deena Abdelawed ou encore Fatima Al Qadiri.

Beyrouth, mardi 4 août 2020. 18 heures ont sonné depuis quelques minutes lorsqu’une violente explosion ravage le port et une grande partie du centre-ville, entrainant dans la mort près de 200 personnes, mutilant des milliers d’autres, et jetant à la rue toute une cité. La capitale libanaise est bien KO debout ce jour-là, dévastée par les fruits d’une inconséquence criminelle s’ajoutant à tant d’autres maux qui la rongent depuis des années.

Déjà victime d’une profonde crise financière, sanitaire et sociale, cette ville dont on dit qu’elle ne meurt jamais court bien alors le risque de disparaitre, comme aspirée par ce coup de grâce vertigineux au fond de l’immense cratère creusé au fond du port. Et si l’énergie des Libanais et la solidarité internationale n’ont pas manqué depuis, la situation sur place reste aujourd’hui encore très critique au milieu de ce paysage en ruine. 

Bien des artistes ont déjà exprimé depuis ce drame leur amour et leur soutien à Beyrouth, ce trait d’union entre Orient et Occident qui abrite depuis longtemps une foisonnante scène culturelle. Un mois tout juste après l’explosion, c’est le magazine en ligne arabophone Ma3azef et l'ingénieur du son new-yorkaise Heba Kadry qui prennent aujourd’hui l’initiative de réunir une quinzaine de producteurs d’avant-garde autour d’une compilation en soutien à la capitale libanaise. Baptisé Nisf Madeena (la demi-ville en arabe), ce projet rassemble ainsi une collection de compositions inédites, sorties des tiroirs ou écrites pour l’occasion par toutes les franges de l’underground électronique.

Tête de pont de cette mosaïque inédite, l’activiste américano-chilien Nicolas Jaar lui offre avec Playing With You une longue plage inaugurale en forme de crépuscule métallique. Plus loin, c’est la DJ et productrice tunisienne Deena Abdelawed qui scande la colère des Libanais contre leurs hommes politiques dans un remix incandescent du Wein Al Malayeen de la chanteuse Julia Boutros. On retrouve même au bout de ce disque fourni la Koweïtienne Fatima Al Qadiri, cette électronicienne pointue auteure d’une merveilleuse bande-originale l’an dernier et qui dédie aux Libanais une nouvelle oscillation nocturne sous la forme de son Blajat Interlude.  

Haut lieu de la culture club au Moyen-Orient, Beyrouth ne pouvait être absente de cette Nisf Madeena et s’invite donc elle-même au travers de quelques compositions d’artistes qui ont grandi à l’ombre de son front de mer. C’est le cas de la jeune Zeynab Marwan alias Thoom, née au Liban il y a 25 ans et qui offre à la compilation depuis son exil berlinois un orage martial avec Hadiqa. C’est le cas, aussi, de Marc Codsi, ancien comparse des rockeurs de Scrambled Eggs parti depuis chercher l’expérimentation derrière les machines. Et c’est avec une jolie tirade ambient, une sorte de variation crépitante où semble surnager l’espoir que cet enfant de Beyrouth conclut finalement cette collection. Il l’a simplement baptisée A Light.