Menu
Écouter le direct

Mort de Florian Schneider, cofondateur de Kraftwerk

Publié lepar FIP.fr
Florian Schneider avec Kraftwerk en 1978 sur la pochette de l'album "The Man-Machine" | Capitol Records
Florian Schneider avec Kraftwerk en 1978 sur la pochette de l'album "The Man-Machine" | Capitol Records

Le pionnier électronique allemand est mort des suites d’un cancer à l’âge de 73 ans.

Les musiques électroniques viennent de perdre l’un de leurs grands pionniers. Florian Schneider-Esleben, l’un des deux membres fondateurs du groupe allemand Kraftwerk, vient de succomber d’un cancer à l’âge de 73 ans d’après la branche berlinoise du label Sony Music jointe par Franceinfo.

Musicien dès son plus jeune âge, Schneider étudia la flûte traversière et la musicologie dans les années 60 avant de rencontrer le jeune pianiste Ralf Hütter au sein du conservatoire de leur ville natale Düsseldorf. Dans cette classe d’improvisation où ils s’essaient à dépasser les frontières du répertoire classique, ils scellent leur destin en fondant un premier groupe de rock progressif baptisé Organisation qui prendra très vite le nom de Kraftwerk (centrale électrique en allemand).

S’orientant rapidement vers des expérimentations d’avant-garde, totalement novatrices pour leur époque, les savants fous de la grande région industrielle de la Ruhr se cherchent un style et enregistrent trois albums en trois ans, intronisant l'esthétique industrielle et les thématiques modernes dans la musique des années 70. Abandonnant progressivement les instruments traditionnels comme la guitare, la basse, et la batterie, Schneider et Hütter sont bientôt rejoint par Wolgang Flur et Karl Bartos qui s‘intéressent également de près aux lignes de basses synthétiques et aux rythmiques électroniques. 

Une sonorité unique, à la fois froide et minimale mais en même temps riche d’un groove arithmétique surgit alors des compositions de Kraftwerk. En 1974 sort ainsi Autobahn, un concept-album autour de la route, du transport en voiture, et qui étire son titre phare sur plus de 20 minutes. Ce disque restera leur premier album revendiqué, les trois précédents étant progressivement reniés. 

Par la suite, album après album, Kraftwerk égraina les symboles de la modernité industrielle. La voiture sur Autobahn, le train sur Trans-Europe Express, les robots sur The Man-Machine et l’ordinateur sur Computer World. En phase avec leur époque, les quatre Allemands révèlent la fascination de la société occidentale pour le progrès technologique autant que la crainte qu'il suscite. L'album Radio-activity en 1975 évoque ainsi la terrible puissance de l'atome, quatre ans seulement avant l’accident nucléaire de Three Miles Island.

Pour parvenir aux sons qu’ils recherchent, les musiciens se découvrent inventeurs, bricolent leurs propres machines et conçoivent de nouvelles façons de produire des sons. Pour Trans-Europe Express en 1977, ils réutilisent la musicalité lancinante d’un train en marche pour servir de rythmique. Les séquences répétitives de mélodies savamment travaillées avec tout un arsenal de synthétiseurs dans leur studio Kling Klang à Düsseldorf, font définitivement entrer les tubes de Kraftwerk dans l’imaginaire collectif, et la culture pop ne s’en remettra jamais. Leurs morceaux seront samplés et réutilisés par des générations d'artistes, tous genres confondus.

La carrière de Kraftwerk s’est considérablement ralentie depuis les années 80. Sans jamais avoir totalement baissé les bras, leurs productions se firent plus rares et moins intéressantes, le groupe recyclant de vieux concepts (Tour de France en 2003), se remixant lui-même (The Mix en 1991), ou s'enregistrant en live (Minimum-Maximum en 2005). Wolfgang Flur et Karl Bartos quittèrent le groupe dès les années 90 et les concerts de Kraftwerk ne tournent plus désormais que sur les grands succès des années 70. En forme de coup de grâce, Florian Schneider-Esleben quitta lui aussi Kraftwerk en janvier 2009, laissant son ancien comparse et chef d’orchestre officieux Ralf Hütter seul aux commandes. Sa disparition annoncée aujourd'hui laisse désormais le groupe on ne peut plus orphelin.