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Les obsessions perçantes de Kelly Lee Owens

Publié lepar Ghislain Chantepie
Kelly Lee Owens (Kim Hiorthøy / Smalltown Supersound)
Kelly Lee Owens (Kim Hiorthøy / Smalltown Supersound)

La jeune productrice galloise dévoile un second album flirtant entre techno mordante et pop spectrale, à découvrir en écoute intégrale.

Au sein de la riche tradition britannique des musiques électroniques, le Pays de Galles était jusqu’à présent une terre timide face aux nouveaux courants qui émergent en permanence des autres coins du Royaume-Uni. Depuis la percée mondiale du combo Underworld il y a un quart de siècle, la relève s’est ainsi faite rare à l’est de la mer d’Irlande alors que les productions anglaises, écossaises, et même nord-irlandaises n'ont quant à elles cessé de surprendre par leur avant-gardisme et leur inventivité.

Les choses, pourtant, sont peut-être en train de changer avec l’avènement en cette rentrée de Kelly Lee Owens. Jeune trentenaire originaire de la côte nord du Pays de Galles, cette ancienne infirmière a forgé sa culture électronique dans les clubs londoniens de la fin des années 2000 aux côtés de Daniel Avery et du turbulent Erol Alkan. Il y a trois ans, elle décidait de se jeter à l’eau avec un premier album prometteur signé chez les Norvégiens de Smalltown Supersound, la maison-mère de Lindstrøm et du vétéran local Mental Overdrive.   

Et tandis que d’autres peuvent hésiter longtemps avant de mêler un micro à leur techno, Kelly Lee Owens a choisi d’emblée de faire de son timbre falsetto la griffe d'une esthétique électronique singulière. Une voix dont la présence ou l’absence forme bien souvent un guide parmi les nombreuses ambiances truffant ses compositions, comme autant de reflets d’un drôle de miroir mental. 

Cette dimension cérébrale n’échappe pas aujourd’hui à la dizaine de titres qui composent Inner Song, le second album tout juste sorti de la productrice galloise. S’ouvrant sur une relecture minimaliste du Arpeggi de Radiohead, Kelly Lee Owens - plutôt que de pasticher Thom Yorke – a joué astucieusement sur la structure répétitive du titre original pour lui offrir un hommage strictement instrumental. Rapidement pourtant, la musicienne revient au micro pour offrir sur le second titre On une ballade de pop introspective mais surmontée dans sa seconde moitié d’une échappée bien plus rythmée.

Toujours à cheval entre ces deux cordes sensibles, Owens alterne ainsi avec adresse entre la voix et le beat tout au long de son nouveau disque. Au dancefloor caverneux d’un Melt succède ainsi le trip-hop fumé du titre Re-Wild où son chant s’enroule alors autour de basses mentales. Plus loin, la productrice revient à la lumière avec Jeannette, une boucle entêtante avec un synthé très ludique qui prend vite la forme d’une fugue colorée. Ces deux facettes se rejoignent d’ailleurs au plus près sur Night, un titre taillé pour le dancefloor où l’alliage du timbre et des machines forme un banger glacé à l’efficacité redoutable.

Au creux de ce nouveau disque, Kelly Lee Owens a aussi convié le temps d’un morceau obsédant son illustre compatriote John Cale. Sur l’étonnant Corner Of My Sky, l’ancien Velvet Underground et figure tutélaire de l'expérimentation emplit ainsi de sa voix sépulcrale cette course mystique où résonnent de lointaines cloches. Une transe indiscernable de près de 8 minutes et qui s’enrobe peu à peu d’un brouillard de nappes hypnotiques. Bluffant.