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À la Funkhaus, Nils Frahm se fait sorcier du live

Publié lepar Ghislain Chantepie
Nils Frahm en 2018 à la Funkhaus (Berlin) | Leiter Verlag
Nils Frahm en 2018 à la Funkhaus (Berlin) | Leiter Verlag

Le pianiste expérimental vient de publier un recueil de compositions filmées en public au cœur du célèbre studio d’enregistrement berlinois, à découvrir en écoute intégrale.

Prenez l’un des plus fameux studios d’enregistrement au monde. Placez-y l’un des compositeurs néo-classiques les plus novateurs de sa génération. Ajoutez des câbles, des tuyaux, de l'électricité et beaucoup, beaucoup de bois. Laissez mijoter deux années entières et alors...

À sa sortie au mois de janvier 2018 chez les Anglais de Erased Tapes, le huitième album de Nils Frahm confirmait avec force tous les espoirs de virtuosité qu’on avait pu fonder en ce disque guetté comme le lait sur le feu. All Melody se présentait bien comme l’un des long-formats les plus aboutis du pianiste berlinois, empreint d’une liberté créative propre à soutenir ses instincts musicaux les plus profonds et à dévoiler le cheminement proprement existentiel de sa composition.

Il était, aussi et surtout, le résultat de deux années de travail minutieux ayant permis de créer le studio de ses rêves au cœur du Funkhaus de Berlin. Un cocon sur-mesure sur les bords de la Spree, pour celui qui avait dû composer par le passé avec moult difficultés lors de l’enregistrement de ses précédents projets. Nils Frahm, depuis, a continué à traverser le temps pour mieux l’arrêter au dernier printemps, publiant un album oublié et splendide où battements et craquements figeaient toutes les horloges.

Le lien intime qui unit l’auteur du mémorable Says à la salle de concert berlinoise méritait pourtant d’en dévoiler, encore, une dernière facette. C’est désormais chose faite avec la publication il y a quelques jours de Tripping with Nils Frahm, un recueil de compositions enregistrées en public lors d’une poignée de concerts organisés au Funkhaus il y a deux ans. Huit compositions, très majoritairement issues d’All Melody (hormis son final Our Own Roof) et qui offrent à cette œuvre pénétrante une forme de feu sacré.

Un souffle de vie semble ainsi s’emparer des machines et des claviers du Berlinois à l’écoute de ce témoignage live d’une grande beauté. C’est particulièrement notable sur ses titres les plus complexes (et les plus longs), des flûtes synthétiques d’un Sunson jusqu’aux dualités et au mellotron de l’entêtant All Melody. C’est le cas surtout sur Fundamental Values, une pièce longuement et doucement introduite au piano avant de voir sa seconde moitié transfigurée. 

Une interprétation à découvrir, aussi, à quelques millimètres seulement de son auteur, au travers de la splendide vidéo partagée en ligne quelques jours avant sa sortie. Car Tripping with Nils Frahm n’est pas seulement un disque mais aussi un film magnifique où les secrets du sorcier semblent se révéler comme par magie, une performance intelligente et intimiste où la dextérité de Nils Frahm crève l’écran. Bluffant.