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French 79 : « Je suis un amoureux des mélodies »

Publié lepar Ghislain Chantepie
 Simon Henner aka French 79 à Groningue le 16 janvier 2020 | Ghislain Chantepie
Simon Henner aka French 79 à Groningue le 16 janvier 2020 | Ghislain Chantepie ©Radio France

Le producteur marseillais a fait salle comble jeudi soir au festival Eurosonic. Rencontre à Groningue avec ce fer de lance de la nouvelle French Touch.

A Groningue, ce sont les chiffres qui parlent d’eux-mêmes. Dans cette charmante bourgade néerlandaise pleine de vélos, de péniches et de canaux, près d’un quart des 200.000 habitants sont des étudiants qui forment un fidèle public pour les innombrables salles de concerts et autres clubs que compte la ville. Au milieu de ce pingpong réjouissant où se narguent la jeunesse et la musique, le festival de découvertes Eurosonic prend ses quartiers d’hiver depuis maintenant trois décennies, faisant déferler cette année pas loin de 350 groupes de tous horizons sur la capitale septentrionale des Pays-Bas.

Pour sa programmation électronique, le festival a pris l’habitude de miser lors de ses dernières éditions sur des Frenchies qui comptent jusqu’à inviter Rone, Jacques ou encore Chapelier Fou. Auteur cet hiver d’un nouvel album baptisé Joshua, c’est le Phocéen Simon Henner aka French 79 qui a porté le flambeau tricolore cette année sur les planches du Grand Theatre. Rencontre quelques heures avant son concert avec ce producteur et musicien aguerri.

Vous venez de publier en fin d’année dernière un nouveau disque sous votre alias French 79, un projet qui sonne plus électronique encore que votre premier album… 

C’est en tous cas vraiment ce que je veux faire avec ce projet-. Je ne veux pas faire de la pop avec French 79, même si j’ai mes vieux démons qui reviennent toujours avec l’envie de faire des mélodies qui se retiennent, car je suis un amoureux de ça aussi. Donc il y a tout de même quelques morceaux qui sur le disque s’apparentent aussi à de la pop, mais ça reste d’abord et avant tout de la musique électronique.

Vous utilisez de nombreux synthétiseurs sur vos compositions, c’est d’ailleurs l’une de vos griffes musicales depuis Olympic. Quel rapport entretenez-vous avec cet instrument ?

J’en ai beaucoup, sans être non plus un collectionneur car je revends tout de même ceux qui ne me servent plus. Mais j’en joue beaucoup, c’est vrai. Même s’il y a toujours une différence entre deux guitares, deux pianos ou deux batteries, je trouve que c’est encore plus marqué entre deux synthétiseurs. Ils ont chacun un son particulier, une âme un peu spéciale, et je trouve ça assez magique. J’ai pas mal de vieux synthés qui parfois me donnent l’impression de se mettre à jouer tous seuls. C’est quelque chose d’assez vivant, et c’est pour cela que j’aime ça.

Vous retrouvez sur Joshua la chanteuse Sarah Rebecca qui était déjà la voix de l’un de vos grands titres Diamond Veins. Qu’apporte cette chanteuse à votre musique ?

Elle apporte d’abord une féminité très nette. Et j’aime aussi beaucoup travailler avec Sarah car ça se passe très simplement avec elle, il n’y a pas de prise de tête. C’est vrai que je peux parfois être exigeant sur certains trucs, mais elle le prend toujours très bien. Ça avait bien fonctionné sur le premier disque, c’était donc logique de la solliciter de nouveau sur Joshua.

On vous entend également et pour la première fois chanter sur certains titres. Pourquoi cette envie de prendre vous-même le micro ?

Je fais en fait toujours un peu des lignes de chant sur mes morceaux, même celles que je passe à Sarah. Et là finalement, tout le monde m’a dit lorsque j’ai posé ma propre voix que je pourrai le faire moi-même. Au début, ce n’est pas ce que je voulais faire car je chantais déjà dans mon groupe Husbands, et je voulais que ce soit différent avec French 79. Mais j’aime aussi bien toujours raconter quelque chose dans mes morceaux, et c’est plus simple aussi de le faire avec une voix et des paroles.

Ce nouveau disque parle beaucoup de vous et d’une époque où la musique électronique a commencé à vous influencer… 

Sur cet album, il y a des sonorités qui m’ont beaucoup marqué lorsque j’étais jeune, comme celles du film « Rencontre du 3e Type » de Steven Spielberg que j’ai revu récemment. Je me suis aperçu sans l’avoir fait exprès que j’avais emprunté ce type de tonalité et de sonorité, qu’on retrouve dans les musiques des films de cette période. Le titre Hometown parle lui de ma ville natale qui est Epinal dans les Vosges. Même si j’habite à Marseille depuis un bon moment, c’est une ville que j’ai dans mon cœur parce que c’est là où j’ai passé mon adolescence, et je pense que c’est à ce moment-là qu’on se forge une réelle identité musicale.

Il y a toujours une problématique visuelle avec la construction d’un live en musique électronique. Que vont voir les spectateurs du Grand Théâtre ce soir lors de votre concert ?

C’est vrai qu’on tourne vite en rond lorsqu’on regarde quelqu’un faire de la musique électronique sur scène. Souvent, il ne fait que tourner des boutons et c’est donc moins visuel qu’un guitariste ou un batteur par exemple. J’essaie donc de faire un maximum de choses pour que les gens arrivent à comprendre ce que je fais, par le biais de percussions ou de mes baguettes avec lesquelles je tape sur des tomes. Concernant les synthés, j’en joue beaucoup aussi en live mais c’est aussi moins visuel qu’un autre instrument car le public ne comprend pas toujours ce qui se passe. J’ai aussi une vraie création visuelle derrière moi qui s’adapte en fonction de ce que je joue, et j’espère pouvoir l’installer sur scène ce soir.

Avez-vous des astuces pour vous préparer juste avant de monter sur scène ?

Pas vraiment, j’ai surtout besoin d’être un peu seul car c’est le moment où le stress est à son maximum. C’est vrai que je m’aperçois que plus je fais de concerts, plus je suis stressé et plus j’ai le trac. Donc ces moments-là, où je suis tout seul, sont assez importants pour moi. Je n’ai pas besoin de grand-chose et j’improvise un peu en fonction de la scène. Ce soir, ça va être un peu rock n’ roll puisqu’il n’y a pas vraiment de loges ici, donc les conditions varient vraiment d’un endroit à un autre.

La musique électronique croise aujourd’hui les autres styles, elle continue à expérimenter tout en étant aussi très mainstream. Quels sont les groupes ou artistes que vous écoutez en ce moment ?

Il y a tellement de projets en musique électronique aujourd’hui qui, effectivement, vont du mainstream à des choses beaucoup plus alternatives. C’est ça aussi qui fait la magie de cette musique là, qui est très variée à l’image de la pop d’ailleurs. J’ai recommencé à écouter beaucoup de morceaux après avoir fait un break durant la composition de mon album pour éviter de trop influencer mon travail. J’écoute beaucoup en ce moment les artistes électroniques anglais comme Four Tet ou Jamie XX, toute cette école qui a quelques longueurs d’avance sur la France. Ils peuvent aussi se tromper (rires), mais c’est clairement une scène qui est en pointe. 

Propos recueillis par Ghislain Chantepie (à Groningue)