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Apollo Noir, la rave au zénith

Publié lepar Ghislain Chantepie
 Rémi Sauzedde aka Apollo Noir | Tigersushi
Rémi Sauzedde aka Apollo Noir | Tigersushi

Le producteur français vient de publier « Chaos ID », un deuxième album en forme d’éclipse tumultueuse et futuriste.

Il faut un certain aplomb, lorsqu’on est musicien, pour oser emprunter le nom du dieu des arts et de la poésie. Espérant peut-être un patronage par-delà l’Olympe, ils sont quelques uns par le passé – rappeurs ou soulmen – à avoir convoqué la bienveillance du fils de Zeus en guise de nom de baptême. Chez Apollo Noir pourtant, c’est d’abord la couleur qui tisse sa trajectoire à la manière d’un fil d’Ariane. A celui qui est aussi le dieu de la lumière, Rémi Sauzedde de son vrai nom a clairement choisi de tourner le dos pour plonger sa techno dans l’ombre d’une éclipse tumultueuse et futuriste.

Déjà, cette noirceur synthétique était l’une des clefs de son premier album A/N publié il y a deux ans chez les Parisiens du label Tigersushi. Avec ce premier long-format, le jeune producteur révélait son talent et ses impulsions radicales, maelstrom d’expérimentations IDM et d’inspirations cyberpunk. Car le noir d’Apollo est aussi celui d’un cosmos personnel où se semblent se croiser sans arrêt les craintes de notre temps, comme un écho lointain à celles annoncées par les sirènes de Vangelis dans l’obscurité captivante de Blade Runner.

La lumière, pourtant, est davantage présente aujourd’hui sur le nouvel album du Parisien. Et puisque la mythologie et l’astronomie sont cousines germaines, on veut bien croire que ce Chaos ID évoque autant l’abîme d’où ont surgi les premiers dieux que le Big Bang aveuglant où s’est forgé l’univers visible. Armé de ses synthés modulaires, Apollo Noir convoque ainsi au long de ces dix nouvelles pistes un spectre étonnamment étendu du panthéon techno, arpentant ici quasiment toute la longueur d’onde électronique.

Cette variété est d'ailleurs l'une des forces de ce nouveau disque. Caverneux avec la batterie martelée d’un Unrelated To God, le producteur se fait ainsi bien plus céleste sur la dilogie Twist Of Men ou encore sur The Fall qui l’amène aux confins du r'n'b électronique. Plus loin, l'ambiance flirte avec le mystique sur Chaos ID, un titre aux effluves sinisantes porté par des chœurs synthétiques.

Le chaos d’Apollo Noir n’est pas non plus dénué d’habitants, même si ces quelques voix sont malaxées par les machines et les vocodeurs. A l’image de A Museum Made Of Wire, une rave robotique rythmée par une techno martiale avant que, d’un coup, une brèche béante ne s’ouvre sous la poussée de nappes aiguisées. Avec ses reliefs clignotants version space age pop, Mike convoque pour sa part la soif d'exploration du producteur sous la forme d’une jolie fantaisie stellaire, une appétence planante déjà remarquée par le passé.

Le joyau de ce disque se trouve en son cœur sous le titre Bifurcation Towards Chaos. A bien des égards, ce morceau futuriste est une synthèse ramassée sur cinq minutes de l’hybridation au forceps qu’a expérimenté Apollo Noir sur ce nouvel album. Une course audacieuse qui démarre dans un grondement souterrain et lancinant, prend de la vitesse emporté par la drum & bass, au point de devenir épique lorsqu’il crève les cieux à force de clameurs et de flûtes electronica, évoquant jusqu'à Rone ou les motifs sophistiqués d’une Fatima Al-Qadiri. Renversant.

"Chaos ID", nouvel album d'Apollo Noir, est sorti le 18 octobre sur le label Tigersushi.