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Labelle et son orchestre, big bang planant

Publié lepar Ghislain Chantepie
Labelle dans l'espace-temps | Romain Philippon
Labelle dans l'espace-temps | Romain Philippon ©Autre

Le producteur réunionnais s’offre une symphonie insaisissable avec son nouvel album "Orchestre Univers", à découvrir en avant-première.

Jérémy Labelle voit loin. Très très loin même, si l’on en juge la liste des titres retenus par le jeune producteur français pour baptiser les créations de son nouvel album. Car oui, on peut bien parler de création à l’écoute de cet *Orchestre Univers, * le troisième disque d’un garçon qui a grandi à Rennes, mais qui n’a cessé, depuis ses débuts en musique, de s’affranchir de toutes les frontières, qu’elles soient stylistiques, géographiques, et même un peu célestes.

Repéré sur nos radars à l’époque de son tandem Kaang formé avec le Sud-Africain Hlasko, Labelle a prospéré depuis sous sa propre étiquette, puisant dans ses racines et la culture réunionnaise jusqu’à s’installer sur l’île familiale pour y inventer un syncrétisme audacieux entre maloya et musiques électroniques. Et si cette signature sonore très organique lui a ouvert d’autres ports, elle ne semble plus former aujourd’hui que la facette musicale d’une quête artistique bien plus vaste.

Deux ans après l’ébullition de son album Univers-Ile, la musique de Labelle semble ainsi tiraillée aujourd’hui entre la poésie et la cérébralité. Une conjugaison sûrement idéale pour qui prétend mettre en notes l’infini, le cosmos étant autant une affaire de mécanique quantique que de rêves étoilés.

Alors, pour son Orchestre Univers, le trentenaire a vu grand et a fait appel à une douzaine de musiciens issus de l’Orchestre régional de la Réunion. Ensemble, ils ont franchi de nouvelles frontières, offrant les violons, les flûtes et les clarinettes de la musique classique à l’expérimentation polymorphe de Labelle, revisitant quelques titres de son disque précédent, mais cherchant, surtout, à atteindre de nouveaux territoires avec sept compositions inédites.

Parmi ceux-là, une É *motion du vide * saisissante qui passe du vertige ambient à l’illumination, une sorte de space age pop sylvestre qui propulse avec adresse ses forêts dans l’espace. Un bois exotique dont est d’ailleurs aussi tiré Playing At The End Of The Universe, flânerie bourgeonnante déjà présente sur *Univers-Ile, * mais qui gagne ici, au gré de son orchestration, un coffre inédit.

Labelle et son orchestre
Labelle et son orchestre ©Autre

Plus loin pourtant, la tension des cordes gagne peu à peu la virée cosmique du producteur à l’image de ce *Moment Présent, * taillé comme un métronome et qui annonce la grande cavalcade d’*Oublie - Voie - Espace – Dimension * et surtout d’O, trou noir tribal et tambourinant sa jungle magnétique.

À la guitare slide de cet Orchestre Univers, le mélodiste Prakash Sontakke apporte à Labelle les codes de la musique indienne sur plusieurs de ses compositions. Cette symbiose devient totale sur le titre Mécanique Inversée,  où les flûtes et les cordes pincées fusionnent dans une fantaisie insaisissable. Au dénouement de son exploration, celles-ci décélerent pourtant sur le paisible La Vie  comme pour préparer un improbable retour sur Terre. Rentrer, vraiment ?

*"Orchestre Univers", nouvel album de Labelle, sort le 05 avril 2019 sur le label InFiné. En showcase le 05 avril au disquaire Bigwax (Paris). *