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L’épatante sono synthèse de Joakim

Publié lepar Ghislain Chantepie
Joakim version 2021 | credit : Marcelo Gomes
Joakim version 2021 | credit : Marcelo Gomes

Le producteur électronique publie "Second Nature", un nouvel album sensoriel où machines et éléments convolent autour d'une partition du vivant.

Saviez-vous que les arbres que vous croisez chaque jour sont aussi vos lointains cousins ? L’étude de l’ADN des espèces encore présentes sur cette planète est sur ce point catégorique : en remontant suffisamment loin dans le temps, il est possible de trouver un ancêtre commun à l’être humain, au chat domestique, à la libellule, et… au platane. Cet état de fait n’est pas seulement une vérité scientifique : elle peut aussi conduire à changer radicalement notre regard sur le monde vivant qui nous entoure, en particulier celui que l’Homme a qualifié de sauvage depuis qu’il a goûté aux fruits sucrés de la civilisation.

C’est sur cette frontière finalement floue qui délimite l’anthropocène que Joakim a choisi d’écrire les partitions de son nouvel album Second Nature. Le cérébral producteur français, habitué à fourmiller aux confins de la musique électronique, de l’expérimentation et du field-recording, franchit aujourd’hui une nouvelle étape dans sa quête d’une matière musicale propre à se trouver là où on ne l’attend pas. Il n’y a, certes, rien de révolutionnaire dans le fait de convoquer les respirations de notre écosystème dans la production musicale contemporaine. Hermeto Pascoal, qui peut se targuer d’avoir fait « chanter la nature », a inspiré depuis les années 70 bien des musiciens en ce sens, et jusqu’au complice Etienne Jaumet qui offrait le tonnerre de son sidéral Orage Dans la Creuse à une récente compilation de Joakim consacrée à la scène ambient tricolore.

Avec Second Nature pourtant, le patron du label Tigersushi recherche un équilibre qui n’est pas celui d’une contemplation auditive de notre biotope. Au travers de ses seize nouvelles compositions, Joakim semble plutôt viser un véritable dialogue entre la musique née des machines et celle qui enrobe naturellement la faune, la flore, et les grands éléments de notre monde. Au fil de cette pop-music universelle rêvée où bêtes et hommes pourraient partager le même dancefloor, le producteur puise ainsi dans de nombreux registres de la musique électronique, passant du primitif et cyberpunk Indri Eyes aux néons cosmiques d’un Elephant Laser Hopper, et bondissant du sidéral Kepler-39 jusqu’aux rotations scintillantes du piano de Sferics & Whistlers. 

Partout, bruissements, hululements mais aussi secousses de séismes et rayons X d’aurores boréales viennent nourrir cet audacieux projet où la transe des primates succède au rock taïwanais d’un lointain avenir tribal. Et si de nombreux invités (humains) se pressent sur ce nouveau disque (Angel Bat Dawid et Greg Fox notamment), la plupart des membres de l’orchestre réunis par Joakim sont bel et bien des musiciens anonymes tels que les serpents Cobra, la rivière des Cévennes, et jusqu’aux vents de Jupiter captés par la sonde Juno. De ce dialogue musical transpire ainsi une sorte de rencontre du troisième type tournée vers notre monde. Des retrouvailles sonores avec le vivant qui prennent la forme d’une épatante sono synthèse, où nature et futur ne feraient enfin plus qu’un.